Blog

Your blog category

L’Islamo-gauchisme ou un nouveau retour de l’histoire

On dit souvent de l’histoire qu’elle se répète, qu’elle bégaye, mais elle ne se répète jamais sous la même forme, ni de la même façon, et il faut essayer de raccrocher le moment que l’on, vit avec le temps dans l’histoire auquel il se rattache. C’est ce qui est difficile, mais c’est aussi le travail qui permet d’anticiper et de comprendre le monde dans lequel nous vivons, et le moment que nous traversons dans l’histoire ainsi que ceux qui le suivent. Pour pouvoir comprendre l’avenir et l’anticiper il faut bien connaître le passé. Les récits de notre tradition sont, à ce sujet assez précieux, parce qu’ils nous apportent un éclairage pour chaque période pendant lesquelles nous les lisons. La Bible parle à chaque époque et chaque génération et c’est aussi toute la difficulté de l’étude, de parvenir à identifier la période dont nous sommes les contemporains à travers les récits de notre tradition et de faire parler la Bible pour les périodes dans lesquelles nous sommes insérés. Lorsqu’on dit de deux sages qu’ils sont en controverse sur un verset, ce n’est bien évidemment pas sur l’explication du verset qu’ils comprennent tous les deux de la même façon, mais c’est sur la façon dont il faut faire résonner le verset dans la période dans laquelle on le lit. Et c’est bien entendu sur ce point qu’il peut exister entre les sages, des divergences, des controverses, des antagonismes. Un Sage, un prophète est capable de diagnostiquer la période que nous vivons en la rapprochant de certains versets et permet ainsi de faire parler les versets et de nous donner un éclairage sur notre période. Quand on lit le journal on a l’’impression de lire la Bible et quand on lit la Bible on a l’impression de lire le journal. Cette phrase de Manitou résume assez bien le point de vue. Et en effet tout l’effort d’actualisation et de renouvellement consiste à essayer de comprendre la période dans laquelle nous vivons et de la raccrocher à celles qui nous sont révélés dans les récits Bibliques. Lorsque Abraham monte sur mont Moriah avec le projet de répondre à ce qu’il pense avoir compris de la demande de Dieu, de « sacrifier » son fils, il croise le Satan déguisé en sage qui lui dit : « Que t’a demandé le Satan ? » On est brusquement saisi par la nécessité de voir juste et de ne pas se tromper sur le diagnostic. Que le regard posé sur notre propre foi peut à tout moment se révéler erroné, peut-être même hérétique. La période particulière que nous venons de traverser pose un certain nombre de questions et d’interrogations sur notre monde. Ce confinement à l’échelle de la planète a été une épreuve pour l’humanité de laquelle il est possible de tirer de précieux enseignements pour notre avenir commun. Cette interruption momentanée de la marche en avant du monde a été vécue en France avec difficultés, crainte et anxiété. Mais on peut aussi considérer ces deux mois de confinement comme une formidable pause entre des périodes d’une très grande tension, dans un climat social explosif ou les divisions, les fractures, mais également les contestations, et les revendications identitaires se multiplient, et traduisent l’éparpillement et la fragmentation de la société française. Les gilets jaunes, le personnel soignant, les professeurs, les manifestations contre la réforme du droit du travail, celles contre la réforme des retraites, et dernièrement la mobilisation anti raciste contre les discriminations et le racisme anti noirs, illustrent l’éclectisme, la diversité et la multiplicité des contestations. A chacune de ces manifestations les groupes de « Blacks bloc » s’invitent dans les cortèges pour installer le désordre et le chaos dans les rues de France. Les scènes particulièrement violentes des interventions de ces idéologues fanatiques sont saisissantes, effrayantes et plongent le pays dans une situation de quasi guerre civile. La mobilisation initiale est, la plupart du temps, prise en otage et permet d’offrir une tribune à ces casseurs, mobiles et aguerris aux techniques de la guérilla urbaine. Pourtant si on essaye d’être un peu attentifs aux enjeux réels de la situation contemporaine traversée par la France on s’aperçoit tout de même qu’il y a des mobilisations que ces groupes d’ultra gauche respectent plus que d’autres, et avec lesquelles ils n’interfèrent pas. Ce sont précisément les mobilisations anti racistes à qui ils permettent de défiler dans le calme à l’intérieur des rues de la capitale. Si ces dernières revendications peuvent bien entendu avoir leur légitimité, elles sont aussi, la plupart du temps, instrumentalisées par des mouvements Islamistes, radicaux et politiques. D’ailleurs il n’est pas rare d’entendre à l’occasion de ces mobilisations, des propos particulièrement injurieux à l’encontre de l’Etat d’Israël et des proclamations de soutien répétés vis-à-vis « des frères Palestiniens ». Et bien entendu le lien entre la discrimination et le racisme anti noir en France d’un côté et le sort des Palestiniens en Israël de l’autre, est limpide ! Et, chose surprenante les « blacks bloc », ces groupes d’ultra gauche, dont on avait cru pouvoir identifier le profil, comme des jeunes bourgeois blancs, venant parfois de toute l’Europe, rien à voir avec l’islam radical donc, se mettent à taire leurs actions, à cesser leurs violences, à interrompre le chaos qu’ils entendent infliger à la société française pour laisser ces revendications Islamistes et anti racistes s’exprimer. C’est apparemment le seul discours, le seul message qu’il est possible de faire passer dans les rues de France. La France qui généralement devient le théâtre d’affrontements d’une violence inouïe orchestrée par ces « Blacks bloc », qui interviennent pour installer une situation de chaos à l’occasion de toutes les mobilisations qui s’organisent dans le pays, et provoquent des scènes qui saisissent d’effroi la planète entière, voit également défiler autour d’un cortège préservé de toutes actions qui pourraient venir parasiter le message, ces manifestations anti-racistes, ou souvent, une partie (parfois importante) du discours de l’islamisme radical et politique, est repris et porté. Ce qui est frappant, c’est que la tendance de fond, qu’on avait cru pouvoir déceler, et que de nombreux intellectuels ont dénoncé il y a

L’Islamo-gauchisme ou un nouveau retour de l’histoire Lire la suite »

Epidémie : Entre Immanence et Transcendance

Est-ce que l’événement que nous venons de traverser collectivement est un événement de l’ordre de la transcendance ? On a l’habitude de dire, en simplifiant beaucoup les choses, que la transcendance c’est ce qui échappe au domaine des hommes, qui est extérieur à la cité, alors que l’immanence est plutôt à l’intérieur. On parle également souvent de ces notions en termes géométriques. Ce qui est transcendant est de l’ordre de la verticalité alors que ce qui est immanent est horizontal. Manitou insérait ces concepts dans un cours qu’il avait l’habitude de donner dans une introduction à la cabale et qui avait pour titre « le cercle et la droite ». Le cercle représente le déterminisme des lois de la nature avec un cycle qui se répète de façon rigoureusement identique et inexorable. La nature est enfermée dans sa propre condition de laquelle elle ne peut s’échapper, à l’image de ce cercle qui tourne sur lui-même pour arriver là où il était parti au départ, alors que la droite représente l’objectif que se fixe l’homme pour parvenir à se réaliser, et qui à chaque fois qu’il pense pouvoir l’atteindre, s’éloigne à l’infini à l’image de cette droite qui ne finit jamais et dont on aimerait parvenir à arrêter la course mais en vain. Et l’homme révèle ainsi sa finitude face à l’infini de cette droite. Ce n’est pas le néant qui a précédé l’être expliquait Manitou, c’est l’être qui a précédé le néant, puis il y a eu une néantisation d’un point d’être pour faire exister le vide c’est à dire la place du monde dans l’être. Autrement dit le monde vient du néant mais l’être a précédé le néant et a fait exister le vide à l’intérieur de l’être par un acte de retrait qu’on appelle dans notre tradition le « TsimTsoum ». Le « Tsim Tsoum », c’est cet acte de retrait, de rétractation, d’évidement du créateur pour laisser place à une forme sphérique vide au départ, et qui représentera la place du monde dans l’être. Pour que cette place soit vide il faut que la lumière qui y était présente originellement ait été rejetée de ce vide. Mais cette lumière qui a été évacuée va avoir tendance à vouloir revenir avec force et impétuosité, c’est la tendance de l’absolu à vouloir revenir de là où il a été retiré avec force. Pour éviter que cette lumière ne revienne de là d’où elle a été expulsée, pour préserver cette place du monde, il faut faire jouer une force, inouïe, surpuissante. Cette force préserve, protège, maintient la place du monde dans l’être car si elle ne jouait pas la place du monde serait détruite, avalée par l’être absolu. Cette force qui protège la place du monde et dont on dit, chose dangereuse pour notre avenir, que l’intensité dépend de la conduite morale de l’homme, s’appelle en hébreu la « Gvoura », c’est la vaillance. Mais qu’est ce que cela signifie la vaillance lorsqu’on parle du créateur ? Est-ce que le créateur pourrait ne pas être fort, ne pas être vaillant ? Cette vaillance, c’est en réalité être plus fort que soi-même, c’est être capable de maitriser son instinct. Cette force est phénoménale car si elle ne joue pas la place du monde est absorbée, avalée par la tendance naturelle de l’être à revenir d’où il a été retiré. Cette force, c’est une limite, une limite entre le créateur et son monde, le monde qu’il a créé, la créature en train d’être engendrée. Et on voit apparaître les deux concepts qui nous permettent d’avancer dans une tentative d’approche des notions de transcendance et d’immanence : D’un côté le cercle, cette forme sphérique, qui a été vidée de l’être, qui représente le monde et qui va être insérée dans un conditionnement et un déterminisme duquel il ne peut pas échapper, mais qui est également la condition de la liberté de l’homme. Et de l’autre cette force, cette vaillance, cette limite, cette ligne droite infinie qui dit à sa divinité : « jusque là mais pas plus » et qui dit à son monde : « jusque là mais pas plus », afin précisément que la place du monde, le lieu de l’homme, puisse être créé et préservé. Le cercle et la droite, entre immanence et transcendance. Et l’homme, comme sorte de compromis, se situe entre les deux, à mi-chemin entre le cercle et la droite Par exemple son visage est un compromis un mélange entre droites et cercles. L’objectif pour l’identité humaine est donc de briser le conditionnement naturel pour parvenir à se libérer du déterminisme et devenir une personne libre, un peuple libre. C’est précisément ce que nous avons vécu au moment de la sortie d’Egypte avec une libération à deux niveaux : Tout d’abord une libération vis-à-vis de la domination, de l’aliénation par rapport à la volonté de quelqu’un d’autre, d’un autre individu, c’est l’événement de la sortie d’Egypte à proprement parlé, puis dans un second temps, une libération par rapport à la domination et à l’aliénation que les lois de la nature ont tendance à avoir sur nous, avec l’événement du 7ème jour de la sortie d’Egypte et la déchirure de la mer rouge. Tout cela pour nous amener à l’événement transcendant par excellence qui est l’événement de la révélation de la loi morale sur le mont Sinaï. Autrement dit lorsqu’un homme, un peuple parvient à briser les lois de conditionnement naturel, à se libérer du déterminisme dans lequel il était inséré cela l’amène à un événement de transcendance, et ce lien toujours, le cercle et la droite, le déterminisme naturel dont il faut se libérer, entre immanence et transcendance. Lorsqu’il échoue, l’homme se résume à un être de « nature » et perd sa capacité à devenir une personne humaine, il reste soumis aux lois impersonnelles et déterminées de la nature. Alors comment parvenir à caractériser un événement de l’ordre de la transcendance ? Lorsqu’un événement de cet ordre intervient, il impacte chaque personne concernée par l’événement. Il suscite la stupeur, la stupéfaction, la mise en retrait, l’inclinaison. Au « tsim tsoum » du créateur, à sa rétractation pour permettre de créer

Epidémie : Entre Immanence et Transcendance Lire la suite »

Hamakom

« L’Etat hébreu doit se préparer à une alyah massive due au coronavirus ». C’est la déclaration assez surprenante faite cette semaine par la ministre israélienne de la Diaspora Tzipi Hotovely à l’occasion d’une rencontre avec la direction de l’organisation Nefesh B’Nefesh qui encourage l’immigration juive américaine. Selon, le Times of Israël, la ministre aurait évoqué « un réveil parmi les communautés » et assuré « que le gouvernement devait être préparé à une vague d’alyah ».  On peut comprendre que certains juifs de diaspora en Europe comme aux Etats-Unis s’inquiètent d’une épidémie qui frappe surtout les pays occidentaux. Mais ces raisons sanitaires paraissent insuffisantes, à elles seules, à expliquer la vague attendue. D’une part, le virus ne menace pas spécifiquement les Juifs – même s’il provoque ici ou là une remontée de l’antisémitisme – et, d’autre part, Israël n’est pas épargnée par la maladie, même si la réaction des gouvernants semble avoir été plus adaptée.   Il convient sans doute de s’interroger plus avant pour tenter de rendre raison de ce nouvel élan après plusieurs décennies pendant lesquelles les Alyihot en provenance des Etats et d’Europe se déroulaient, en dépit des chocs internationaux, de manière modérée et progressive.  Si l’on quitte le sens « pchat » (simple) de l’annonce ministérielle, on peut constater aisément que l’épidémie de coronavirus aura eu comme première conséquence concrète de ramener chacun chez soi, que ce soit au niveau individuel avec le confinement ou que ce soit au niveau collectif avec le rétablissement des frontières. En contraste avec les appels du monde global qui vantait les mérites d’une existence sans appartenance, la consigne est dorénavant donnée de « rester chez soi ». Et de fait, chacun a été contraint de retrouver son lieu d’habitation. Cette impérieuse nécessité a aussi été l’occasion d’une plus grande introspection. Chacun d’entre nous a eu le loisir de réexaminer le sens de son existence. Et ce faisant de rendre actuelle la question de savoir où les Juifs devaient habiter. La propension de certains d’entre eux à vouloir maintenir le primat de leur intégration à l’universel s’est heurtée à la réalité d’une nouvelle assignation à résider quelque part. Dès lors les Juifs de diaspora ne peuvent plus vraiment éluder la question de leurs appartenances territoriale et nationale.  Exemple d’une telle remise en cause : cette lettre poignante envoyée par un rabbin américain à sa communauté dans laquelle, après avoir fait un méa culpa sur son attitude passée, il encourage ses fidèles à immigrer en Israël. Irrépressiblement, le questionnement de savoir où l’on habite surgit de l’actualité du moment sous la forme de l’urgence. Il éclaire sans doute aussi, au-delà des considérations sur les craintes de l’épidémie, la perspective d’un regain de l’Alyah en provenance des Etats-Unis et d’Europe de l’Ouest lorsque ce retour sera à nouveau concrètement possible. Cela permet de rappeler que les Juifs ne sont pas seulement des bâtisseurs de temps. HaMakom, le lieu, est aussi un des noms de Dieu. Le terme renvoie à l’espace consacré à la présence divine. Lieu où la transcendance peut s’insérer dans l’immanence sans la dénaturer. Le Traité des pères nous apprends qu’« il n’y a pas une chose qui n’ait pas sa place » (Chap. 4). Et le Maharal de Prague interprète : « C’est pourquoi « endroit » se dit Makom, car il fait exister (mekayem) la chose qui s’y tient » (Netsah Israel).  En revenant sur notre lieu, nous accédons ainsi un nouveau niveau d’existence. Pour le peuple juif, le retour sur sa terre est de nature à rendre possible la réussite de sa mission : conduire l’humanité sur le chemin d’une rédemption en permettant au divin de résider parmi nous.    Antoine Mercier Journaliste

Hamakom Lire la suite »

Le Calendrier Israélien et le Déconfinement

Dans notre tradition, chaque fête, commémore un événement qui s’est produit dans l’histoire des hommes, et plus spécifiquement dans l’histoire de notre peuple au travers des siècles. Il faut en effet comprendre qu’au-delà de la structure de notre calendrier qui récapitule en une année la vie du monde dans son temps prophétique, chaque fête, chaque commémoration vient célébrer un événement qui s’est réalisé dans notre calendrier. Par exemple la fête de Pessah vient commémorer la sortie des hébreux de l’esclavage en Egypte ou encore la fête de Chavou’ot, le jour de la révélation de la Torah. Mais cela ne signifie pas pour autant que la fête n’existait pas avant l’événement qu’elle commémore. Par exemple les patriarches célébraient déjà la fête de Pessah. Ou, autre exemple peut être encore plus parlant et que nous connaissons désormais bien dans notre tradition, c’est la fête de Hanoucca : Le premier homme, Adam, célébrait déjà la fête de Hanoucca. Mais comment cela est-il possible, et comment comprendre cela ? Et surtout, comment se fait il que l’événement tombe à la bonne date ? Par exemple, comment expliquer que la sortie des hébreux d’Egypte ait eu lieu précisément le jour de la pleine lune du printemps, et que c’est précisément un 25 Kislev, jour de Hanoucca, que le temple libéré par les Maccabées fut inauguré grâce à cette fiole qui ne devait bruler qu’un jour et qui a pu bruler huit jours ?  En fait, nous expliquait Manitou, le temps est qualifié, chaque jour à son intensité qui lui est propre, son essence même. Un jour du mois de Tichri n’a pas la même intensité qu’un jour du mois de Nissan. Par exemple, on a l’habitude de dire que tout ce qui se passe pendant le mois de Tichri est dur, difficile de l’ordre du jugement et nécessite un mérite pour pouvoir s’accomplir, alors que ce qui se passe pendant les moments de Nissan est au contraire plus facile, plus doux, et fait appel à la grâce et à la bonté.  La guerre des 6 jours, s’est déroulée autour du mois de Nissan, elle a été une victoire miraculeuse, elle a été offerte en cadeau, par grâce absolue.  Un journaliste a interrogé le ministre de la défense Israélien de l’époque, Moshe Dayan, juste après la victoire et lui a demandé : « Vous ne croyez pas que Dieu vous a un peu aidé dans cette affaire ? » Et Moshe Dayan lui a immédiatement répondu : « Non vous n’avez pas compris. C’est nous qui lui avons donné un petit coup de main ». Alors que guerre de Kippour a été une guerre dure, difficile, périlleuse, ou Israël a risqué de disparaître de nouveau, elle s’est déroulée au mois de Tichri. Il y a donc bien une intensité particulière pour chaque moment de l’année, le temps est qualifié, et on se déplace dans le temps, du mois de Tichri au mois de Nissan, puis du mois de Nissan vers le mois de Tichri, de la modalité de justice stricte, à la modalité de charité pure, entre mérite et grâce. C’est lorsqu’un événement dans l’histoire des hommes rencontre sa date qu’il faut ensuite le célébrer. Et on devine alors que toutes les dates du calendrier n’ont pas encore rencontré leur événement dans l’histoire des hommes, et que l’objectif de notre tradition est de remplir le calendrier, de le compléter afin que chacun des jours de l’année ait rencontré son événement dans l’histoire de notre peuple, et ait révélé l’identité propre qu’il renferme. En réponse à cette attente on peut indiquer qu’il y a 3 calendriers qui se superposent dans notre tradition :   En complément à cet enseignement, Manitou nous faisait remarquer une chose importante : c’est que toutes les commémorations récentes qui concerne l’Etat d’Israël sont logées précisément dans la période que nous sommes en train de traverser et qui est la période du Omer. Tout se passe comme s’il y avait un calendrier à l’intérieur d’un autre calendrier, et que la période du Omer avait un calendrier qui lui était propre, presque autonome, à l’intérieur du calendrier d’une année. Et c’est un fait que Yom Ha Shoa, Yom Haatsmaout, Yom Hazikaron, Yom Yeroushalaim sont des fêtes qui concernent l’Etat d’Israël et sont toutes logées dans cette période du Omer. Comme si notre histoire récente, l’histoire de la reconstruction de l’identité hébraïque sur sa terre, faisait en sorte, de se mettre à jour, de parvenir à identifier les correspondances entre l’intensité de chaque jour dans cette période du Omer, et l’événement dans notre histoire qui lui correspond. Tout se passe comme si ces 49 jours qui vont de Pessah à Chavou’ot doivent se remplir, doivent se compléter des événements historiques afin de faire en sorte que cette période vulnérable entre la commémoration de la sortie d’Egypte et le don de la loi morale, parvienne à nous mener de la libération physique du peuple d’Israël à une libération plus spirituelle. Comme nous sommes contemporains de ces événements nous savons qu’ils ont eu lieu et que ces à ces dates qu’ils se sont réalisés. On peut être rassuré que l’événement a bien rencontré sa date et que nous pouvons le commémorer. Mais du même coup cette rencontre révèle aussi l’intensité de la période que nous traversons, et nous confirme à quel point cette période Omer est vulnérable et délicate, et peut nous amener soit à la remise en cause des acquis de la commémoration de la fête de Pessah s’il y a ligne échec, soit au contraire au renforcement des acquis s’il y a ligne de réussite et de succès. Mais ce que révèle ainsi la conception de notre calendrier, c’est que lorsque l’événement dans l’histoire des hommes se réalise, il dévoile du même coup l’identité profonde de la date à laquelle l’événement s’est réalisé. L’histoire des hommes dévoile l’intensité, l’essence, l’identité de chacun des jour de notre calendrier, et nous voilà sur deux plans parallèles : Un premier plan horizontal qui représente la succession des jours de l’année à l’intérieur du calendrier, puis un second plus spirituel, qui est lui

Le Calendrier Israélien et le Déconfinement Lire la suite »

EPREUVES

Voilà plus d’un mois que nous sommes confinés et un nouveau mois semblable au premier s’ouvre devant nous sans que nous sachions ce qui pourrait advenir. Situation proprement inédite et au sens propre inouïe : l’immobilisation et l’isolement de la plus grande partie de l’humanité pendant une longue période. Après avoir connu quelques semaines d’adaptation à nos nouvelles conditions d’existence, nous intégrons l’idée que celles-ci vont se prolonger encore plusieurs semaines. Nous franchissons un seuil. Celui à partir duquel il apparaîtra de plus en plus clairement que nous sommes confrontés individuellement et collectivement à une véritable épreuve. Qu’est-ce qu’une épreuve ? La tradition nous en donne un exemple paradigmatique : l’épreuve pour Abraham de la ligature d’Isaac. La fin de la section « Vayera » qui relate l’épisode commence par ces termes : « Il arriva, après ces faits, que Dieu éprouva Abraham… » (Genèse 22/1). L’épreuve présente deux caractéristiques : 1/ Elle nous place dans une situation incertaine qui nous est imposée. Bien qu’on en connaisse l’origine et qu’on puisse en cerner les contours, sa signification nous échappe. Dans l’exemple biblique, Dieu demande à Abraham de sacrifier son fils alors qu’Il lui a promis dans le même temps que sa descendance passerait par lui. L’impossibilité de donner un sens à l’épreuve est constitutif de sa réalité. Être éprouver, c’est d’abord ne pas connaître avec certitude l’épilogue d’une histoire dans laquelle nous sommes irrémédiablement plongés et vis-à-vis de laquelle nous n’avons ni la possibilité de nous désengager, ni celle de trouver une échappatoire.  2/L’incertitude sur l’issue du processus en cours suscite de l’angoisse même si les conditions d’existence au jour le jour ne sont pas dramatiques. Nous pouvons vivre sans difficultés notre confinement, il n’en demeure pas moins intérieurement éprouvant. Il nous contraint à une décantation intime et à un recentrement sur notre être au monde. Il nous ramène invariablement à ce qui reste de nous quand plus rien ne se passe autour de nous. La perspective peut faire vaciller. Abraham lui-même exécuta l’ordre divin en tremblant. Il demeurait bien décidé à suivre l’injonction qui lui avait été donnée mais il redoutait en même temps son issue. Selon le Midrach, le Satan l’aborda à plusieurs reprises pour le faire renoncer. Dans la conscience du patriarche, rien ne permettait de différencier le scénario finalement heureux de la ligature de celui, tragique, du sacrifice réel. L’épreuve est ainsi faite que tant qu’elle n’est pas achevée, on en ignore le résultat. Sentiment partagé par tous les candidats à des examens, eux aussi soumis à l’épreuve. Vue du point où nous en sommes, celle que nous traversons aujourd’hui peut produire le meilleur comme le pire. Ainsi, être en situation d’épreuve n’implique pas forcément une confrontation avec des difficultés objectives mais elle laisse ouverte toute les options y compris les plus tragiques. Cela explique qu’elle mette les individus en situation de fortes tensions mentale et psychologique. L’avenir s’échappe de toutes les significations ou des projections dans lesquelles on voudrait l’enfermer. Eprouvés comme le serait un matériau en laboratoire dont on cherche à connaître le niveau de solidité, nous sommes appelés à démontrer le degré de résistance des valeurs qui nous animent. Pour Abraham, il s’agissait d’éprouver la confiance dans la promesse que Dieu lui avait faite. Et pour nous ? Individuellement, la question de connaître le sens de l’épreuve reste ouverte. A chacun d’y apporter sa réponse. Et collectivement, que devons nous nous prouver à nous-mêmes ? Qu’il n’est ni possible ni souhaitable de s’accrocher à notre volonté de domination de la nature et à notre désir de maîtrise absolue de nos existences. Qu’il est urgent de sortir de l’agitation égoïste. Qu’il faut retrouver le sens de l’action désintéressée. Qu’il convient de lâcher prise pour laisser une place au déroulement providentiel de l’Histoire. Le récit biblique consacré à la ligature d’Isaac se termine par ces termes : « Toutes les nations de la terre seront bénies par ta postérité ». Les commentateurs y voient la preuve que la perpétuation de l’esprit de l’Akeda dans l’humanité permettra de la faire participer aux promesses des bénédictions divines.  Tel est, selon eux, le testament d’Abraham et telle est la tâche de ses descendants, le peuple d’Israël. Par Antoine Mercier Jounaliste

EPREUVES Lire la suite »

Confinement : Retrouvons le sens véritable du Chabbat

L’humanité a pris conscience de sa finitude, qu’il était inutile de se répandre sur leur monde sans précautions particulières, qu’il fallait se retirer partiellement du monde, qu’il était temps de faire preuve d’attention et de délicatesse, peut être aussi d’exigence morale et s’est brusquement mise à faire Chabbat. Un Chabbat imposé certes, contraint, mais l’histoire retiendra probablement qu’à un moment dans son histoire l’humanité a fait Chabbat et a donné la possibilité au monde d’arriver à des jours plus authentiques. Mais au bout de plusieurs jours de confinement généralisé à l’ensemble de la planète, ou presque, après quelques semaines de ce Chabbat imposé à l’homme, on voit apparaitre les premiers signes de relâchement, d’installation dans une sorte de routine alors que le confinement n’est pas levé. Les sorties se multiplient dans une ambiance un peu étrange. On voit en même temps se multiplier également les premiers signes d’impatience, d’incivilité, d’inélégance parfois d’énervement ou de violence. La patience est mise à rude épreuve et nos individualités se réveillent malgré elles et font apparaître par moment avec force nos défauts devant cette situation intense et interminable qui inscrit l’homme dans la réflexion, dans la lenteur et dans le dégagement. Les échanges entre les personnes deviennent plus difficiles, plus tendus, la suspicion et la méfiance font leur apparition dans le domaine public au moment des sorties, lorsque les personnes se croisent, peut être aussi à l’intérieur du domicile. La peur d’être contaminé provoque des attitudes de repli, de rejet, d’hostilité, de mise à distance de l’autre. Le premier temps de ce confinement universel qui était apparu comme un formidable retrait de l’homme pour laisser la place a l’autre que lui, et pour finalement un peu plus rapprocher les hommes entre eux, est en train de laisser la place à un second temps plus dure, plus difficile dans les relations entre les personnes, qui lui a plutôt tendance à les éloigner, à faire en sorte que chacun se replie sur lui-même en essayant de nouveau de s’approprier le plus de territoire possible dans ce qu’il est possible de prendre. Comme si chacun était un peu seul au monde et seul sur terre. A l’autre extrémité de ce second temps, après une période de sidération, les échanges misérables ont repris sur les réseaux sociaux, les petites blagues, les vidéos sans aucun intérêt et pas à la hauteur de la situation, cette vacuité, ces bavardages creux et vides de sens, et ces rires, ces rires que l’on entend parfois et auxquels on veut crier, taisez-vous ! Certains ont-ils vraiment conscience qu’un drame se joue au sein de l’humanité et qu’il faut respecter ce drame ? Mais finalement tout cela est assez logique, la nature des caractères revient progressivement à la surface, et la célébration du chabbat, qui rythme notre calendrier, est une célébration qui revient alors avec force au cœur de toutes nos réflexions et sur laquelle il est utile de se poser. Faire Chabbat n’est pas si simple, cela demande une exigence morale, une volonté, et l’instauration d’un rythme ou d’une habitude, et il nous revient désormais, à nous, peuple juif, peuple hébreu, à Israël, à ce peuple qui s’est réinstallé sur sa terre après deux mille ans d’exil, de prendre ses responsabilités, et de faire preuve de pédagogie, pour apporter ses lumières au monde, qui découvre soudainement cette fête, et de donner un sens à ce Chabbat que vit aujourd’hui l’humanité. Qu’est ce que signifie « faire Chabbat » ? Le signe du déclin d’une civilisation, c’est souvent la façon qu’elle a d’envisager les loisirs. Or, le Chabbat est devenu, souvent en exil, le jour où l’on se repose après une semaine de fatigue et d’efforts. En Occident, on fait une pause un jour ou un jour et demi par semaine, comme une machine qui a trop fonctionné et doit être mise à l’arrêt. Le Chabbat est entré dans le champ de la société occidentale. Il n’exige plus du Juif d’interpeller le monde, de veiller à être en phase avec le calendrier, mais il l’encourage à se fondre dans l’univers laïc du dimanche, de constituer une société plus harmonieuse, plus reposée. Le Chabbat, c’est pourtant tout autre chose. Ce jour-là, nous entrons dans un autre monde. Ce n’est plus le temps de l’efficacité, ni celui de notre rapport à l’objet. Nous devons cesser de nous investir dans les circuits économiques, d’intervenir dans les mécanismes du monde, qui nous obligent à travailler pour subvenir à nos besoins. Nous ne devons plus laisser agir notre volonté pour intervenir dans les mécanismes économiques. Nous devons nous concentrer sur notre rapport à l’homme, de manière désintéressée, sans rien attendre en retour. Le jour du Chabbat, nous pénétrons dans une dimension où nous sommes capables de nous retirer du monde, de nous en dessaisir partiellement et de donner plus d’importance à l’autre qu’à nous-mêmes. Le jour du Chabbat, nous sommes les invités de quelqu’un, alors que les six autres jours de la semaine, nous ne dépendons que de nous-mêmes pour agir sur les problèmes du monde. Il ne s’agit pas ici de recharger les accus d’un ordinateur ou d’un téléphone portable, mais bien de s’inscrire dans un moment différent, dans lequel le dynamisme de la technique et de la science n’aurait plus aucune prise. Un moment qui place les relations d’homme à homme au centre du questionnement, qui tente de répondre à la question du sens et de la sainteté morale. Un moment dans lequel l’homme ne doit plus travailler pour vivre, mais doit s’élever pour retrouver sa véritable identité d’homme. Cela fait inévitablement penser à ce juif qui tourne à l’extérieur, autour de la porte d’entrée de son immeuble le jour du Chabbat, parfois avec un ou deux de ses collègues, en attendant qu’une âme extérieure et impure lui donne accès à son l’immeuble en appuyant sur le bouton électrique de la porte d’entrée. La tradition hébraïque nous enseigne souvent que nos actes sont jugés en permanence et qu’il n’y a pas de refuge à l’abri duquel nos actes peuvent être revus.

Confinement : Retrouvons le sens véritable du Chabbat Lire la suite »

Compte du OMER et Confinement

Dans cette période particulière ou le temps semble s’être suspendu et la tendance naturelle qu’a l’humanité à se répandre sur le monde, a laissé la place au dégagement et au retrait, le gouvernement Français a annoncé les premières mesures de déconfinement avec une date désormais inscrite pour des millions de français qui est celle du 11 Mai. Le compte est lancé, et même si on sent un certain relâchement dans l’attitude de solidarité et de respect des règles qui avaient prévalu lors des premiers temps de ce confinement historique, la France attend cette date avec impatience et fébrilité. Même si l’anxiété provoquée par cette épidémie ne s’est pas encore dissipée, on peut commencer à compter les jours qui nous sépare de ce moment de libération nationale. Parallèlement à ce nouveau rythme du calendrier imposé par le virus, non seulement à la France, mais au monde entier, notre tradition, la tradition hébraïque, est insérée dans un autre calendrier, celui du compte du OMER. C’est la période qui sépare la fête de Pessah, qui réactualise la sortie du peuple des hébreux de l’esclavage en Egypte pour les amener à l’événement du don de la Torah qui s’est réalisé pour des raisons secondes, que nous ne développerons pas ici, sur le Mont Sinaï. Cette période relie donc la commémoration de la sortie d’Egypte du peuple Hébreu avec l’objectif d’aller s’installer sur sa terre, à l’événement de la révélation de la Torah. La fête de Chavouot, qui n’a pas de date précise dans le calendrier, est reliée à la fête de Pessah, et nos récits mettent donc en évidence le lien fort, indéfectible, entre l’événement de la sortie d’Egypte et celui de la révélation de la Torah. Tout se passe comme si la fête de Chavouot, qui commémore le jour de la révélation de la loi était, en quelque sorte la clôture de la fête de Pessah. Manitou nous expliquait que la période qui relie Pessah de Chavouot, ces 50 jours qui sont constitués de 49 jours de mérites à acquérir, à conquérir, plus le dernier qui est donné, est précisément une période vulnérable ou les acquis de la sortie d’Egypte peuvent se renforcer, en cas de réussites, de succès pour aller vers le don de la loi morale, ou au contraire s’inscrire dans une ligne d’échecs, de fractures qui risquent de remettre en cause les acquis de la sortie d’Egypte elle-même. Et Manitou rajoutait pour nous expliquer un peu mieux l’intensité de cette période, qu’il s’agit d’une période vulnérable car elle nous fait passer d’une libération physique, l’accès à la terre, à une libération plus spirituelle, le don de la Torah. De la même manière que l’être humain est corps et âme, le corps d’Israël est sauvé à Pessah son âme est sauvée à Chavouot. Le passage entre les deux est une période de vulnérabilité qui peut remettre en cause les lignes de réussites qui ont été acquises jusque-là. Les enseignements concernant cette période sont innombrables, et il ne s’agit pas ici de tous les citer, mais, peut être essayer de réfléchir à l’éclairage que l’intensité et la centralité de cette période peuvent apporter à la situation que nous traversons collectivement aujourd’hui. Au départ cette période était une période de joie pendant laquelle chacun pouvait aller apporter les prémices de sa récolte, la gerbe de blé, au temple. Elle était appelée la fête des prémices avec le thème fort, et cher à notre tradition, sur l’altérité, le sens du retrait pour laisser la place pour l’autre. Le fait de donner les prémices en cette période comme un acte de dégagement pour offrir à « l’autre » plus de place qu’à soi-même. Et les récits de la relation entre Cain et Abel nous reviennent en mémoire pour nous rappeler que la faute de Cain est d’avoir refusé de laisser, à l’autre que soi, une place dans le monde, comme l’illustration de l’échec du comportement moral. Cette période est devenue, à la suite de l’épisode de la perte définitive de l’indépendance nationale, après la catatrophe de la défaite de l’armée de Bar Korba, qui était aussi représentée par les élèves de Rabbi Akiva, une période de deuil. Et aujourd’hui au sein même de notre tradition des discussions sont en cours pour savoir si cette période, ce décompte du OMER, doit toujours être considérée comme une période de deuil, ou si au contraire compte tenu de la reconstruction de l’identité Hébraïque sur sa terre, elle doit de nouveau être considérée comme une période de joie. Au cœur même de cette fête qui nous incite pourtant à l’unité nationale, les divisions se poursuivent.  Car en effet la cause profonde donnée par nos sages pour justifier que cette période, vulnérable, délicate, ce soit transformée d’une période de réjouissance en une période de deuil, à cause de cette perte de l’indépendance de notre peuple sur sa terre, est le manque d’unité au sein du peuple. Toutes les personnes qui constituaient l’armée de Bar Korba étaient des grands, de très grands, ils étaient aussi des élèves de Rabbi Akiba, c’était des sages, d’une envergure inouïe nous dit-on. Pourtant ils ne se donnaient pas le respect mutuel, les honneurs, dus à chacun d’entre eux, ils ne s’aimaient pas l’un l’autre, et c’est la raison profonde de la défaite Les enseignements de la Caballe, nous indiquent qu’il y a également un autre événement connu qui s’est joué dans cette période du OMER, et qui était de la même nature. C’est la vente de Joseph par ses frères. La dislocation de l’unité, de cette unité indispensable pour faire la nation, est la source profonde qui risque de remettre en cause les acquis de la fête de Pessah, qui sont comme autant de lignes de fractures qu’il faut réparer. C’est l’unité nationale qu’il faut reconstituer pendant cette période. Et quand on voit ce qu’il se passe actuellement en Israël on se dit que cette unité est indispensable pour la réussite de notre histoire. Comme pour confirmer ces difficultés d’unité, on peut indiquer qu’il y a

Compte du OMER et Confinement Lire la suite »

La réflexion morale n’a d’importance, n’a de valeur propre que rapportée à la destinée concrète de chaque homme

La réflexion morale n’a d’importance, n’a de valeur propre que rapportée à la destinée concrète de chaque homme [1] Dans les fissures du désert Laissez à mes cils au moins une larme Perler de tous ces yeux ouverts De tant de morts donnez-moi la mémoire Avec les tréfonds de toutes les mers. Isaïe Spiegel, Et la Lumière fut, Lodz, 1949 « Si on s’en sort entre 100 000 et 200 000 morts on aura fait du bon boulot [2]» On croyait les démocraties immunisées à l’indifférence sadique. «Je crois que beaucoup l’ont eu au Brésil, il y a quelques semaines, ou bien des mois. Ils ont déjà des anticorps[3] ».  Immunisées à la froide contemplation du meurtre.2 Des masques s’échangent au plus offrant sur les tarmacs d’aéroport, des larcins minables sont commis par des nations tout entières au détriment d’autres nations, l’Europe submergée peine à s’unir, tandis que fanfaronnent sans gloire ceux qui ont tout compris. Se taire devant une telle tragédie étant radicalement exclue. Chacun y va au contraire de son bon mot. Mots encombrants, valises, machin-barrière, et « distanciation » dont tout de même l’acception est aussi simple que tout autre, distance ne suffisait-il pas ? Moindres maux ? Peut-être pas. Quand on commence à infléchir le « verbe », le monde fléchit fatalement aussi. Anonymes, militants, déçus, esseulés, paumés, croyants, malheureux, surdoués, vaniteux, nombreux aussi ceux qui claironnent tout savoir de ces cris d’agonie, ces hurlements abandonnés, ces asphyxies dans le néant. Ils ont déjà posé leur conclusion, au « nom des miens », ils livrent leur compte : C’est donc à cause du réchauffement climatique, du libéralisme, de la détérioration des rapports humains, de l’indifférence générale aux mondes en guerre, des choix gouvernementaux, de la mondialisation, de la fracture sociale, de la dislocation familiale, des phoques disparus, des expériences en laboratoire, de Tchernobyl, de la science, des expériences nucléaires, … à cause de ces pêchés que nous sommes condamnés ? Pêché d’un vice collectif ? Peut-être.. Mais est-ce sincèrement au nom de ces ravages, qu’ils crient dans les hôpitaux bondés surchauffés par la mort, ma sœur, mon enfant, mon père, est-ce donc pour dénoncer l’état du service public laissé à l’abandon, ou le meurtre les baleines baltiques que mon ami d’enfance, ma voisine agonisent dans la plus effarante solitude ? Il y a un proverbe yiddish qui dit que là où se multiplient les prophètes, il n’y a plus d’hommes. Et pourtant !… On voit soudain surgir des trésors d’exceptions dans des lieux insoupçonnés. Internet qui charriait encore si récemment à nos portes boues et glaires, tripes et vomi, se met brusquement un peu à espérer. Si les complotistes ont encore un bel avenir, leur font aujourd’hui face une cohorte d’inconnus qui offre ses services, un autre bataillon qui amuse et fait don de ce bref bonheur dont il faut se saisir, et un autre qui applaudit à tout fendre chaque soir. Soudain le monde se regarde et se détourne indifférent des devins jamais rassasiés. Ensemble, tous les jours plus nombreux, pour survivre, pour espérer, pour se dire que nous mourrons dans une même humanité, dans le silence de nos vies, de celles qui n’ont appartenu qu’à nous seuls, pour se dire que nous vivrons peut-être un peu encore, Nous voilà donc enfin face à face. Car c’est bien ainsi que nous devrions penser, avant d’écouter le bruit des arbres ou des baleines, aussi féériques fussent-ils, oui, c’est en compréhension, cette fois, que nous devrions nous voir, à travers ce miroir qui nous renvoie ce que nous sommes, ou plus exactement, seulement ce que nous ne sommes. Tous. Bisel Mensh, dira-t-il de lui-même, l’écrivain Baashevic Singer lors de la réception de son Prix Nobel : signifiant  « Petit homme »,  « pauv’ gars » en est une autre traduction. Chaque jour, des centaines de pauv’ gars (j’inclue les femmes) se lèvent dignement parmi nous, pour tendre une main gantée à leurs comparses. Après une si certaine tragédie, après, peut-être, pourrons-nous tenter de comprendre et de couvrir le bruit des larmes par des regrets, des remords, des décisions futiles ou décisives pour l’histoire de l’humanité, mais en attendant … Il faut appréhender le jour qui vient. On les voit au loin s’en aller Sans savoir d’où ils viennent, Peut-être sont-ils les dernières ombres Des premiers hommes sur la terre, De l’ère où sur notre planète Se disloquaient les sols et se fendaient les eaux ? Ou peut-être sont-ils les premiers à porter Dans les replis de leur visage Les signes premiers, plus profonds, de la souffrance De l’homme nouveau sur la terre ?[4] Aveugles hier, surgissent enfin à notre vue, à leur taille réelle, ceux qui passaient au travers des cases sociales dont ils n’accédaient que par espoir déchu le plus souvent, ou exaucé à la génération qui leur succédaient. Les voilà enfin aimés. Ceux qui cultivent l’humanité, à mains nues. Ceux qui, honorables, ne font mentir aucun de leurs actes. Ouvriers, postiers, agriculteurs, auxiliaires de vie, aides ménagère, routiers, caissiers, artisans, artistes et tant d’autres encore, à qui si peu était donné. Apparaissent aussi avec une clarté criarde ceux l’on croyait opulents et qui meurent de leur vocation à sauver, infirmiers, médecins, chefs de services… et tant d’autres encore. Ceux en particulier qui ne se commettent pas à comparer un « mort pour un autre », un malade du covid pour un accident de la route ou de trottinette. Et puis, tous ceux également qui aspirent à être solidaires pour des inconnus qu’ils auraient, hier encore, toisés. Vous, moi… Nombreux je l’espère les pauv’ gars immunisés contre nos démocraties, nos mensonges, l’indifférence froide, le manque le plus basique de compassion, immunisés espérons tous ces hommes, ces femmes qui ne misent ni sur le nombre de morts journaliers de pays en pays, ni sur l’avenir sinistre qui pourrait cogner à nos portes.  Alors, pour tous ces sombres crétins et criminels ambitieux, prions pour qu’ils soient reniés par cette nature-là, celle précisément constituée d’hommes et de femmes qui recèlent en eux un pan de céleste et l’avenir possible de notre monde.  Daniella Pinkstein [1]La Parole et l’écrit, I. Penser la tradition juive aujourd’hui,

La réflexion morale n’a d’importance, n’a de valeur propre que rapportée à la destinée concrète de chaque homme Lire la suite »

Retour en haut