Yitro

Yitro : l’amour toujours

Ta bonté est éternelle, עולם חסד יבנה     Téhilim LXXXIX, 2-3 : « Toujours je chanterai les bontés du Seigneur ; d’âge en âge, ma bouche proclamera ta fidélité. Car, dis-je, le monde sera construit par la bonté ; dans les cieux Tu as rendu immuable Ta fidélité ». Le monde a été créé par bonté absolue de la part du Créateur, car pour recevoir son être le monde aurait dû mériter en quoi que ce soit. Tant qu’il n’a pas été créé, le monde n’a pas eu la possibilité d’acquérir ce mérite d’être.     Rabbi Moshé ‘Hayim Luzzato, Adir bamarom, p. 393, écrit : « Le Ein Sof, l’Infini, avant de faire tout ce qu’Il a fait avait le pouvoir de tout faire. Il est le Bien absolu et Sa volonté est d’octroyer le Bien extrême. Dans ce but ultime d’octroyer le Bien, même le mal revient vers le bien… ». Or, le mérite d’être nécessite un temps d’apprentissage de la moralité pour pouvoir acquérir son apparition à l’existence. Donner la vie implique l’existence de ce quelqu’un qui va la recevoir ; donner l’être, c’est la racine du bien. Recevoir l’être est la racine du mal, pourtant la tendance à recevoir l’être est la condition sine qua non de notre existence. Si je ne suis pas doué d’une tendance à recevoir l’être, d’un appétit de vie, je ne peux plus exister.     Une telle notion du mérite moral liée, d’une part, à la réalisation de la morale et, d’autre part, à la volonté de tout recevoir ne peut pas faire partie de la pensée humaine dans le sens de la réflexion immanente, dans le sens de l’homme réfléchissant, seul, sur sa destinée et découvrant par lui-même, dans son propre fonds intellectuel et spirituel, dans sa vie intérieure, les instruments d’approche de l’idée de création.     La pensée humaine est incapable de penser sa propre création et c’est là tout le sens humain de la durée : acquérir le mérite de recevoir. Entre recevoir l’être et le donner, la Torah de Dieu vient s’immiscer, la transcendance intervient et se révèle. La pensée de l’homme a besoin de cette révélation pour lui indiquer que tout ce qu’elle avait produit était authentique. La conscience humaine serait malheureuse car elle n’a aucun critère qui lui indiquerait sa véracité sans une révélation qui lui est imposée de l’extérieur. Le monothéisme de la Torah, de la Bible et du Talmud, n’est pas naturel, inné, spontané à la pensée humaine : c’est une révélation. Depuis la révélation du Sinaï, le parti-pris de l’option de foi hébreue est que c’est le même Créateur qui fait exister la vérité dans son absolu de perfection et la réalité dans son absolu d’imperfection. La révélation au Sinaï des Dix commandements est la vérité qui n’en peut plus de rester aux cieux et qui veut s’imposer à la terre dans la réalité, Shémot, IV, 12 : « Et vous adorerez le Seigneur sur cette montagne même ».     La définition de ce que veut dire le temps est qu’il est la durée de l’apprentissage du métier d’homme pour acquérir le mérite d’être, de cet être qui lui a été octroyé par bonté absolue. La Torah révélée vient nous dire : tu dois tout recevoir afin de tout donner. Comment tout recevoir de façon absolue sans éclater immédiatement et comment tout donner sans faire éclater tous ceux qui reçoivent ? Lorsque l’on asservit cette tendance à recevoir l’être par égoïsme, elle devient le mal, alors que le bien, l’altruisme, est de recevoir le plus possible afin de donner le plus possible.     Le Rav Yéhouda Ashlag, dans l’introduction à son Talmud des Dix séphirot, explique que nous sommes livrés, apparemment, à un problème impossible à résoudre car recevoir et donner sont deux tendances contradictoires. Mais pour pouvoir exister, nous devons les satisfaire toutes les deux. Il établit quatre conjugaisons de ces deux tendances, le yétser hara’ et le yétser hatov :     a) Recevoir pour recevoir, c’est le mal, mais c’est aussi l’apprentissage des véhicules de réception, d’avoir envie de vivre, d’exister, de toucher, de manger, de voir, d’entendre. Le devoir des parents est, à la petite enfance, de donner envie aux jeunes tendrons de vivre, de leur montrer que tout leur est accessible, de leur faire goûter à tout, sans exception. C’est aussi le devoir des grands-parents de suggérer, après une longue expérience, que cela valait le coup d’essayer, de montrer l’exemple. Car après, ils n’auront comme envie que ce qu’ils auront appris. Ni plus ni moins. Il faut leur ouvrir les vases de réception, tactiles et cognitifs, physiques et psychologiques, personnels et sociaux. Au premier stade, on apprend à recevoir et ce sont les résha’yim qui nous apprennent comment recevoir. Mais il faut évoluer, ne pas s’arrêter là. Ce premier degré est comparé au ‘olam ha’assiya, le monde des réalités extérieures où il y a plus de mal que de bien. La tendance au mal, le yétser hara’ est de recevoir le contenu des contenants que l’on a préparés jusqu’à la Bar mitsva.     b) Donner pour donner est le stade où l’on apprend à donner, une période d’adolescence de la crise du mal-être, de la crise mystique que tous les jeunes gens connaissent. C’est l’âge romantique où tout est possible, où tout semble permis mais où l’on sait déjà que pour tout donner il faut tout aimer. Un âge où tout est à conquérir mais aussi où il ne suffit plus d’avaler mais de digérer.   C’est à cela que les idéalistes servent, ils nous apprennent à donner. Ils ne savent pas quoi donner, ni comment, ni pourquoi, mais ils sont prêts à tout donner car ils ont reçu tout gratuitement, sans effort, sans acquérir le mérite d’avoir reçu. C’est le bien illusoire qui se proclame désintéressé, la charité gratuite poussée à l’absurde. Celui qui donne pour donner fait semblant qu’il n’a jamais rien reçu, qu’il ne reçoit jamais rien, que tout ce qu’il

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