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02 Juillet 2018

PIN'HAS : MOSHÉ, L'HOMME DU MOMENT ET D'ÉTERNITÉ

INTERVENANT(S) : MICHEL AMRAM

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Le Talmud Pirqei Avot, Principes des Pères II, 12, dit : « Rabi Yossei enseigne : Que la fortune de ton prochain te soit aussi chère que la tienne, prépare-toi pour étudier la Torah car elle ne t'est pas donnée en héritage, et que tout tes actes soient au nom des Cieux »

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Pin'has : Moshé, l'homme du moment et d'éternité

Moshé, l'homme de la situation

Le Talmud Pirqei Avot, Principes des Pères II, 12, dit : « Rabi Yossei enseigne : Que la fortune de ton prochain te soit aussi chère que la tienne, prépare-toi pour étudier la Torah car elle ne t'est pas donnée en héritage, et que tout tes actes soient au nom des Cieux ». Rav Shlomo Aviner, dans son ouvrage Traité Avot p. 345-354, enseigne :

1) Le fondement de l'enseignement de Rabi Yossei est l'amour sans limites de toutes les créatures qui atteint jusqu'à chérir la fortune et la propriété de son prochain. Exactement le contraire du christianisme qui prône le dédain de la propriété puisque le principal sont les cieux, ainsi que le mépris des besoins du corps puisque c'est l'âme qu'il faut sauver, avec pour solution finale de tuer les corps pour libérer les âmes. Et nous lui répondons d'appliquer lui-même ce qu'il prône !

Tandis que nous, les élèves de Moshé, notre maître, nous disons dans le Talmud Shabat 31a : « Ce que tu as en haine, ne le commets pas aux autres », oui ! effectivement, nous aimons l'argent qui est une constante de ce monde sans laquelle l'existence est impossible, mais au-dessus de tout nous chérissons l'argent de notre prochain car lui-même aime son argent autant que nous-mêmes aimons le nôtre ! Puisque sa fortune lui est chère, j'aime tout autant sa fortune que la mienne et je chéris sa propriété car lui-même la chérit !

Nous sommes heureux que nos prochains soient riches, voire très riches, même plus que nous, et que leurs tailleurs aussi le soient. Nous sommes joyeux qu'ils profitent des biens gagnés en toute droiture, leur satisfaction du monde matérielle nous fait intensément plaisir quand elle est incluse dans les règles de la Torah. C'est pour cela qu'il faut faire attention à l'argent de son prochain comme s'il s'agissait de chérir son propre argent. Selon Rambam, ceci est inclus dans le grand principe de la Torah qui fonde les rapports des hommes entre eux, Vayiqra XIX, 18 : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même, Je suis le Seigneur », principe de réciprocité et d'intégralité de tous les prochains dans la réalité existentielle dont l'argent est la trame et la substance, la bouée de sauvetage de leur subsistance.

À tel point que la fin du verset indique clairement que pour atteindre la compréhension du Nom du Seigneur et l'entendement de Sa volonté, il faut expressément passer par l'amour de notre prochain, et le plus petit dénominateur commun est de chérir ses avoirs comme s'il s'agissait des nôtres : « Je suis le Seigneur ». À combien plus forte raison l'argent de la communauté tout entière.

Cette vertu est inscrite dans nos gênes en tant que collectivité d'Israël mais cette vertu n'est pas inscrite dans nos gênes en tant qu'individus, il nous faut donc travailler sans cesse pour l'atteindre, chaque un sur soi, jusqu'à ce qu'elle devienne une seconde nature chez le particulier, qu'elle fasse partie de notre identité profonde, en diapason de l'identité collective idéale. Pour acquérir le mérite que cette vertu soit partie intégrante en chacun de nous, il faut bosser dur sur soi (Sefer Ha'hinoukh).

2) Le rapport avec l'héritage est immédiat. Il faut qu'un héritage soit réparti équitablement selon les règles imposées par la Torah, car l'héritage de nos proches est aussi chéri à nos yeux que le nôtre, autant que le leur est chéri pour eux. Or, en ce qui concerne la Torah, il n'y a pas d'héritage individuel et il faut s'y préparer intérieurement, s'apprêter à la recevoir comme identité propre au plus profond de soi car « elle ne t'est pas donnée en héritage ». Étudier la Torah est une obligation qui va de soi, Pirqei Avot III, 17 : « S'il n'y a pas de Torah, il n'y a pas de quoi vivre », mais se préparer à l'étudier relève d'une discipline et d'une maîtrise de soi que Rabi Yossei, le fervent, nous enseigne. Et cela ne va pas de soi car aspirer à l'étude de la Torah est une valeur qui doit atteindre toute limite, bornes comprises, et elle apparaît dans les trois dimensions de toute relation pour réaliser le bien absolu, au-delà des commandements de base : entre l'homme et son Créateur, entre l'homme et son prochain, entre l'homme et lui-même.

Nos Sages du Talmud Nédarim 81a disent : « Pourquoi n'est-il pas courant que des élèves de Sages engendrent des élèves de Sages ? Rabi Yosef dit : Pour qu'on ne dise pas qu'ils reçoivent la Torah en héritage », ce qui aurait pour effet de neutraliser tous les efforts des autres pour faire sienne la Torah. La Torah n'est l'héritage de quiconque, quand bien même serait-elle partie intrinsèque de l'âme de la nation hébreue. Mais son apparition dépend du labeur investi avec force efficace et travail énergique.

Rabi 'Ovadia de Bartenoura l'exprime ainsi : « Que tu n'en viennes pas à dire qu'étant donné que mes aïeux sont des Sages, la Torah s'installe forcément là où c'est son auberge et je n'ai besoin de personne ». Il est vrai que la Torah retourne chez elle lorsque les savants érudits qui l'étudient sont chez elle (Talmud Baba metsia' 85a), mais cela n'est pas automatique et il faut s'y efforcer : tout dépend du travail. Si tes parents sont des érudits en Torah, c'est une excellente condition pour que tu le sois aussi, Yésha'yahou LIX, 21 : « Quant à Moi, dit le Seigneur, voici quel est Mon pacte avec eux : Mon inspiration qui repose sur toi et les paroles que J'ai mises en ta bouche, elles ne s'écarteront pas de ta bouche, ni de la bouche de tes enfants, soit à présent, soit dans les temps futurs ».

Mais il faut s'y consacrer avec pugnacité car cette édification est le fruit d'un travail continu constitué d'efforts persévérants, comme d'ailleurs toute pratique cultuelle rendue à notre Dieu. Travail qui suppose une maîtrise de soi et une élévation spirituelle continue. Travail qui adhère au service de Dieu et confère à l'ensemble de nos relations tact, finesse et revalorisation.

3) Le principal de l'action humaine en ce monde est l'acquis du mérite d'être, et c'est le travail de toute notre vie qui l'assure. Parfois l'impulsion initiale de toutes nos initiatives est un véritable cadeau donné par Dieu, mais la plupart du temps, toutes les démarches humaines procèdent de la parole de Iyov V, 7 : « L'homme, pour le labeur naîtra ». L'édification de la vie humaine dépend de la difficulté de la tâche et Dieu ne donne pas à l'homme une tâche qui lui serait insurmontable.

Ram'hal, dans son œuvre d'édification morale "La voie du Seigneur" I, 3-4, apporte un nouvel éclairage à la condition humaine :

« L'homme représente cet créé dont la finalité est de s'attacher à son Seigneur. Bien que l'homme oscille entre la perfection et la régression, il est censé détenir les moyens d'atteindre la perfection. Cependant, il est impératif que l'homme agisse en toute liberté et selon sa propre volonté, pour que l'intention divine se réalise. Car s'il avait été contraint d'agir et d'embrasser d'emblée la perfection, par le joug de la puissance divine, jamais il n'aurait pu prétendre posséder cette perfection et en être le maître. L'intention suprême ne se serait alors jamais réalisée.

Or maintenant, l'homme, étant placé devant son libre arbitre, a le choix entre les deux pôles opposés, perfection ou régression, sans être attiré vers l'un ou l'autre par la contrainte. L'homme enclenche son libre arbitre pour choisir rationnellement et sentimentalement le parti désiré, en détenant, au préalable, la possibilité d'obtenir ce qu'il aura décidé. C'est pourquoi l'homme est créé avec un penchant au bien et mal, optant pour la liberté d'agir à son gré et de choisir quelle orientation prendre à chaque instant, à chaque carrefour...

Le fondement du service divin consiste pour l'homme à se préoccuper constamment de son Créateur, dans une direction dûment orientée vers Son absolu de vérité. Cependant, l'homme doit amplifier ses efforts pour craindre et aimer son Seigneur, considérant Sa pérennité infinie face au microcosme de la condition humaine ».

La valeur centrale est l'étude, qui non seulement apporte le Connaître, mais est en elle-même le Connaître-Dieu. C'est pourquoi cela demande impérativement une préparation de la conscience morale propre à Israël : « Et que tous tes actes soient au nom des Cieux », c'est-à-dire que tes actes soient dirigés vers le lieu de conciliation entre deux éléments contraires, entre le feu et l'eau, entre la rigueur et la grâce, autrement dit : l'unité des valeurs, la réunification des idéaux pour dépendre directement de Dieu.

Par sa grande humilité, ces trois composantes se trouvent dans l'immense personnalité de Moshé, géant de l'Humanité.

Moshé, homme de Dieu, l'homme de l'éternité

Moshé récapitule en lui toutes les âmes d'Israël, il peut se mesurer à tous dans toutes les générations, car son âme est celle de la collectivité. Il apporte la révélation de la Torah éternelle et par là, le dévoilement même de la pérennité d'Israël inscrite dans la Torah. Il vit en nous lorsque la Torah est vivante chez nous. Moshé représente la Torah écrite et la Torah orale en un seul dire. La Torah orale est la Torah écrite vivante en nous.

Le Zohar 'Eqev (Rav Kook, 'Olat Réïya II, 491) dit que l'âme de Moshé Rabénou se déroule de génération en génération. La Torah se donne, processus inhérent à son propre dynamisme, et elle s'offre dans la Torah orale implantée organiquement dans le peuple d'Israël. Elle pousse grâce aux agriculteurs du raisonnement talmudique, par l'intermédiaire des maîtres de la Tradition, les prophètes et l'esprit de sainteté ; elle se cultive grâce à tous les acteurs du renouveau en Israël sur sa Terre.

C'est ainsi que les fils de Moshé n'ont pas hérité de sa grandeur et n'ont pas été désignés pour le remplacer, ni pour remplir une autre fonction. Lorsque Moshé entend qu'il doit rejoindre ses pères, il n'a comme souci capital que le bien de toute la collectivité, Bemidbar XXVII, 16 : « Que le Seigneur, le Dieu des esprits de toute chair, institue un chef sur cette communauté, qui marche sans cesse à leur tête et qui dirige tous leurs mouvements, afin que la communauté du Seigneur ne soit pas comme un troupeau sans pasteur ». Les noms de ses fils ne sont même pas mentionnés. Dans les paroles de Moshé, dans sa prière, on ne perçoit ni l'écho de l'amertume du berger fidèle qui a conduit son troupeau jusqu'au but tant espéré mais n'est pas admis à l'y faire pénétrer, ni la moindre allusion à une requête qu'il aurait été en droit de prononcer afin de voir ses fils nommés à sa place. Toutes ses demandes et ses souhaits, pour autant qu'ils soient exprimés dans sa prière, ne visent que le bien parfait de ses ouailles, Israël.

Homme de l'unité de Dieu, rassembleur, garant de l'unité des hommes, Prophète de la Loi, Maître d'Israël, des Prophètes et des Juges, Moshé apporte la révélation au peuple : sa force est de pouvoir faire descendre en bas le monde des valeurs qui se trouve en haut. Monté dans les hauteurs du monde des idéaux divins, Moshé permet l'instauration de la sainteté, c'est Israël déjà arrivé au bout de l'Histoire (Rav Yéhouda Askénazi, M. 6).

LES COURS DE MANITOU

Pinhas - série 1993

 

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