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Re confinement : Quand la force de l’instant a disparu, il ne reste que l’habitude

Si dans les premiers temps de l’émergence du virus, le saisissement général a figé l’instant, l’a immobilisé, capturé et a interrompu le mouvement incessant de notre monde, pour laisser une place, au retrait, à la délicatesse, au scrupule, et nous a permis d’imaginer un instant que l’humanité avait d’un seul coup réalisé qu’il fallait cesser de se répandre sur le monde sans précaution particulière, que le moment du « Chabbat de l’humanité » était arrivé, pour nous laisser entrevoir les prémices d’un monde meilleur basé sur le souci de l’autre, et qui reposerait sur le respect des valeurs morales. Il faut croire que tout cela n’a été que très provisoire. C’est la force de l’instant qui fait que lorsqu’il est loin et que le moment finit par être familier que l’on revient aux habitudes de pensées antérieures. C’est ce qu’il se passe en Egypte avec le Pharaon juste après les 10 plaies. La force de l’instant a contraint le Pharaon à laisser sortir les hébreux d’Egypte après la dernière plaie, la plus terrible, celle des premiers nés. C’est la force de l’instant qui l’a amené à un acte de contrition et de retrait, acceptant de voir sa souveraineté amoindrie par une force qui lui était infiniment supérieure et qui gère le monde d’après la loi morale. Mais trois jours après, lorsque la force de l’instant s’est dissipée et que les conditions de vie ont repris leurs cours habituels alors le Pharaon est revenue aux habitudes de pensée antérieures et a décidé de poursuivre le peuple des hébreux pour aller l’exterminer. C’est ce qui a provoqué sa perte. C’est aussi ce que nous vivons aujourd’hui ou la coexistence avec le virus commence à s’installer durablement et à devenir une habitude que l’on intègre à notre manière de vivre. Il semble que nous soyons désormais contraints d’inscrire notre cohabitation avec le virus sur du long terme, et comme toujours l’homme a su s’adapter et désormais nous nous habituons progressivement à vivre avec. La force de l’instant a disparu pour laisser la place à une forme d’habitude à cohabiter avec le virus Alors que le surgissement du virus dans notre monde a suscité un saisissement qui a pu se lire à travers l’étrangeté de nos villes désertée au moment du premier confinement qui s’est imposé pratiquement partout sur la planète, et ou l’homme avait accepté de se retirer partiellement du monde pour laisser une place pour autre que lui, notre habitude de vivre avec le virus peut aussi se lire à travers la nouvelle façon dont nous appréhendons ce re confinement qui a été imposé en France depuis quelques jours. La légèreté avec laquelle le re confinement est mise en œuvre par les français eux-mêmes illustre de façon saisissante que la stupeur, l’appréhension, l’angoisse qui s’étaient imposées à tous, ont laissé place à une vague habitude qui a transformé les réflexions, qui ont émergé avec le jaillissement du virus dans notre monde, en une forme de résignation. La force de l’instant s’est dissipée et a laissé la place à une accoutumance, une habitude et une lassitude à force de cohabiter avec ce virus et d’envisager d’avoir à le faire pendant un long moment encore. La transcendance s’est faite immanence, le saisissement habitude, le jaillissement s’est transformé en débit tranquille et insonore.  Et les rues de Paris sont pleines pendant ce nouveau confinement, comme témoignage de cette habitude que nous avons acquise à vivre avec le virus. Les grandes surfaces ont eu l’autorisation de rester ouvertes, ces temples modernes qui nous permettent de nous divertir, de passer le temps, de répondre à notre instinct désormais le plus élémentaire, celui de consommer, si possible des choses totalement inutiles et qui vient désormais au même niveau que de celui de se nourrir. Soyons rassurés le petit commerce de première nécessité absolue, la boutique Apple, sur les champs Elysées est resté ouvert pendant cette période de confinement…. Tout un programme. Non seulement l’accès aux grandes surfaces est autorisé en cette période de confinement mais cela permet en plus de lever le dernier obstacle (s’il existait encore) en déculpabilisant la population et en lui indiquant qu’en ces temps difficiles consommer est utile, l’endroit est protégé, préservé et à l’abri du virus, un lieu de résistance à la propagation du virus….Et dans le même temps les librairies, ces petits commerces qui apportent la nourriture de l’esprit, elle sont fermées. Il y a eu certes une merveilleuse résistance sur Internet, et les réseaux sociaux pour soutenir les libraires, pour crier cette injustice effrayante ou certain peuvent ouvrir alors que d’autres ont ordre de fermer, ou dans les rues de la ville se déversent un flot incessant de personnes auto de confinées et que dans le même temps les petits commerces « non essentiels » eux seraient condamner à fermer. Tout cela n’a plus de sens. Et puis il y a cette petite musique qui commence à gêner un peu, celle qui nous fait prendre conscience que l’on est en train de nous imposer, à tous, ce qui est essentiel pour nous et ce qui ne l’est pas. On est en train d’uniformiser la notion de « choses essentielles » et la vision d’un monde qu’on aurait aimé ne plus jamais revoir remontent à la surface de manière un peu nauséabonde. Quelle décadence, quelle tristesse, quelle image renvoyons-nous de nos sociétés contemporaines qui ne reposent désormais plus que sur la satisfaction de l’individu. Il faut épancher les désirs les plus immédiats. Or qu’est ce qui est vitale ? Par définition, c’est lorsque l’homme n’a pas la liberté. Par exemple l’homme n’a pas la liberté de manger ou de ne pas manger, s’il ne mange pas, il disparait. Aujourd’hui l’homme a perdu la liberté par rapport à la consommation. Quelle déception, Quelle désillusion, quelle douche froide pour tous ceux qui avaient imaginé un instant que la propagation du virus allait permettre à l’humanité de réaliser que d’autres voix étaient possibles, et voyaient dans cet événement un moyen de revenir à des choses plus essentielles et de permettre à

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Election Américaine – Le Monde brisé en 2 camps

Le monde est actuellement suspendu à la nouvelle série à la mode : celle de l’élection présidentielle aux Etats Unis qui est relayée par les chaines d’information en continue de manière toujours aussi sensationnelle, et elles se surpassent, pour faire de plus en plus sensationnel. L’épilogue vient nous livrer l’issue de la série, et on a senti un soulagement traverser la planète, à quelques rares exceptions, lorsque le nom de Joe Biden a été donné comme le 46ème président des Etats Unis. Incontestablement un formidable souffle est en train d’emporter le pays et de multiples témoignages d’espoir, de soulagement et de joie annoncent une suite plus apaisée. Pourtant il semble qu’il faille être un peu plus mesuré et qu’il se joue ici un tournant important de l’histoire des Etats Unis, et peut être au-delà, de notre monde, tant les deux camps qui s’affrontent encore semblent être divisés, et paraissent irréconciliables. Des prolongations pourraient d’ailleurs se tenir car l’actuel président ne semble pas vouloir accepter sa défaite. Trump polarise, c’est incontestable, c’est un personnage clivant est c’est sur son nom que l’élection à divisée définitivement l’Amérique, et probablement le monde, en deux camps. Il y a ceux qui votent pour lui, et les « fans » sont particulièrement nombreux : Trump aura réussi à recueillir plus de 70 millions d’électeurs aux Etas Unis rien que sur nom ce qui est un score absolument incroyable et qui n’avait pas été imaginé par aucun institut de sondages. Pour une large majorité de ces électeurs, ce soutien va bien au-delà d’un accord de principe sur la politique économique et fiscale, il s’enracine profondément. Mais le camp d’en face, ceux qui votent contre lui, ne sont pas moins nombreux, puisque le résultat est apparemment historique avec plus de 74 millions d’Américains qui ont voté pour le camp démocrate, et qui ont témoigné de leur joie à l’annonce de la victoire de Biden aux cris de « Trump tu es viré ». Les scènes de liesse peuvent alors envahir le pays avec émotion, pour le plus grand plaisir des partisans de Joe Biden. Pourquoi une si grande partie du peuple américain reconnait Trump, le suit ? Est-ce pour sa personnalité ? Est- ce pour les idées qu’il emporte avec lui ? On peut en effet s’interroger sur cette adhésion incroyable au personnage de Trump ? Peut-être est-ce précisément parce qu’il casse les codes qu’il n’est pas considéré, contrairement à ce qu’indique souvent les experts qui évoquent ces sujets, comme faisant partie de la classe dirigeante de ce monde ? Car finalement Trump, comme cette grande partie du peuple américain qui le soutient, ont un ennemi commun, c’est, selon eux, cette intelligencia, cet appareil politique, ces personnes qui gouvernent le monde entre elles. Et Trump aura réussi ce pari étonnant de s’installer à la maison blanche tout en étant considéré comme ne faisant pas partie de l’une d’entre elles. Il semble que ce soit ainsi que le raisonnement des partisans peut être posé. Autrement dit derrière cet attrait pour Trump on pourrait y lire également le sentiment d’une partie importante des américains sur la façon dont le monde politique est conduit. A l’inverse pourquoi les adversaires de Trump le détestent-ils à ce point ? Est-ce pour sa personnalité, ou pour les idées qu’il véhicule ? Les deux probablement mais c’est vrai qu’il y a une tendance de fonds presque unanime à la détestation de Trump. C’est certainement le fait de sa personnalité et probablement à juste titre. C’est un individu, tel qu’il peut être perçu à travers l’image qu’il revoit pour quelqu’un qui ne le connaitrait pas personnellement, de méprisant, tourné vers lui-même et qui a des difficultés à avoir la maitrise de ses instincts. Mais on peut quand même s’interroger sur une telle constance dans la détestation, une telle uniformité de tous les organes de la société dans la civilisation occidentale ? Peut-être aussi que les idées qu’il amène avec lui marquent un clivage important entre les élites de la planète d’un côté, et les populations de l’autre. Elles posent une résistance au multiculturalisme et, en élargissant un peu, à la tendance de fonds générale que l’on a vu apparaitre, pour la mixité des appartenances, pour cet universalisme béat qui doit être réalisé coute que coute, pour la dissolution des identités nationales dans un grand tout, dont on ne sait pas bien dire ce qu’il est exactement. Bien sûr Trump est arrogant, immoral (ceci dit qui ne l’est pas, c’est une question de degré et non d’essence), autocentré, incrusté dans l’instant présent et incapable d’avoir une vision à long terme sur beaucoup de sujets. Sa culture générale et sa vision du monde sont plutôt rudimentaires et son rapport aux autres est affligeant, sans parler du regard qu’il pose en règle générale sur les femmes et la façon dont il les considère. Mais qui peut raisonnablement dire, et sans douter, que le message qu’il véhicule, arrimé à son énergie, dont on doit reconnaître le dynamisme, n’a pas d’intérêt et ne mérite pas d’être écouté, que cette tendance de fonds générale qu’on voit émerger un peu partout sur la planète, de contestation des peuples contre les élites, de cette volonté qui sort des populations d’un retour aux identités nationales, à une manière d’être homme qui est spécifiques à chaque pays et qui doit nous interpeler, nous interroger, afin de nous demander si tout cela est légitime ou non ? Alors bien entendu, la situation que nous vivons aujourd’hui aux Etats Unis était prévisible, Trump est mauvais joueur, il n’aime pas perdre et le fait de donner l’argument de la fraude pour se lancer dans une guerre de tranchées juridique parait bien peu élégant, sauf que là aussi, qui peut être certain de ce qu’il s’est passé réellement ? Car les arguments des uns et des autres commencent à être assez bien affutés. Côté démocrate on met en avant le fait que les démocrates ont majoritairement voté par correspondance, que tout a été fait pour empêcher les personnes

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25e anniversaire : Chabbat d’hommage au Rav Léon Ashkenazi (« Manitou ») zatsal

Comme chaque année depuis cinq ans, dans la semaine du 8 ‘heshvan, un Chabbat était organisé par les anciens élèves du Rav Léon Ashkenazi zatsal, « Manitou », qui ont voulu rendre hommage à celui dont l’enseignement novateur les a marqués à vie. Venus des « quatre coins du pays » nous avons passé un Chabbat inoubliable dans la Midrasha de ‘Hispin, sur le magnifique plateau du Golan. Le programme a débuté vendredi matin, avant le départ pour le Golan, par un moment de recueillement et une prière de « Hashkava » récitée devant la sépulture de « Manitou » zatsal au cimetière de Guivat Shaoul à Jérusalem. Puis, départ pour le nord avec un arrêt-déjeuner au village d’artistes d’Aniam. Une fois arrivés à ‘Hispin, le programme a débuté sur des chapeaux de roue, et nous avons eu l’honneur d’une discussion par Zoom avec l’ancienne députée et vice-ministre des Affaires étrangères Tzipi Hotobely, aujourd’hui ambassadrice d’Israël en Grande-Bretagne, mission qu’elle accomplit de manière admirable et qui fait honneur à l’Etat d’Israël, au peuple juif et à la Torah. Pour la « petite histoire », bien que d’origine géorgienne, Tzipi Hotobely, ainsi que ses sympathiques parents (qui étaient présents avec nous ce Chabbat) font partie de ces Israéliens hébraïsants de plus en plus nombreux à suivre les enseignements de « Manitou » zatsal qui percent de plus en plus au-delà du monde francophone. Preuve en est, étaient présents de nombreux Israéliens « du cru » qui ont découvert « Manitou » zatsal à travers son enseignement en hébreu, sur plusieurs générations. Le programme de cette journée a été extrêmement varié, enrichissant…et rythmé : cours, conférences, discussions à bâtons rompus et découverte historique du lieu, avec toute une série d’intervenants et pour fil conducteur l’enseignement et la vision de « Manitou » zatsal : les rabbanim Ouri Cohen, Yehoshoua-Lionel Elkaïm et Shemouel Moreno, le Prof. Noa’h Dana-Picard, le Dr. Ephraïm Herrera, Mordechai Naftalis, Haïm Rotenberg, Abraham Bliah, Ariel Carciente (qui anima également tous les offices de main de maître), le passionnant guide Yohann-Aharon Botbol et le soussigné. Au-delà de la joie des retrouvailles, ce fut un Chabbat extrêmement enrichissant sur le plan intellectuel et spirituel, accompagné de succulents et copieux repas dans une atmosphère très chaleureuse. Inutile de préciser qu’un tel événement réunissant plus de cent-cinquante de personnes a nécessité une préparation et une organisation de longue date. Tout était « verrouillé » au détail près…et à la minute près ! C’est l’occasion de remercier vivement toutes celles et ceux qui ont pris part à l’organisation de ce grand événement et en particulier les trois chevilles ouvrières de ce projet : Michèle Sabbah, Bella Bel-Ange et Jacqueline Sellam-Partouche. Rendez-vous a déjà été pris pour l’année prochaine ! Shraga Blum

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Ticha Béav et le Temps du Messie. Unifier notre peuple

Un Midrach très connu de notre tradition nous indique que le Messie doit naître le jour de la destruction du temple, c’est-à-dire le 9 Av Derrière l’idée que l’identité du jour du 9 av, qui est un jour de tristesse et de deuil deviendra un jour de joie et de réjouissance, se cache un enseignement beaucoup plus profond de notre tradition qui est que toute chute a sa réparation. C’est lorsque tout va mal et que tout parait perdu et désespéré, que le temps de la délivrance approche et que la réussite de notre histoire est à notre porte. C’est lorsque Jacob pleure la mort (présumée) de son fils Joseph et que Yehouda descend dans le tréfond des abimes, que Dieu se demande quelle goutte de semence fera naître le messie… Dans cette période de deuil, autour de la période du 9 Av qui commémore un certain nombre d’événements douloureux, difficiles pour notre peuple dont la destruction du premier temple et celle du second temple, il peut alors être intéressant de s’interroger un instant sur la période et l’identité du Messie. En France nous vivons dans un environnement occidental d’inspiration Chrétienne qui nous a fait un peu oublier les fondamentaux de notre tradition. Pour les Chrétiens le messie c’est Jésus et cela a de nombreuses conséquences, qui aujourd’hui d’ailleurs les mettent dans une situation parfois un peu embarrassante et paradoxale, et qui constituent d’autre part des divergences irréconciliables avec notre tradition. On peut en citer au moins trois : Tout d’abord, pour les chrétiens le messie vient de l’immaculée conception. L’idée même que le messie puisse venir d’une relation sexuelle consentie entre un homme et une femme est une idée hérétique pour eux. On peut noter qu’il y a derrière cette notion, l’empreinte de la tradition hébraïque pour qui la lignée par ou passe les engendrements qui vont aboutir au fils de l’homme capable d’être frère, se réalise dans la difficulté. Sarah a du mal à enfanter, Rivka a du mal à enfanter, Rachel a du mal à enfanter, Hannah a du mal à enfanter. L’idée qu’il y a derrière est que l’obstacle ne se fait l’adversaire que de ce qui peut réussir. Cette tension sur la possibilité de l’enfantement dans la lignée qui aboutit à Jacob qui parvient à porter le nom d’Israël se transforme dans la religion Chrétienne en une matrice éternellement vierge et éternellement féconde. Ou l’art de transformer une morale en religion. C’est aussi ce qui fait dire aux Chrétiens que le messie est Dieu le fils. On est devant un être mi homme mi Dieu et donc l’identité du messie est ici spécifiquement attachée à la personnalité d’un être en particulier, qui a la qualité d’être non seulement le fils de Dieu mais également Dieu le fils. Et il est bien évident que le fait de nommer un homme, Dieu est considéré par notre tradition comme le principe même de l’idolâtrie. Sur ce point, Juifs et Chrétiens ne peuvent pas dialoguer. Enfin pour les Chrétiens le messie est déjà venu. Au-delà des problèmes théologiques et historiques que cela peut présenter puisque l’arrivée du messie est censée apporter la transfiguration du monde et la paix universelle, et il ne semble pas que depuis plus de deux mille ans ce soit le programme auquel nous ayons assisté, Il y a également le fait que le messie qui vient et le messie qui revient ce n’est pas du tout la même chose. Chez les uns le messie qui vient est un temps optimiste qui s’inscrit dans une progression et la réalisation de l’histoire, l’espérance s’envisage derrière une conception heureuse de la messianité, alors que chez les autres, le messie qui revient, c’est un temps cyclique, pessimiste, ca recommence, et derrière ce « ça recommence » se trouve caché un certain renoncement, une forme de fatalité et probablement aussi un peu de désespérance.  C’est le mythe de Sisyphe et la situation d’absurdité qu’Albert Camus a su si bien décrire, avec ce recommencement permanent qui n’offre aucune place sur terre pour l’espérance ni l’enchantement. On a là deux conceptions totalement différentes du temps et de la messianité. Ces divergences d’approches considérables provoquent inévitablement des antagonismes dans la définition des termes et c’est la raison pour laquelle il est préférable de revenir à notre tradition et à nos enseignements, et particulièrement ceux que donnaient Manitou, pour parvenir à donner une définition authentique de ce qu’est, selon nous l’identité messianique. Dans notre tradition nous savons qu’il y a trois types de relations. La relation entre l’homme et Dieu, c’est-à-dire, en simplifiant beaucoup, le domaine religieux, la relation entre l’homme et son prochain pour résumer on pourrait appeler cette relation la morale et la relation entre l’homme et lui-même, c’est-à-dire pour synthétiser l’aspect spirituel. Les deux premières relations doivent être réalisées pour permettre la troisième. On connait cet exemple qui nous est donné dans notre tradition, par la lignée dans les engendrements qui aboutit à Jacob : Shem est le principe de la réparation de la relation avec le créateur, Ever celui de la réparation entre la créature et l’autre créature, être frère de. A partir d’Abraham va commencer la réparation de la sainteté dans les rapports entre l’homme et l’identité humaine en soi qui est le principe important qui donnera à Jacob le nom d’Israël. La relation entre l’homme et lui-même c’est précisément la conduite qui permet à chacun d’entre nous pouvoir approcher l’identité réussie, authentique en nous-même et donc de pouvoir réaliser cette identité messianique. Chacun d’entre nous a la possibilité de réussir son histoire à l’échelle individuelle puis à l’échelle collective.  Il faut parvenir à résorber le décalage, la tension qui existe entre celui que nous sommes et celui que nous devrions être pour que l’identité humaine soit réalisée, réussie, authentique en nous. Ce qui est vrai à l’échelle individuelle est bien entendu vrai également à l’échelle collective et le peuple d’Israël doit réussir de devenir le peuple qu’il doit être et donc de parvenir à élever son être réalisé en cours d’histoire

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Pourquoi les Chrétiens ont-ils choisi le dimanche comme le jour du Seigneur ?

Pourquoi vont-ils à la messe le dimanche ? Pourquoi le dimanche est-il un jour de repos en France et dans la majorité des pays en Europe ? Dans notre tradition d’après les récits que nous avons de la création, il y a un plan qui s’est réalisé en plusieurs étapes. La création s’est faite dans l’instant et puis le créateur s’est mis à façonner le monde, à le finaliser en six jours pour l’amener à un stade suffisamment avancé pour que l’homme puisse y entrer. Puis l’homme à son tour doit réaliser son travail, la mise au point du monde, ce qu’en hébreu on nomme le « Tikoun Ha Olam », c’est-à-dire la réparation du monde. Il est donc possible de s’arrêter sur trois moments de la mise en place du monde : L’acte de création qui s’est réalisé dans l’instant, les six jours du commencement dans lesquels Dieu est intervenu et à agi sur le monde, Dieu est présent et l’homme n’est pas encore là, puis le 7ème jour ou l’homme est présent dans le monde et Dieu s’est retiré en laissant une absence comme une trace de sa présence. On a l’habitude de dire que la cohabitation entre Dieu et l’Homme est impossible : dans le monde de Dieu il n’y a pas de place pour l’homme et dans le monde de l’homme il n’y a pas de place pour Dieu, dans le monde du soleil il n’y a pas de place pour la bougie et dans le monde de la bougie il n’y a pas de place pour le soleil. Mais pourtant l’objectif est de parvenir à cette cohabitation. Ce retrait de Dieu, pour laisser la place à l’homme c’est ce que nous appelons dans notre tradition : le Chabbat de Dieu.  A un certain moment Dieu a cessé d’intervenir et il a transformé le monde dans ce que nous appelons la nature. Et la trace de cette cessation d’intervention transforme le monde de création en nature. L’identité du monde c’est une création qui est devenue nature, et Dieu se cache derrière l’apparence de la nature pour continuer de surveiller son monde. Mais il a laissé la place à l’homme qui dispose de la liberté puisqu’il est inséré dans le monde de représentation des lois déterminées et impersonnelles de la nature. Mais ce retrait, ce Chabbat n’est bien évidemment pas un repos. Que pourrait bien vouloir signifier que Dieu se repose ? On peut signaler que c’est ce retrait de Dieu qui permet également à l’homme d’être libre car si Dieu était présent alors cette présence s’imposerait à l’homme de telle manière qu’elle le priverait de sa liberté. Mais c’est un sujet parallèle qu’il ne s’agit pas ici de développer. Nos sages nous apprennent que pour chacun des six premiers jours du commencement il est écrit dans le récit « il fut soir, il fut matin jour un », « il fut soir il fut matin jour deux »…. « Il fut soir il fut matin jour six ». Mais il n’est pas écrit « il fut soir il fut matin jour sept ». Pourquoi ? Parce que ce septième jour n’est pas encore réalisé mais il est en cours de réalisation. Maintenant que l’homme est présent il doit jouer son rôle d’homme. Il y a un travail qui est à l’œuvre à l’occasion de ce septième jour, et ce travail c’est précisément l’homme qui doit l’amener à sa réalisation, à son achèvement. L’objectif de ce travail, l’objectif de la réalisation de ce 7ème jour est de permettre la coexistence, la cohabitation entre l’homme et Dieu et d’entrer alors dans le 8ème jour qui est le temps de cette cohabitation. Pour cela l’homme doit parvenir à la sainteté, c’est-à-dire à réaliser l’unité des différentes valeurs. Le concept est probablement un peu compliqué mais on peut le simplifier sans trop en diminuer le sens en l’exprimant par le comportement moral : L’homme doit parvenir à se comporter de manière morale avec son frère, avec son prochain. L’image donnée alors par notre tradition est celle du prêtre dans le temple : c’est l’homme moral par excellence, qui mange le repas parfait, habillé des vêtements parfaits, dans la maison parfaite. L’homme doit parvenir à la sainteté, faire du monde un temple et permettre ainsi de réaliser la possibilité d’une cohabitation avec Dieu et basculer alors du 7ème jour vers le 8ème jour. La réalisation de ce septième jour est alors envisagée comme un temps messianique qui est une période de fin des temps mais qu’il faudrait aborder de façon bien différente de la façon dont le monde occidental (et notamment chrétien) en parle aujourd’hui. Mais les choses se sont simplifiées, modifiées, et voilà que d’une période messianique ou l’homme sera parvenu à réaliser son identité d’homme et à se comporter de manière morale avec son, prochain, on attend maintenant un messie, fils direct de Dieu à l’image dont les Chrétiens ont fait évoluer notre tradition. Cette période messianique devrait permettre de basculer du 7ème jour, qui est le jour du Chabbat du créateur, ou le créateur s’est retirer pour laisser la place, et dans lequel l’homme doit réaliser son travail, c’est-à-dire devenir un homme tel que le créateur l’avait projeté, au 8ème jour, qui est un temps d’accomplissement afin de permettre que la réalisation se rapproche du projet tel qu’il avait été envisagé au départ et tel qu’il nous est formulé dans nos récits. Or pour les Chrétiens, il y a eu la tradition Juive, et puis il y a eu à un certain moment dans l’histoire une bifurcation, un déboitement et l’alliance s’est déplacée des juifs vers les Chrétiens. Leur tradition est venue se substituer à la tradition juive. C’est entre autre l’une des raisons pour lesquelles on s’est mis à parler (peut-être un peu trop vite) de « l’ancien testament » et de cette nouvelle alliance qui peut s’étudier à travers le « nouveau testament ». Il ne s’agit pas ici de revenir sur les innombrables difficultés et incohérences que comporte cette position notamment au regard de la tradition hébraïque, sur cette substitution assez inattendue, ni sur les erreurs de diagnostic qu’elle révèle, puisqu’aujourd’hui ce sont

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Pandémie : réussir enfin à être vieux

Nous connaissons tous ces pages du Talmud : Un Jeune homme de 30 ans entre dans un hôpital à cause de grosses difficultés respiratoires et nécessite d’urgence d’être branché à un respirateur. Mais le seul respirateur de l’hôpital est déjà branché sur un patient de 85 ans. Alors inévitablement se pose la question : Que faire ? débrancher « le vieux » pour sauver le « jeune » ? Après des heures de discussions et de controverses la réponse tombe : On ne débranche personne quel que soit son âge, et peu importe son âge. La personne plus jeune est arrivée dans des conditions existantes et il faut réussir à la sauver en tenant compte du contexte, de l’environnement et des contraintes préalables. Bien évidemment cette situation nous parle plus que jamais, dans cette période particulière et inédite que nous traversons, et même si officiellement on nous dit que nous n’avons pas eu à faire de tels arbitrages en France, et que nous avons évité la catastrophe d’un cheveu, alors que hôpitaux étaient bondés, surchargés, et qu’ils commencent seulement maintenant à se vider un peu, il existe des voix non autorisées qui nous assurent que dans certains services de réanimation en France il a fallu faire des choix. Cette crise aussi dramatique soit elle aura peut-être eu au moins un mérite, celui de remettre un certain nombre de valeurs indispensables au centre de notre société. Et notamment le rapport que nous avons avec la vieillesse et le vieillissement. Nous vivons dans un monde moderne dans lequel on ne supporte plus l’idée de perte, de disparition, de vieillissement. Les signes de cette situation sont multiples et on peut citer le phénomène du jeunisme qui a envahi nos sociétés, les personnes de tout âge qui se déplacent en trottinette, ces adultes qui passent leur journée ou presque, à se divertir, à jouer sur leur téléphone portable ou à regarder ces séries dont le format est adapté aux jeunes, le discours branché qu’adoptent certains adultes pour ne pas paraitre décalés, les tenues vestimentaires…  Le langage des adolescents a envahi notre mode de vie, et nous enjoint de l’utiliser pour éviter d’être considéré comme un « vieux ». Cela se retrouve également dans le vocabulaire : on est qualifié de jeune jusqu’à un âge très avancé dans la vie, on n’a plus le droit de parler de vieux. « Personnes âgées » est presque un gros mot. Non il faut employer le mot de « senior », et encore, à partir d’un certain âge, parce que traiter de senior une personne qui n’est encore qu’adulte est totalement indélicat. Bref, tout cela a été plusieurs fois analysé, et dévoile parallèlement au moins deux attitudes et deux motivations de nos sociétés modernes.  La première est le renoncement à la responsabilité individuelle qui normalement s’impose à chacun de nous, le second est ce refus de la mort et cette exigence d’éternité, à laquelle nous avons désormais « presque » accès. Dans cet environnement il est alors normal de ne pas vieillir, et du coup, jeune et vieux se retrouvent presque au même niveau puisqu’évoluant sur le même terrain. Ce que cette crise aura probablement contribué à dévoiler, c‘est de nous faire prendre conscience de la place indispensable des « vieux » dans nos familles et dans nos sociétés. Cette fragilité retrouvée, nous permet de porter un regard renouvelé sur la vieillesse et de reconsidérer son apport essentiel dans notre société Les personnes âgées sont un lien, un passage, un trait d’union entre les générations, elles constituent notre passé, notre mémoire, représentent la possibilité de transmission des cultures des traditions et des connaissances, elles sont capables de sagesse. Ces personnes ne sont plus jeunes, elles ont perdu un certain nombre de choses avec le temps, mais nous apportent un lien, une présence, une connaissance avec notre histoire individuelle et collective.  Etrangement dans cette période, on nous demande de faire la différence entre jeune et vieux, de pouvoir distinguer le jeune du vieux peut être pour « débrancher » le vieux et laisser vivre le jeune, ce qui ressemble étonnamment à cette prière silencieuse d’Abraham pendant qu’il monte sur le Mont Moriah avec son fils Isaac. Les vieux ont leur place dans le monde, une place indispensable, incontournable, qu’il faut continuer à occuper et que notre monde, qui va décidément beaucoup trop vite, avait failli nous faire oublier en refusant l’idée du vieillissement.  Essayons de ne pas oublier que si nous voyons plus loin que nos anciens, c’est parce que nous sommes des nains assis sur des épaules de géants. Et subitement nous retrouvons une compassion, non, bien sûr, ce n’est pas  le terme, il est trop en surplomb, plutôt une solidarité, une affection particulière et authentique, pour les personnes âgées qui retrouvent la place qui est la leur aux yeux de la société et de la famille. Mais avec cette vulnérabilité retrouvée le sens de la vie reprend alors ses droits. Nous sommes créés en vue de mériter l’être que nous avons reçu à la naissance. La finalité de l’existence c’est de mériter d’avoir été créé. Et du coup il se peut qu’à chaque instant, à chaque seconde de notre vie, nous nous perdions ou que nous nous acquérions. Chacun de nos actes fait pencher la balance du bon ou du mauvais côté, nous sauve où nous perd, et il faut apprendre cela et l’oublier très vite car on ne peut pas vivre avec le poids d’une telle rigueur, d’une telle discipline. Et pourtant c’est comme cela que ça fonctionne. Nous passons tous à chaque instant de notre vie un test, une épreuve. Chaque instant présent, chaque seconde suspendue, avant qu’elle ne s’envole, nous donne l’occasion de nous accomplir, de regarder nos erreurs, de les rattraper, de les recouvrir, de les corriger, de réussir ou d’échouer, de nous sauver ou de nous perdre. Cette perspective lorsqu’elle s’applique aux personnes âgées devient terriblement plus exigeante, plus difficile, plus impitoyable, et pourtant c’est ainsi que notre tradition parle. Il faut profiter de chaque seconde pour améliorer notre dossier. Au lieu de laisser filer les heures il faut essayer de retenir chaque

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Contre apologie du doute Entre Croyance et Foi

 Le monde occidental a évacué l’idée de la foi. La foi a déserté notre monde, elle a quitté la cité, et ne peut plus se dévoilée d’une manière claire.  C’est un mot qui petit à petit disparait de notre vocabulaire. On lui préfère le mot, l’idée, de croyance. La croyance a remplacé la foi. Aujourd’hui on croit, ou on ne croit pas, et si on n’y prend pas garde on pourrait penser que c’est à peu près la même chose. Les opinions se seraient donc très légèrement déplacées, de la foi à la croyance. Mais en réalité la différence est beaucoup plus importante qu’il n’y parait entre ces deux concepts, et cette différence a des conséquences dans notre approche au sens. Croire, quand on entend croire en Dieu, qu’est-ce que cela signifie ? est-ce que ca voudrait dire que cela dépend de moi que Dieu existe ou pas ? Le concept est surprenant. Alors comment continuer à s’exprimer ainsi ? D’autant que la croyance est suspecte, car je crois dans quelque chose qui n’est pas sûr, qui n’est que « peut-être ». Et lorsqu’on applique le concept à celui qui pourrait être le créateur du monde et de la nature, le décalage apparait de façon brutale entre l’idée d’un être créateur et la légèreté, la fragilité, la réticence presque, avec laquelle je pourrais me relier à lui à travers une simple croyance. Cela signifie que le socle sur lequel repose cette possibilité est instable, en mouvement, dérisoire car contestable à chaque instant puisque je ne fais que croire. Je ne suis donc pas sûr. Je doute.  C’est très certainement une des raisons pour lesquelles notre histoire contemporaine offre une place significative à l’apologie du doute. Il n’est plus possible d’être certain, d’avoir une conviction affirmée, le doute est mis en avant comme le témoignage d’une délicatesse, d’un raffinement ultime, d’une tolérance à la position de l’autre qui pourrait être différente puisque précisément il est autre. En même temps que la philosophie de l’autre se développe dans l’espace public, l’apologie du doute prend de l’ampleur, et il devient presque impossible d’être sûr, parce qu’être sûr c’est enlever à « l’autre » la possibilité d’avoir une position opposée à la nôtre, c’est le priver de son statut et le transformer en un même. Douter devient une vertu et celui qui ne doute pas est à ranger dans le clan des intransigeants, des radicaux, des extrémistes. Le monde est désormais divisé en deux clans opposés, d’un côté ceux qui doutent au nom de l’autre, au nom de l’incertitude même, au nom de la prudence que je reconnais dans ce que je ne connais pas ou dans ce que la raison m’empêche d’entrevoir, et de l’autre les idéologues, les fanatiques, les barbares. Il est vrai de dire que certains mettent leur absence de doute au service de causes totalement ignobles et inacceptables. Que cette absence de doute les transforme en monstres disposés à tout pour faire régner par la terreur et la haine, leur vision misérable du monde à l’échelle de l’humanité.  Que cette vision du monde basée sur la violence et le sang, et cela au nom d’une absence total de doute, ne peut avoir le dernier mot.  Mais est-ce à cause d’une poignée d’irresponsables et de décérébrés que la condamnation doit être unanime et s’appliquer à tous. Pourquoi une minorité de bouchers, dérangés, privés de tout sens commun, de respect pour la personne humaine, devrait elle l’emporter sur l’immense majorité de ceux qui ne doute plus, mais de façon raisonnable ?  L’absence de doute peut s’accompagner du plus grand respect des valeurs humaines.  D’autant que l’idée qui se trouve également derrière le doute est aussi souvent celle que l’on reproche à notre civilisation contemporaine. C’est encore et toujours l’individu roi qui peut assouvir le moindre de ses désirs, l’illimité à porté de la main, l’éternité qui devient aussi un doute possible. Le fait de douter permet de douter de tout et donc de rendre tout possible, tout accessible à l’horizon du doute. Rien n’est figé, rien n’est fini, rien n’est limité et ce mouvement permanent à l’intérieur de la société des hommes se mue en espoir secret de voir les rêves les plus fous pouvoir se réaliser. Douter c’est espérer que l’impossible puisse un jour s’accomplir et devenir possible. Ce qui est proposé derrière cette croyance qui a progressivement remplacé l’idée de la foi, c’est le doute comme vertu, le doute comme projet, comme objectif. Mais c’est oublier un peu vite qu’une conscience de bonne foi n’a qu’un seul objectif : c’est de sortir du doute. Le doute n’est qu’un stade provisoire de la réalisation de l’être et que l’objectif du doute, sa réalisation, c’est de parvenir à le transformer en certitude. Le doute n’a de sens que s’il est provisoire, éphémère, comme un chemin pour parvenir à le dépasser, à l’évacuer. L’existence même du doute n’a de sens que s’il s’envisage de façon provisoire comme stade préalable à sa disparition future, en vue de parvenir à une certitude. Et commence à se dévoiler ici la foi qui est bien différente de la croyance. Alors que la croyance est un acte intellectuel, la foi est un acte d’adhésion de la volonté. L’objet de la foi c’est la confiance qu’une promesse que Dieu a faite se réalisera, il ne s’agit pas du tout de croire que Dieu existe ou pas. Rien à voir. La foi c’est une confiance, un consentement à adhérer par certitude en l’absence de preuve, mais le comportement est le même que si la preuve était là. Lorsque je dis AMEN en hébreu, j’adhère, je suis d’accord, et c’est ce que traduit la foi. La nuit j’ai la foi, la foi que je vais sortir de la nuit et que je vais vers le jour, alors que le jour je suis sûr, je suis certain. J’entre dans la nuit avec confiance et j’en sors avec certitude. Mais le comportement pendant la nuit doit être le même que celui durant la journée, et le doute de la croyance se

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L’Islamo-gauchisme ou un nouveau retour de l’histoire

On dit souvent de l’histoire qu’elle se répète, qu’elle bégaye, mais elle ne se répète jamais sous la même forme, ni de la même façon, et il faut essayer de raccrocher le moment que l’on, vit avec le temps dans l’histoire auquel il se rattache. C’est ce qui est difficile, mais c’est aussi le travail qui permet d’anticiper et de comprendre le monde dans lequel nous vivons, et le moment que nous traversons dans l’histoire ainsi que ceux qui le suivent. Pour pouvoir comprendre l’avenir et l’anticiper il faut bien connaître le passé. Les récits de notre tradition sont, à ce sujet assez précieux, parce qu’ils nous apportent un éclairage pour chaque période pendant lesquelles nous les lisons. La Bible parle à chaque époque et chaque génération et c’est aussi toute la difficulté de l’étude, de parvenir à identifier la période dont nous sommes les contemporains à travers les récits de notre tradition et de faire parler la Bible pour les périodes dans lesquelles nous sommes insérés. Lorsqu’on dit de deux sages qu’ils sont en controverse sur un verset, ce n’est bien évidemment pas sur l’explication du verset qu’ils comprennent tous les deux de la même façon, mais c’est sur la façon dont il faut faire résonner le verset dans la période dans laquelle on le lit. Et c’est bien entendu sur ce point qu’il peut exister entre les sages, des divergences, des controverses, des antagonismes. Un Sage, un prophète est capable de diagnostiquer la période que nous vivons en la rapprochant de certains versets et permet ainsi de faire parler les versets et de nous donner un éclairage sur notre période. Quand on lit le journal on a l’’impression de lire la Bible et quand on lit la Bible on a l’impression de lire le journal. Cette phrase de Manitou résume assez bien le point de vue. Et en effet tout l’effort d’actualisation et de renouvellement consiste à essayer de comprendre la période dans laquelle nous vivons et de la raccrocher à celles qui nous sont révélés dans les récits Bibliques. Lorsque Abraham monte sur mont Moriah avec le projet de répondre à ce qu’il pense avoir compris de la demande de Dieu, de « sacrifier » son fils, il croise le Satan déguisé en sage qui lui dit : « Que t’a demandé le Satan ? » On est brusquement saisi par la nécessité de voir juste et de ne pas se tromper sur le diagnostic. Que le regard posé sur notre propre foi peut à tout moment se révéler erroné, peut-être même hérétique. La période particulière que nous venons de traverser pose un certain nombre de questions et d’interrogations sur notre monde. Ce confinement à l’échelle de la planète a été une épreuve pour l’humanité de laquelle il est possible de tirer de précieux enseignements pour notre avenir commun. Cette interruption momentanée de la marche en avant du monde a été vécue en France avec difficultés, crainte et anxiété. Mais on peut aussi considérer ces deux mois de confinement comme une formidable pause entre des périodes d’une très grande tension, dans un climat social explosif ou les divisions, les fractures, mais également les contestations, et les revendications identitaires se multiplient, et traduisent l’éparpillement et la fragmentation de la société française. Les gilets jaunes, le personnel soignant, les professeurs, les manifestations contre la réforme du droit du travail, celles contre la réforme des retraites, et dernièrement la mobilisation anti raciste contre les discriminations et le racisme anti noirs, illustrent l’éclectisme, la diversité et la multiplicité des contestations. A chacune de ces manifestations les groupes de « Blacks bloc » s’invitent dans les cortèges pour installer le désordre et le chaos dans les rues de France. Les scènes particulièrement violentes des interventions de ces idéologues fanatiques sont saisissantes, effrayantes et plongent le pays dans une situation de quasi guerre civile. La mobilisation initiale est, la plupart du temps, prise en otage et permet d’offrir une tribune à ces casseurs, mobiles et aguerris aux techniques de la guérilla urbaine. Pourtant si on essaye d’être un peu attentifs aux enjeux réels de la situation contemporaine traversée par la France on s’aperçoit tout de même qu’il y a des mobilisations que ces groupes d’ultra gauche respectent plus que d’autres, et avec lesquelles ils n’interfèrent pas. Ce sont précisément les mobilisations anti racistes à qui ils permettent de défiler dans le calme à l’intérieur des rues de la capitale. Si ces dernières revendications peuvent bien entendu avoir leur légitimité, elles sont aussi, la plupart du temps, instrumentalisées par des mouvements Islamistes, radicaux et politiques. D’ailleurs il n’est pas rare d’entendre à l’occasion de ces mobilisations, des propos particulièrement injurieux à l’encontre de l’Etat d’Israël et des proclamations de soutien répétés vis-à-vis « des frères Palestiniens ». Et bien entendu le lien entre la discrimination et le racisme anti noir en France d’un côté et le sort des Palestiniens en Israël de l’autre, est limpide ! Et, chose surprenante les « blacks bloc », ces groupes d’ultra gauche, dont on avait cru pouvoir identifier le profil, comme des jeunes bourgeois blancs, venant parfois de toute l’Europe, rien à voir avec l’islam radical donc, se mettent à taire leurs actions, à cesser leurs violences, à interrompre le chaos qu’ils entendent infliger à la société française pour laisser ces revendications Islamistes et anti racistes s’exprimer. C’est apparemment le seul discours, le seul message qu’il est possible de faire passer dans les rues de France. La France qui généralement devient le théâtre d’affrontements d’une violence inouïe orchestrée par ces « Blacks bloc », qui interviennent pour installer une situation de chaos à l’occasion de toutes les mobilisations qui s’organisent dans le pays, et provoquent des scènes qui saisissent d’effroi la planète entière, voit également défiler autour d’un cortège préservé de toutes actions qui pourraient venir parasiter le message, ces manifestations anti-racistes, ou souvent, une partie (parfois importante) du discours de l’islamisme radical et politique, est repris et porté. Ce qui est frappant, c’est que la tendance de fond, qu’on avait cru pouvoir déceler, et que de nombreux intellectuels ont dénoncé il y a

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Epidémie : Entre Immanence et Transcendance

Est-ce que l’événement que nous venons de traverser collectivement est un événement de l’ordre de la transcendance ? On a l’habitude de dire, en simplifiant beaucoup les choses, que la transcendance c’est ce qui échappe au domaine des hommes, qui est extérieur à la cité, alors que l’immanence est plutôt à l’intérieur. On parle également souvent de ces notions en termes géométriques. Ce qui est transcendant est de l’ordre de la verticalité alors que ce qui est immanent est horizontal. Manitou insérait ces concepts dans un cours qu’il avait l’habitude de donner dans une introduction à la cabale et qui avait pour titre « le cercle et la droite ». Le cercle représente le déterminisme des lois de la nature avec un cycle qui se répète de façon rigoureusement identique et inexorable. La nature est enfermée dans sa propre condition de laquelle elle ne peut s’échapper, à l’image de ce cercle qui tourne sur lui-même pour arriver là où il était parti au départ, alors que la droite représente l’objectif que se fixe l’homme pour parvenir à se réaliser, et qui à chaque fois qu’il pense pouvoir l’atteindre, s’éloigne à l’infini à l’image de cette droite qui ne finit jamais et dont on aimerait parvenir à arrêter la course mais en vain. Et l’homme révèle ainsi sa finitude face à l’infini de cette droite. Ce n’est pas le néant qui a précédé l’être expliquait Manitou, c’est l’être qui a précédé le néant, puis il y a eu une néantisation d’un point d’être pour faire exister le vide c’est à dire la place du monde dans l’être. Autrement dit le monde vient du néant mais l’être a précédé le néant et a fait exister le vide à l’intérieur de l’être par un acte de retrait qu’on appelle dans notre tradition le « TsimTsoum ». Le « Tsim Tsoum », c’est cet acte de retrait, de rétractation, d’évidement du créateur pour laisser place à une forme sphérique vide au départ, et qui représentera la place du monde dans l’être. Pour que cette place soit vide il faut que la lumière qui y était présente originellement ait été rejetée de ce vide. Mais cette lumière qui a été évacuée va avoir tendance à vouloir revenir avec force et impétuosité, c’est la tendance de l’absolu à vouloir revenir de là où il a été retiré avec force. Pour éviter que cette lumière ne revienne de là d’où elle a été expulsée, pour préserver cette place du monde, il faut faire jouer une force, inouïe, surpuissante. Cette force préserve, protège, maintient la place du monde dans l’être car si elle ne jouait pas la place du monde serait détruite, avalée par l’être absolu. Cette force qui protège la place du monde et dont on dit, chose dangereuse pour notre avenir, que l’intensité dépend de la conduite morale de l’homme, s’appelle en hébreu la « Gvoura », c’est la vaillance. Mais qu’est ce que cela signifie la vaillance lorsqu’on parle du créateur ? Est-ce que le créateur pourrait ne pas être fort, ne pas être vaillant ? Cette vaillance, c’est en réalité être plus fort que soi-même, c’est être capable de maitriser son instinct. Cette force est phénoménale car si elle ne joue pas la place du monde est absorbée, avalée par la tendance naturelle de l’être à revenir d’où il a été retiré. Cette force, c’est une limite, une limite entre le créateur et son monde, le monde qu’il a créé, la créature en train d’être engendrée. Et on voit apparaître les deux concepts qui nous permettent d’avancer dans une tentative d’approche des notions de transcendance et d’immanence : D’un côté le cercle, cette forme sphérique, qui a été vidée de l’être, qui représente le monde et qui va être insérée dans un conditionnement et un déterminisme duquel il ne peut pas échapper, mais qui est également la condition de la liberté de l’homme. Et de l’autre cette force, cette vaillance, cette limite, cette ligne droite infinie qui dit à sa divinité : « jusque là mais pas plus » et qui dit à son monde : « jusque là mais pas plus », afin précisément que la place du monde, le lieu de l’homme, puisse être créé et préservé. Le cercle et la droite, entre immanence et transcendance. Et l’homme, comme sorte de compromis, se situe entre les deux, à mi-chemin entre le cercle et la droite Par exemple son visage est un compromis un mélange entre droites et cercles. L’objectif pour l’identité humaine est donc de briser le conditionnement naturel pour parvenir à se libérer du déterminisme et devenir une personne libre, un peuple libre. C’est précisément ce que nous avons vécu au moment de la sortie d’Egypte avec une libération à deux niveaux : Tout d’abord une libération vis-à-vis de la domination, de l’aliénation par rapport à la volonté de quelqu’un d’autre, d’un autre individu, c’est l’événement de la sortie d’Egypte à proprement parlé, puis dans un second temps, une libération par rapport à la domination et à l’aliénation que les lois de la nature ont tendance à avoir sur nous, avec l’événement du 7ème jour de la sortie d’Egypte et la déchirure de la mer rouge. Tout cela pour nous amener à l’événement transcendant par excellence qui est l’événement de la révélation de la loi morale sur le mont Sinaï. Autrement dit lorsqu’un homme, un peuple parvient à briser les lois de conditionnement naturel, à se libérer du déterminisme dans lequel il était inséré cela l’amène à un événement de transcendance, et ce lien toujours, le cercle et la droite, le déterminisme naturel dont il faut se libérer, entre immanence et transcendance. Lorsqu’il échoue, l’homme se résume à un être de « nature » et perd sa capacité à devenir une personne humaine, il reste soumis aux lois impersonnelles et déterminées de la nature. Alors comment parvenir à caractériser un événement de l’ordre de la transcendance ? Lorsqu’un événement de cet ordre intervient, il impacte chaque personne concernée par l’événement. Il suscite la stupeur, la stupéfaction, la mise en retrait, l’inclinaison. Au « tsim tsoum » du créateur, à sa rétractation pour permettre de créer

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