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31 Juillet 2018

'EQEV : LA JOIE DU DEVOIR ACCOMPLI

INTERVENANT(S) : MICHEL AMRAM

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Célèbre est la leçon du Ramban dans son Introduction à la Torah : Les lettres de la Torah ne sont toutes que la révélation du Nom de Dieu. Dieu divulgue Son Nom avec les lettres de la Torah depuis le début, le Beth de « Béréshit », jusqu'à la fin, le Lamed de « aux yeux de tout Israël »

'Eqev : La joie du devoir accompli

Célèbre est la leçon du Ramban dans son Introduction à la Torah : Les lettres de la Torah ne sont toutes que la révélation du Nom de Dieu. Dieu divulgue Son Nom avec les lettres de la Torah depuis le début, le Beth de « Béréshit », jusqu'à la fin, le Lamed de « aux yeux de tout Israël ». Cela est d'autant plus flagrant dans le Livre de Devarim, le Deutéronome, qui est la répétition générale de la Torah par Moshé, notre maître. Dans un long monologue, les évènements vécus par les enfants d'Israël et les préceptes divins sont rappelés en un ensemble cohérent. La leçon à tirer de ce temps est la révélation divine aux mondes et dans l'histoire des hommes.

La joie

Dans le premier verset de notre parasha apparaît un terme rare : 'éqev, qui réclame éclaircissement, Devarim VII, 12 : « והיה עקב תשמעון Véhaya 'éqev tishmé'oun, et ce sera, suite à votre entendement de ces lois et de votre fidélité à les accomplir, que le Seigneur, ton Dieu, sera fidèle aussi au pacte de bienveillance qu'Il a juré à tes pères ». Par la suite, de grandes bénédictions abondent chez les enfants d'Israël s'ils se donnent la peine d'accomplir, de garder et d'entendre, - dans le sens de comprendre, - tous les impératifs de Dieu prononcés par notre maître Moshé. Le mot 'eqev veut à la fois dire 'talon' et, par extension, 'à la suite de', qui indique la fin, la finition, la finalité, la finitude. Le talon est l'extrémité terminale des membres du corps, par en bas, et à la tête, par en haut, il y a la joie !

Le commentaire Or Ha'hayim de Rabi 'Hayim Ben 'Attar (1696-1743), talmudiste et cabaliste originaire de la ville Salé au Maroc, dit que le mot Véhaya והיה du début du verset est une expression de joie (Béréshit Raba 43, 3), car c'est bien la joie que nous avons en tête, dans nos intentions les plus profondes, quand nous accomplissons les mitsvot. Moshé nous réclame, avec cette douceur qui sied au grand chef s'adressant à son peuple bien aimé, que tout homme ne doit atteindre la jouissance de toute chose qu'avec l'accomplissement des mitsvot, y compris dans leur intention et leur compréhension. Pour étudier, pour accomplir les actes cultuels de la Torah, la joie est la condition préalable. C'est ainsi que l'endeuillé ne peut étudier les paroles de Torah car sa peine et sa souffrance contredisent cette condition préalable de se réjouir en étudiant et en accomplissant.

La révélation du Nom

Or, Véhaya, le premier mot de notre parasha, est l'une des permutations du Nom du Seigneur Hashem de quatre lettres, le Tétragramme, qui représente la sephira centrale de Tiféret, elle-même récapitulant toutes les six sephirot des extrémités : 'hessed charité, guévoura vaillance, netsa'h éternité, hod magnificence, yessod fondement et malkhout royauté. Et c'est Lui, Hashem, qui redistribue l'abondance à tous les existants par le truchement du Nom Adonaï, gouverneur exécutif et Maître de la directive divine dans l'histoire. Le Nom Hashem, libre de ses voyelles et donc imprononçable, vivifie le Nom Adonaï qui Lui, donne toute abondance divine aux créatures, avec Sa majesté, malkhout.

C'est ainsi que le Nom Hashem de quatre lettres détient la capacité de se démultiplier en douze permutations pleines de quatre lettres. Mais, le Tétragramme peut aussi, par défaut ou par excès de certaines de ses lettres, se redistribuer en cinquante-quatre permutations de quatre lettres, ce qui donne deux cents seize lettres par dynamique cumulative (Rabi Moshé Cordovéro, Pardèss rimonim XXI, 11).

D'autant plus que chacune des lettres de ces Noms peuvent s'écrire pleines, par exemple le Yod, la première lettre du Tétragramme, peut se développer en Yod Vav Daleth, le Hé, la deuxième lettre du Tétragramme, en Hé Alef, ou Hé Yod, le Vav, la troisième lette du Tétragramme, en Vav Alef Vav etc... D'autant plus encore que toutes ces variantes du Nom du Seigneur peuvent aussi recevoir les différentes voyelles de l'alphabet hébreu. Ce qui donne l'innombrable déclinaison des Noms du Seigneur de quatre lettres et dévoile les différentes conduites et directives par lesquelles Il dirige Son monde et dévoile Sa volonté, par l'intermédiaire du Nom Adonaï. Mais il ne s'agit que de l'une des dimensions parmi d'infinies dimensions et d'innombrables canaux par lesquels notre Seigneur, Dieu d'Avraham, Dieu d'Yits'haq et Dieu de Ya'aqov dirige et octroie Sa bénédiction (Rabi Yossef Gikatilia, Sha'arei Orah III, in fine, Leçon du Rav Yéhouda Askénazi). Cela peut donner le vertige et il faut un certain temps d'apprentissage pour découvrir l'immensité infinie de cette façon de penser, afin que chaque particularité prenne sa place dans l'ensemble de l'architecture divine. Il nous faut s'armer de patience infinie, comme il est marqué pour Yissakhar, fils de Ya'aqov, Béréshit XLIX, 15 : « Et il a livré son épaule au joug ».

La Présence est parmi nous

La traduction habituelle est « Si vous écoutez ces ordonnances… », ou : « Par suite de votre obéissance à ces lois et de votre fidélité à les accomplir, le Seigneur, votre Dieu sera fidèle au pacte d'Alliance qu'Il a juré à vos pères », cependant avec la leçon du Sha'arei Orah, la traduction allusive mais littérale donne : « Véhaya, notre Seigneur (sera) si vous écoutez ces ordonnances ». Autrement dit, l'abondance divine potentielle ne sera effective que si vous comprenez ces ordonnances et les ferez.

Or, les Dix Commandements énoncés à l'évènement du Sinaï à la parasha Yitro, et répétés par Moshé, notre maître, à la parasha précédente Vaét'hanan en les assortissant des bénédictions dues à leur pratique, sont composés par cent soixante-douze mots et six cent vingt lettres. Les six cent vingt lettres nous renvoient aux six cent treize commandements auxquels sont ajoutées les sept mitsvot ordonnées aux Noa'hides et le chiffre cent soixante-douze nous renvoie à la valeur numérique du deuxième mot de notre parasha : עקב 'eqev.

Selon cet enseignement, la traduction allusive devient : « La Présence divine sera parmi vous, si vous écoutez les cent soixante-douze mots déployés en six cent vingt lettres des Dix Commandements, pour être fidèle au pacte d'Alliance que le Seigneur a juré à vos pères. Il t'aimera, te bénira, te multipliera, Il bénira le fruit de tes entrailles et le fruit de ton sol, ton blé, ton vin et ton huile, les produits de ton gros et de ton menu bétail, dans le pays qu'Il a juré à tes pères de te donner ». Il est ahurissant de remarquer que les dires prononcés par Moshé débutent par le Nom du Seigneur et se concluent par la Terre qu'Il t'a donnée en bénédiction : le Nom du Seigneur, la Torah et Israël sur sa Terre, ne sont qu'une seule et même entité (Ram'hal, Idra Raba Zohar, Adir Bamarom, p. 61, Rav 'Hayim de Volozhyn, Nefesh Ha'hayim IV, 11).

À propos de notre verset, le Zohar Mishpatim 123b enseigne : « Rabi Yéhouda enseigne, Téhilim LXXXI, 9 : “Écoute, mon peuple, je veux t'adjurer ; ô Israël, puisses-tu m'écouter”. Dans de nombreux endroits la Torah a prévenu l'homme, à de nombreuses occasions le Saint, Béni est-Il a mis en garde l'homme, et tout est pour son bienfait : afin qu'il sauvegarde les mitsvot de la Torah. Car quiconque garde les voies de la Torah et s'en préoccupe ressemble à celui qui pratique Son Nom saint puisque nous avons appris que toute la Torah n'est qu'un seul Nom saint, Nom supérieur, Nom qui récapitule tous les Noms. Et celui qui retranche une seule de ses lettres, c'est comme s'il fautait contre le Nom saint ».

Si l'homme ne veut se préoccuper que des grands principes de la Torah en délaissant les mitsvot qu'il pense être secondaires, il blesse alors le Nom de Dieu dans Son absolu de perfection. Le Nom de Dieu se déploie jusqu'aux moindres détails et aux moindres particularités des ordonnances divines. Déclarer ne vouloir se préoccuper que des grands principes de la foi sans leurs applications les plus infimes c'est être fautif par rapport au Nom supérieur du Seigneur ! (Rashi). Rien n'est laissé au hasard dans le judaïsme et tout concourt à l'idéal supérieur de l'Unité de Dieu.

Aimer son prochain comme soi-même, c'est très beau. Avoir la foi, c'est magnifique. Aspirer à la Justice, c'est merveilleux. Être patriote en Israël, c'est le top. Mais comment réaliser ces grandes dimensions de la Torah sans ses recommandations applicatives dans les plus infimes aspects du domaine matériel, expliquées abondamment dans la Torah orale, jusques aux Sages de nos jours ? Sans le respect du détail des mitsvot, la faute de l'homme est alors non seulement au niveau des actes mais aussi de l'être. Par rapport à la formulation et la mise en pratique du projet de la Loi, il n'est qu'approximativement ce qu'il doit être. Les mitsvot sont les actes de la relation avec le monde, avec autrui, avec soi-même, avec le Créateur ; les accomplir c'est agir vis-à-vis des choses en sachant qu'elles sont, dans leur existence, le résultat de la volonté du même Créateur que Celui qui m'a créé (Rav Yéhouda Askénazi, PE I, p. 402 et 406).

Plus tard, dans la parasha Ki tavo, nous rencontrons aussi notre fameux Véhaya, Devarim XXVI, 1 : « Véhaya, quand tu seras arrivé dans le pays que le Seigneur, ton Dieu, te donne en héritage, quand tu en auras pris possession et y seras établi ». Le Or Ha'hayim nous livre son commentaire : « Véhaya, c'est une expression de joie, et il n'y a pas de plus grande joie si ce n'est “quand tu seras arrivé dans le Pays”, dans l'esprit de Téhilim CXXVI, 2 : “Quand le Seigneur ramena les captifs de Tsion, nous étions comme des gens qui rêvent. Alors notre bouche s'emplit de chants joyeux et notre langue d'accents d'allégresse” ». Dans les deux cas, enseigne Rav Tsvi Yéhouda Kook, il s'agit de la joie dans l'accomplissement des mitsvot (Leçons IV, p. 165). Rambam dans ses Lois sur le Loulav VIII, 15, écrit : « La joie de l'homme dans la pratique de la mitsva et dans l'amour de Dieu qui nous l'a prescrite représente le service divin par excellence ».

 

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