Réé : Le Temple de Jérusalem et l’humanité
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Les sens nous enseignent la réalité Vaste sujet ! Les philosophes en général et les philosophes juifs en particulier se sont creusés de tout temps le cerveau pour démontrer que la vision est plus noble que l’écoute, et inversement, que l’écoute est plus haute que la vision. Les psychologues et les physiologistes s’y sont collés, les uns arguant que notre cognition découle des sens : la vue, l’ouïe, l’odorat, le goût et le toucher, la parole et l’intelligence émotionnelle ouvrent une porte sur le réel ; les autres arguant que ce que nous pouvons bâtir, réfléchir, décider, vouloir, ressentir dérive de ces sens. Auxquels il faut ajouter les découvertes actuelles : la thermoception qui permet de percevoir la température, la noniception ou perception de la douleur, l’équilibrioception ou sens de l’équilibre, la proprioception, de ressentir et de localiser, sans utiliser la vue, nos différents membres ou organes, la faim, la toniception, de ressentir notre tension musculaire. Ces sens sont les ressources physiologiques qui construit l’empirisme, de définir notre monde et d’en tirer des conclusions, même halakhiques. Il est possible de décliner à l’infini les sens et les perceptions qui dépendent des récepteurs nerveux réellement impliqués. Des animaux sont doués d’électroception, de détecter la présence d’un champ électrique sans contact direct, de magnétoception, de détecter la présence ou les variations d’un champ magnétique. Malgré tout, ces nouveaux sens semblent se définir selon les principaux sens déjà cités, bien que les récepteurs nerveux soient différents en leurs terminaux. Pour nous, les sens se joignent en l’homme pour qu’il puisse clamer sa joie de vivre et bénir le Seigneur. La voix en est le paradigme et c’est le signe de l’unité entre l’esprit et la matière. La voix est le lien indéfectible entre Dieu et l’homme par la révélation, depuis le Sinaï à travers l’histoire, et entre l’homme et Dieu, par la prière, de dire Shéma’ Israël, Écoute Israël. La traduction de shéma’ est : reçois, que chaque israélite fasse de sa personne un récepteur pour entendre la parole, qu’il façonne sa personne comme un réceptacle de la parole de sainteté qui prononce sans arrêt : Anokhi, Je suis Hashem, ton Dieu. Appel à recevoir Sa royauté qu’il nous faut entendre au présent, depuis les Dix-Commandements au désert, jour après jour, Devarim V, 19 : « Ces paroles, le Seigneur les adressa à toute votre assemblée sur la montagne, du milieu des feux, des nuées et de la brume, d’une voix puissante, qui n’en a pas fini ». À partir de nos multiples sens, nous bâtissons la compréhension de notre vie octroyée par Dieu. La voix est une réalité physique et spirituelle qui touche à ce mystère du lien entre l’esprit et la matière, c’est ainsi que le Psalmiste adoré d’Israël le clame, Téhilim, XL : « J’ai placé tout mon espoir en Hashem : Il s’est incliné vers moi, Il a entendu ma supplication…Il a mis dans ma bouche un chant nouveau, une louange en l’honneur de Dieu ; beaucoup s’en aperçoivent, éprouvent de la vénération et placent leur confiance en Hashem. Tu m’as perforé des oreilles (pour entendre). Aussi je dis : voici, je me présente ! Dans le rouleau du livre écrit qui se trouve sur moi : accomplir Ta volonté, mon Dieu, tel est mon désir ; Ta loi a pénétré jusqu’au fond de mes entrailles ». La préséance de l’écoute sur la vision Le fondement de la réception de la Torah depuis le Sinaï s’opère par l’écoute, comme dans la parasha ‘Eqev , Devarim VII, 12 : « Ce sera, après que vous ayez entendu ». Le principal est que l’homme se persuade de l’excellence de la parole divine en son cœur, comme le roi Shlomo le dit, I Malakhim, III, 9 : « Tu donnes à Ton serviteur un cœur qui entende, intelligent de juger son peuple, capable de distinguer le bien du mal ». Et par la suite, d’étudier ce qu’il a entendu en son cœur ; c’est ce qu’il faut comprendre par Shéma’ Israël. C’est aussi la signification, dans notre parasha, des deux premiers mots, Devarim XI, 26 : « Rééh Anokhi, Vois, Je vous propose en ce jour la bénédiction ou la malédiction ». Il faut lire comme s’il était ordonné : « Vois Je », avoir la conscience très aiguë de la présence de l’Être qui donne l’être, de Celui qui peut dire ‘Je’ dans la Torah et l’histoire. Car c’est l’intention du Créateur de donner la jouissance d’être à la créature. Cette injonction qui nous est ordonnée du « Voir Je » est aussi celle du verset de Shemot, XX, 15 : « Or, tout le peuple voit les voix, les feux, l’appel du cor, la montagne en fumée ; et le peuple, à cette vue, trembla et se tint à distance ». La vision est le principe de la réalité, car pour voir il faut qu’une lumière éclaire et chasse l’obscurité pour que tout objet soit défini dans ses contours (Maharal, Ner mitsva). Par contre, l’écoute ne s’effectue pas seulement par l’organe physique de l’oreille, mais il s’agit de l’entendement dans l’oreille profonde intelligible qui est la force spirituelle du discernement, dont l’ouïe est seulement l’aspect physique extérieur : « Nous comprenons que Moshé est plus grand au degré de Binah, le discernement (d’où vient l’entente) alors qu’Aharon est plus grand au degré de ‘Hokhma (car immédiatement il comprend comment produire les ustensiles du Tabernacle). Malgré tout, le degré de Moshé est plus grand que celui d’Aharon, car lorsque Dieu s’adresse à Aharon et à Myriam, Bemidbar, XII, 6, c’est par la négative : « Écoutez bien mes paroles, s’il n’était que votre prophète, Moi, Hashem, Je Me manifesterai à lui par une vision, c’est en songe que Je m’entretiendrais avec lui. Mais non, Moshé est mon serviteur ; de toute ma maison, c’est le plus dévoué. Je lui parle face à face, dans une claire apparition et sans énigmes ; c’est l’image de Dieu même qu’il contemple ». Le sujet de ce verset est l’entente dans la vision que Moshé observe (Ribi Avraham Hamalakh, ‘Hessed Léavraham, IV, p.16). Autrement dit, chez Moshé, l’entente a fusionné avec la vision en un seul faisceau, même si cela lui a demandé un surplus d’efforts, de risques et
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