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Guerre à Gaza – Jusqu’où ?

Olivier Cohen

Abraham montrait la voie

Le temps n’est-il pas venu pour Israël de montrer la voie ?

La situation qui se prolonge et les difficultés à trouver une issue à la guerre nous conduisent inévitablement à nous interroger sur les pistes possibles pour mettre un terme à cette guerre, les options envisageables pour espérer voir les otages revenir et la manière la plus adaptée de terminer un conflit qui semble s’enliser.

Faut il poursuivre ce conflit et continuer de pilonner Gaza jusqu’à ce que l’objectif de guerre, annoncé, la destruction du Hamas, même s’il reste flou (car comment détruire une idée ?) soit réalisé. Ou au contraire faut-il commencer à envisager une solution de compromis.

Entre justice et clémence. 

Justice pour Israël après les massacres du 7 octobre, et clémence pour les palestiniens, puisque leur position par rapport à ce qu’il s’est passé le 7 octobre, et par rapport aux actions du mouvement islamiste du Hamas n’est pas toujours très claire.

Le pays est aujourd’hui divisé sur les réponses à apporter à ces interrogations et on peut le comprendre, compte tenu de la situation particulièrement difficile que traverse Israël. Alors pour essayer d’y voir un peu plus clair et essayer d’obtenir un début de réponse à ces interrogations qui se font de plus en plus prégnantes au sein de la société israélienne, il serait peut-être intéressant de regarder quelle est la position que nous donnent les récits bibliques à ce sujet.

Nous connaissons le récit du viol de Dina, la fille de Jacob par Sichem fils de ‘Hamor que nous lisons dans la paracha de Wayichla’h au chapitre 34 du livre de Béréchit.

Evidemment les atrocités commises par le Hamas le 7 octobre dernier nous renvoient à cet épisode de la bible.

Il peut être alors intéressant d’étudier ce passage et analyser la façon dont les enfants d’Israël ont réagi à l’époque, pour nous donner une idée sur la façon avec laquelle, si l’on souhaite suivre les enseignements de la bible, il faudrait conduire cette guerre.

Chim’on et Lévi, deux des frères de Dina ont manifesté à l’occasion de cet épisode un sentiment de responsabilité fraternel dont Jacob n’aurait eu qu’à se féliciter si ce sentiment n’avait pas dégénéré en acte de violence indigne des héritiers de Jacob. Non seulement ils tuèrent Sichem et son père ‘Hamor, mais en représailles, ils massacrèrent tous les hommes de la ville.

Lorsqu’on écoute les enseignements donnés sur la réaction de Chim’on et Lévi on trouve généralement deux grandes écoles de pensées. L’une nous dit que la réaction des deux frères a probablement été disproportionnée et exagérée. Pourquoi fallait-il également tuer tous les hommes de la ville ? Le problème de la responsabilité individuelle ne nous conduit-il pas à ne condamner que l’auteur des faits ? Il eut fallu probablement agir avec plus de mesure et de retenue. 

La seconde nous explique qu’il faut récompenser l’attitude des deux frères qui ont permis de laver l’affront subi par Dina et de punir un état d’esprit propre non seulement aux dirigeants de la ville, mais qui s’était largement répandu chez tous les habitants au point qu’il était utile de les élimer tous.

D’ailleurs les références à cet épisode de la vie de la fille de Jacob traversent l’ensemble des récits bibliques, parfois pour les féliciter de leurs actions d’avoir sauvé l’honneur de leur sœur, parfois pour les sanctionner pour leurs actes d’emportements manifestement exagérés.

La Bible elle également semble ne pas vouloir trancher définitivement sur la solution à adopter et confirme les opinions qui divisent le peuple à ce sujet.

Ainsi on nous indique qu’au moment de sa mort, Jacob se trouve à l’égard de Chimon et Lévi dans une sorte de dilemme à cause du sentiment de responsabilité fraternel dont les frères ont témoigné mais qui est contre balancé par l’acte de violence brutal et indigne qu’ils ont adopté. Devait-il leur donner sa bénédiction ou la leur refuser ?

Le ZOHAR intervient pour nous faire une parabole assez explicite : « Lévi ressemblait à un homme qui avait emprunté une somme d’argent au Roi puis la lui avait remboursée et s’était même trouvé en état de lui avancer de l’argent à son tour. Tandis que Chimon ressemblait à un homme qui avait emprunté de l’argent au Roi puis loin de lui avoir remboursé s’était de nouveau endetté auprès de lui. »

Lévi s’était rendu coupable lors de son action de vengeance et du massacre à Sichem, mais il avait remboursé sa dette et au-delà, dans le désert lorsqu’à l’occasion de la faute du veau d’or il avait, seul parmi les autres tribus, répondu favorablement à l’appel de Moise. De plus, c’est Pinhas descendant de la tribu de Lévi qui avait défendu la cause divine à Chitim, de sa propre initiative.

Alors que Chim’on s’était également rendu coupable du massacre à Sichem avec son frère Lévi, et il s’est rendu une nouvelle fois coupable à Chitim où Zimri, chef de famille de la tribu de Chim’on, s’était livré lui-même publiquement à la débauche et à l’immoralité avec une madianite en essayant d’entrainer avec lui l’ensemble des hébreux.

Moise attribua une bénédiction à Lévi mais refusa d’en attribuer une à Chim’on. 

De même dans la paracha de KiTavo, dans le livre de Devarim,  lorsque les tribus arrivèrent à l’entrée de la terre d’Israël Moise énonce onze malédictions pour onze tribus

Pour la tribu de Chim’on il n’y a pas de malédiction nous indique Rachi car Moise n’avait pas l’intention de bénir Chim’on avant sa mort, aussi n’a-t-il pas voulu proférer de malédiction à son encontre.

Les récits bibliques semblent donc condamner clairement l’acte de vengeance de Lévi et Chim’on, après l’agression dont Dina a fait l’objet, et si la tribu de Lévi parvient à éviter la malédiction grâce au comportement des membres de sa tribu pendant le périple des hébreux dans le désert, ce n’est pas le cas de la tribu de Chim’on.

Mais la condamnation de Lévi et Chim’on pour leur action à Sichem n’est pas si claire dans les récits puisque Chim’on, en tête, et Lévi ensuite obtiennent les deux premières places sur le mont Grizim qui est la montagne des bénédictions et des récompenses en face du mont Eval, montagne des malédictions, à l’entrée de Sichem.

Chim’on est donc également félicité de façon implicite pour son attitude après le viol de Dina, et cette récompense vient nuancer la position que semblait vouloir prendre les récits bibliques en condamnant de façon unanime les actions de Chim’on et Lévi lors du viol de Dina.

De même, dans l’épisode de la guerre contre les madianites, Moise s’irrite contre les officiers de l’armée pour avoir laissé en vie les femmes, celles-là même qui avaient entrainé les hébreux à la débauche et à l’immoralité et provoqué la mort de 24.000 hébreux.

Dans le même esprit et pour une erreur similaire le roi Saul perdit la royauté en n’exécutant pas les femmes comme cela lui avait été clairement demandé lors de la guerre contre les Amalécites.

Ainsi on constate que la Bible ne prend pas clairement partie par rapport aux deux courants de pensée dont nous avons parlé et ne tranche pas clairement sur la bonne attitude à adopter en situation de guerre et de conflit, après avoir été agressé.

Les enseignements que nous pourrions tirer des récits bibliques dans la guerre qu’Israël est en train de mener face aux Hamas après les actes de barbaries qui se sont tenus en Israël le 7 octobre, ne nous permettent donc pas de définir une ligne claire, ni les options à privilégier, pour parvenir à conduire cette guerre et à y mettre un terme d’une manière qui puisse être conforme à ce qui nous est enseigné dans les récits bibliques.

Puisque les enseignements qui nous sont donnés ne nous paraissent pas dévoiler de réponses claires au problème auquel Israël est actuellement confronté aujourd’hui, c’est alors probablement à Israël d’ouvrir le chemin, de montrer la voie et de parvenir à inventer son histoire.

Quelle est la guerre juste, quelle est celle qu’il nous faut réaliser ? 

On a appris la différence qui existe entre Abraham et Noé. Noé marchait avec Dieu alors qu’Abraham marchait devant Lui. Marcher devant, cela signifie que c’est à Abraham à inventer, à réaliser, à innover. C’est comme si Abraham connaissait déjà la Torah avant qu’elle ne lui soit donnée. C’est ce que l’on dit de Moise : Celui à qui l’on donne la Torah c’est celui qui se comporte déjà selon les enseignements qu’elle contient. Ainsi Abraham marchait devant Dieu signifie que c’est Abraham qui va ouvrir la voie, qui va dire comment se comporter dans telle ou telle situation dans l’histoire.

Aujourd’hui dans le contexte particulier qu’Israël est en train de vivre et de traverser, alors même que la bible ne nous donne pas de réponse claire sur l’attitude à adopter, c’est à Israël qu’il revient de montrer la voie et de « marcher devant Dieu ».

Car Israël et Abraham ce n’est pas exactement la même chose. Abraham c’est l’homme de la charité pure et que cela, et lorsqu’Israël joue à être Abraham, et que cela, alors Israël penche trop du côté de la charité.

Israël ce n’est pas non plus Isaac, qui est l’homme de la justice stricte et impitoyable et lorsqu’Israël joue à être Isaac, et que cela, alors Israël penche trop du côté de la justice stricte et impitoyable au détriment de la charité.

Israël c’est l’homme de l’unité des valeurs, à mi-chemin entre Abraham et Isaac, entre la charité et la justice. Israël doit donc trouver aujourd’hui le moyen de terminer cette guerre en essayant de restaurer l’unité du pays, en faisant attention à toutes les composantes qui constituent le peuple, et à toutes les voies qui s’expriment, dans le respect de son unité. Une solution entre les partisans d’une poursuite de la guerre jusqu’à l’éradication complète du Hamas même si cela passe par la destruction totale de Gaza, et les partisans d’un compromis et d’une négociation pour aller vers un objectif qui permettra à Israël de vivre en paix. 

Entre justice d’un côté et charité de l’autre. 

C’est le chemin de l’unité des valeurs qu’Israël doit parvenir à inventer, dans les épreuves, en marchant devant Dieu, pour  réaliser son histoire et reconstituer l’unité de son peuple.

Olivier Cohen

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