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L’ouverture de la mer – Le Zivoug

Olivier Cohen

L’ouverture de la mer – Le Zivoug

On se situe à l’instant de l’histoire ou après avoir accepté de laisser partir le peuple (il faut voir l’étude qui permet de comprendre pourquoi les hébreux avaient besoin de l’accord de Pharaon pour sortir d’Egypte) Pharaon revient sur sa décision. Il y a des moments dans l’histoire ou on fait face à une révélation, un dévoilement d’évidences, qui vient à l’encontre de la manière de penser habituelle, puis le temps passe (ici 3 jours) et Pharaon revient aux habitudes de pensées antérieures. Il se lance avec toute son armée à la poursuite du peuple des hébreux.

 

Les hébreux se trouvent coincés entre la mer des joncs devant eux, et l’armée Egyptienne, derrière. Et le verset nous dit (Chemot 14,10) « Les fils d’Israël levèrent les yeux, et voici l’Egyptien partant derrière eux, Ils eurent très peur, les fils d’Israël crièrent devant Hachem ».

 

La question qui se pose ici est : Pourquoi les enfants d’Israël ont peur ? Ils ont bénéficié de dix miracles, les dix plaies, ils savent que leur Dieu et avec eux et les aide à sortir d’Egypte. Pourquoi alors avoir peur ? Dieu fera un onzième miracle et va sauver les enfants d’Israël. Où est le problème ?

 

On comprend la difficulté, mais pourquoi une telle peur. Ce n’est pas pire que ce qu’ils ont eu à traverser pendant leur exil en Egypte, et Dieu vient de les libérer. Alors on s’interroge sur cette peur brutale et soudaine qui s’empare des enfants d’Israël.

 

Manitou nous explique le problème : Pendant les dix plaies il a été dit aux Egyptiens soit vous subissez tel ou tel plaie, soit vous laissez partir le peuple. Or les Egyptiens ont subi les dix plaies. Ils sont donc fondés a garder le peuple des hébreux en esclavage en Egypte. La justice stricte ne peut pas trancher entre d’un côté les hébreux qui ont été dans la servitude la plus dure et la plus difficile en Egypte, et de l’autre côté les Egyptiens qui ont subis les 10 plaies et qui sont donc désormais légitimes à conserver les hébreux en esclavage. Les mérites et les démérites sont équivalents d’un côté et de l’autre et la justice stricte ne peut pas trancher.

 

A la rigueur ayant subi les 10 plaies les Egyptiens ont plus d’arguments à faire valoir pour conserver les hébreux esclaves, que les hébreux n’ont désormais d’arguments pour s’affranchir de l’Egypte. On peut rajouter que cela fait 210 ans que les hébreux sont en exil en Egypte et non 400 ans comme cela avait été annoncé à Abraham. Or la durée de 400 ans est connue des hébreux mais elle est aussi connus des Egyptiens. 

 

Et Manitou nous décrit la scène racontée au chapitre 14, verset 10 du livre de l’exode : Les Hébreux lèvent la tête, ils voient l’Egyptien. Pourquoi l’Egyptien au singulier ? En fait ils lèvent la tête, et en levant la tête ils ont vu l’ange protecteur, l’ange tutélaire de l’Egypte, venir devant eux pour défendre le dossier des Egyptiens. Et comme nous l’avons vu cet ange a de sérieux arguments à faire valoir qui a de quoi inquiéter les hébreux, le dossier est très solide.  D’où la crainte des hébreux.

 

Notre conception du monothéisme intégral est différente des autres ; En général devant mon ennemi, je suis confronté au Dieu de mon ennemi, et je suis protégé par mon propre Dieu. Derrière un conflit entre deux traditions il y a le conflit entre « deux Dieux différents ». Mais dans la tradition hébraïque la conception n’est pas la même. Derrière mon ennemi il y a mon Dieu et derrière moi il y a aussi mon Dieu. Derrière chaque conflit, je dois faire alors la preuve à mon Dieu que je suis plus méritant que mon ennemi. Et ici la chose n’est pas facile on l’a dit. C’est la raison pour laquelle l’ange tutélaire des Egyptiens effraye à ce point les hébreux avec les arguments qu’il a à sa disposition.

 

On se trouve dans une impasse ou la justice stricte ne sait pas de quel côté pencher.

 

C’est aussi la raison pour laquelle Dieu dit a Moise que ce n’est pas le temps de la prière, les portes du ciel sont bouchées, et aucune clefs ne permets de les ouvrir. Prier est inutile car les mérites ne sont pas suffisants et la balance des mérites et des démérites est à l’équilibre.

 

La situation de blocage est illustrée par les commentaires sur le verset lorsque Dieu s’adresse à Moise en disant : (Chemot 14,15) « Que crie tu vers moi ? » et qui peut être résumé de la façon suivante : Ce n’est pas le temps de la prière, parle aux enfants d’Israël et qu’ils avancent (Rachi).

 

La clef se trouve donc ailleurs, elle se trouve dans la foi que le peuple des hébreux va avoir dans son histoire, et celui qui va montrer la voie est Nahachom Ben Aminadav. Il entre dans l’eau et va permettre par sa foi à ouvrir la mer et à sauver le peuple hébreux.

 

Les hébreux vont traverser à pieds secs alors que les Egyptiens vont être engloutis dans la mer. Une discussion demeure sur le fait de savoir si Pharaon a survécu ou pas.

 

C’est ici que Manitou cite la Guemara Sota page 2a pour nous dire que la déchirure de la mer des joncs est aussi difficile que le problème du Zivoug.

 

Qu’est-ce que le problème du Zivoug ? C’est un problème universel, il existe un homme pour une femme et une femme pour un homme. On dit qu’ils sont destinés à se rencontrer. Mais c’est très rares de se rencontrer, et les choses ne sont pas aussi simples que pour les premières générations, tout dépend du mérite, et le démérite complique considérablement ce qui vient du créateur et va vers la créature dans son effectuation de bénédiction. 

 

Alors il existe ce que l’on appelle le Zivoug Cheni, « l’accouplement second ». Ca peut aussi très bien fonctionner avec le Zivoug cheni, si ce Zivoug est suffisamment approximatif. Mais le drame c’est que lorsque un homme (ou une femme, c’est symétrique) n’a pas rencontré son Zivoug Richon et a rencontré un Zivoug Cheni, le fait pour cet homme d’avoir réussi à mériter cette femme va assassiner le promis. Elle aussi garde la nostalgie de celui qui aurait pu lui correspondre, et le talmud dit que cette difficulté est aussi dure que la déchirure de la mer des Joncs.

 

Quel rapport ? se demande Manitou. La déchirure de la mer des joncs c’est un divorce alors que le Zivoug c’est un mariage. Ce qu’il faut comprendre de cela c’est que pour sauver Israël il fallait sacrifier l’Egypte, le prix du salut d’Israël c’est la perte de l’Egypte dans les eaux de la mer des joncs. 

 

A ce moment l’avenir pouvait passer par les hébreux ou par l’Egypte. La justice stricte était incapable de trancher entre l’Egypte et les hébreux, la balance des mérites était à l’équilibre et ne permettait de dire par ou l’histoire devait passer. Nous étions dans une impasse.

 

il a fallu faire intervenir des critères de choix, et que ce n‘est pas simplement un événement impersonnel qui fait que Israël a été sauvé et l’Egypte non. C’est Israël qui devait être sauvée, et l’Egypte perdue. L’histoire d’Israël trouve sa source dans le récit que notre tradition nous fait des patriarches, et c’est ce récit précisément qui justifie que c’est Israël qui devait être sauvé, et pas l’Egypte.

 

Pour sauver Israël il fallait que l’Egypte disparaisse dans les eaux de la mer, de la même manière que celui qui parvient à mériter la femme dont il n’était pas destiné, tue son promis.

 

D’ailleurs le traité Meguila à la page 10b sur le verset de l’(exode 14, 20) : « Et celui-ci n’approcha pas de celui là » nous explique que les anges ont voulu se réunir pour entonner un cantique (en s’assemblant en un cœur céleste). Dieu leur a dit : « L’œuvre de Mes mains est en train de se noyer dans la mer et vous voudriez chanter ? », interdisant à celui-ci d’approcher celui-là.

 

Aussi dramatique que la mort de Zivoug Richon lorsqu’un homme parvient à mérite un femme qui n’était pas sa promise, on ressent ici le drame de la mort de l’Egypte pour que vive Israël.

 

Mais est-il aussi envisageable de comprendre qu’à ce moment et compte tenu de l’impasse que nous venons de décrire, il est possible de penser que l’histoire puisse passer par l’Egypte comme Zivoug Cheni à la place d’Israël ? Est il possible d’imaginer, comme le problème du Zivoug, que l’Egypte puisse être un candidat potentiel pour remplacer Israël dans l’histoire et s’unir à Dieu ?

 

Si pour sauver Israël il faut détruire l’Egypte, c’est qu’il y a là, nous dit la guemara un problème analogue à celui du Zivoug, et puisque les mérites entre l’Egypte et ceux d’Israël sont à ce moment de l’histoire équivalents, la balance peut pencher du côté d’Israël comme elle peut pencher du côté de l’Egypte. 

 

La guemara Sota à la page 2a nous dit à ce sujet : « Nous voyons ici que l’épouse d’un homme lui est prédestinée depuis le moment de sa conception, avant que l’on sache s’il s’agit d’un homme droit ou mauvais ! Comment peut on alors dire qu’un homme et une femme sont associés selon leurs actions ? »

 

Et la guemara répond : «  cela ne représente pas une difficulté. Cette notion selon laquelle la désignation d’une épouse est déterminée au moment de la conception concerne la première union (Zivoug Richon) tandis que cette notion selon laquelle l’attribution d’une épouse est subordonnée à sa conduite concerne une seconde union (Zivoug Cheni).

 

On peut donc comprendre de cette affirmation de la Guemara qu’il y ici la possibilité pour l’Egypte, compte tenu de la situation de la justice et donc des mérites attachés à l’Egypte et à Israël, d’être ici Zivoug Cheni, ce qui aurait comme effet de faire disparaitre Israël.

 

C’est la raison pour laquelle, pour éviter ce risque, il a fallu faire des choix avec des critères de choix. La décision n’a pas été impersonnelle, et c’est Nahchon qui a permis à Israël de poursuivre son histoire, non pas grâce à la prière, mais grâce à une action de foi, en poursuivant l’identité d’Israël qui lui vient depuis les patriarches.

 

Dans tous les cas Israël doit montrer qu’elle a la foi dans son histoire, celle qui lui vient des patriarches, pour s’en sortir. La prière est ici inutile, le ciel est bouché. Et c’est la foi qui donne la possibilité à Dieu de faire un miracle pour dénouer le problème et choisir l’identité Israël, celle qui vient des patriarches.

 

Mais ce n’est pas parce que nous connaissons désormais la façon dont l’histoire s’est écrite, qu’elle n’aurait pas pu s’écrire différemment. Par exemple Cain aurait pu ne pas tuer son frère Abel et nous serions entré dès le début de l’histoire dans des temps plus cléments.

 

De même Abraham aurait pu réclamer au roi de Sodome les âmes que ce dernier voulait garder pour lui, et l’exil aurait probablement été atténué.

 

De la même façon ici l’histoire aurait pu être autre si Nahchon n’avait pas réalisé ce geste qui a permis à Israël de poursuivre son histoire, et Israël aurait du alors trouver une autre voie à la rencontre de son histoire.

 

Olivier Cohen

Suite aux nombreux échanges avec Michèle Sabba

Depuis les enseignements de Manitou

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