L’OEUVRE DE LA CRÉATION
LES ENGENDREMENTS
JUIFS OU HÉBREUX
ISRAËL ET LES NATIONS
MESSIANISME
THÈMES FONDAMENTAUX

LE MOMENT MANITOU

par Antoine MERCIER, le 24/07/17

Il y a vingt ans mourrait le Rav Yehuda Léon Askénazi, plus connu sous son nom de Totem : Manitou. Depuis lors son enseignement - qui fut principalement oral - connaît un regain d'intérêt en France comme en Israël. Le site Akadem a mis en ligne il y a quelques années plus d'un millier d'heures d’enregistrement de cours en Français sur sa page «   Toumanitou   ». Il en existe des milliers d'autres en Hébreu que continue de rassembler la fondation Manitou à Jérusalem. Depuis quelques années encore, Haim Rotenberg, un de ses élèves en Israël, a entrepris un travail de longue haleine : retranscrire les cassettes audio et reformuler par écrit les grands thèmes abordés par le maître. Sept livres sont aujourd'hui publiés. Plusieurs dizaines d'autres devraient suivre. A la surprise de l'éditeur lui-même, ces ouvrages réalisent des chiffres de vente étonnants. On estiment à plusieurs milliers le nombres d'étudiants de yechivot qui étudient sa pensée. Les conférences autour de ses enseignements attirent des centaines de personnes.


20 ans après sa mort comment expliquer ce «  revival » Manitou  ?


Léon Askénazi naquit à Oran en Algérie en 1922. Il fut l'un des premiers directeurs de l'école d'Orsay près de Paris qui forma après-guerre toute une génération de cadres communautaires et permit de faire renaître, après la Shoah, le judaïsme au pays de Rachi. En 1955, lors d'un premier voyage en Israël avec ses élèves, il rencontra le Rav Tsvi Yehouda Kook, le fils du grand rabbin Abraham Kook qui fut à l'origine de la renaissance du sionisme religieux. "Tout ce que j'avais appris jusque là, dira Manitou, je l'ai revu à travers le prisme d'Israël. En une nuit, de juif, je redevenais Hébreu. La Torah des juifs de diaspora redevint pour moi la Torah des Hébreux. Avant que je connaisse le Rav Kook, je connaissais la Torah. Mais le Rav m'a fait descendre cette Torah sur la terre d'Israël."

Léon Askénazi monta en Israël en 1968. Il fonda à Jérusalem l'intitut Mayanot et le centre Yaïr grâce auxquels il continua de former de nombreux élèves francophones qui, pour une bonne part, restèrent vivre en Israël. Manitou qualifiait son évolution de « mutation d'identité »  : « J'ai vécu cette transformation du peuple comme une histoire personnelle qui se produisait à l'échelle collective". Pour lui, le retour du peuple sur sa terre ne pouvait être seulement considéré comme un phénomène politique classique, mais faisait figure d'événement historique s'inscrivant dans un horizon messianique.

Il existe aujourd'hui un paradoxe en Israël. Le pays se développe rapidement. Il  étonne chaque jour par ses réalisations économiques et technologiques. Les israéliens restent cependant incertains de l'avenir de leur pays. La population est partagée entre laïcs et religieux. Les uns habitent le pays selon des critères communs comme s'il s'agissait de bâtir un pays comme un autre. Les autres vivent à l'écart de ce développement comme si la réussite du processus de renaissance nationale ne les concernait pas. Toute une partie de la jeunesse israélienne se retrouve ainsi dans une situation quasi schizophrénique. Elle refuse cependant de choisir entre les deux branches de cette alternative et n'aspire ni à l'embourgeoisement dans une citée start-up ni au repli dans un monde passé.

Si la pensée de Manitou rencontre un écho de plus en plus puissant, c'est qu'elle ouvre une voie intermédiaire qui autorise la parfaite conciliation de ces deux directions apparemment contraires. Dans la lignée du Rav Kook, elle enseigne que le retour du peuple juif sur sa terre ne concerne pas seulement les juifs et Israël mais l'ensemble de l'humanité. Elle décrit l'aboutissement d'un parcours particulier qui a maintenant vocation à rayonner universellement. Israël est appelé a jouer le rôle de peuple de prêtres et de lumière pour toutes les nations que la tradition lui a toujours désigné.  Comme le soutient Benjamin Gross  : «  l’État d'Israël joue le rôle d'une matrice d'unification qui concerne évidemment au premier chef les Israéliens mais implique également tous les autre membres de la famille d'Abraham ». L'aventure sioniste n'est pas un nationalisme étroit mais une ouverture au dépassement de l'identité nationale prélude à l'aboutissement de l'histoire. Fort de cette signification ultime que Manitou enseigne, une génération entière de jeunes israéliens retrouvent à travers l'étude de leur textes un sens pour résister à la pesanteur du présent afin de transmettre une espérance d'avenir en conformité avec le projet de leurs pères.

 

Antoine MERCIER





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yves willaert

19 Septembre 2017 à 00h21

Bravo pour la blague "On a le juif du Miterrand"

yves willaert

19 Septembre 2017 à 00h18

Question:

A Sète, cet été, j'ai assisté a une très bonne conférence sur les 70 ans du Départ de l'Exodus...

Un représentant du Memorial de la Shoah était présent...

Mais il m'es t difficile, n'étant pas d'origine hébraïque, de comprendre le terme sionisme religieux???

https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/le-sionisme-pour-les-nuls-180097 dit une chose,

wikipedia une autre,

encyclopedia universalis une troisième...

En Belgique (dont je suis issu, mais n'en ai plus la nationalité) on dit Quel BAZAR!