« Le Hamas n’a jamais sévi en Cisjordanie. » Cette phrase d’Emmanuel Macron, prononcée mardi à la tribune de l’Assemblée générale des Nations unies, continue de susciter de vives réactions. Le président français dénonçait les violences commises contre les Palestiniens en Judée-Samarie lorsqu’il a affirmé que le mouvement islamiste n’y avait jamais été actif. Le bureau du Premier ministre israélien a dénoncé des propos d’une « absurdité grotesque », alors que Paris a tenté d’éteindre la polémique en invoquant un « contresens ». Selon une source diplomatique française, Emmanuel Macron voulait dire que le Hamas n’avait jamais « gouverné » la Judée-Samarie. Une explication qui peine à convaincre puisque le chef de l’État s’exprimait en français et avait employé le verbe « sévir ».
Dans un communiqué intitulé « Le Hamas n’a jamais sévi en Cisjordanie… », Caroline Yadan estime que les mots du président français constituent « une contre-vérité factuelle et historique » et « une insulte à la mémoire de toutes les victimes assassinées par le Hamas en Cisjordanie depuis des décennies ».
La députée rappelle que le Hamas dispose de structures armées dans cette région. En 2024, les Brigades al-Qassam avaient notamment annoncé la mort de plusieurs responsables de leur « bataillon de Tulkarem ». L’organisation avait également présenté les auteurs de l’attentat de Jaffa comme deux de ses combattants originaires d’Hébron. Dix ans plus tôt, Saleh al-Arouri avait revendiqué au nom du Hamas l’enlèvement des trois adolescents israéliens assassinés près d’Hébron.
Caroline Yadan souligne également que l’Autorité palestinienne combat elle-même les réseaux du Hamas. En juillet 2015, elle avait arrêté plus de 250 membres du mouvement et affirmé avoir déjoué des projets d’enlèvements d’Israéliens, d’attaques contre des barrages routiers et d’assassinats de responsables de la sécurité palestinienne. L’opération visait notamment le « bureau Cisjordanie » du Hamas, composé d’anciens détenus libérés lors de l’échange de Guilad Shalit. En 2022, l’arrestation d’un membre du Hamas par l’Autorité palestinienne avait encore provoqué des affrontements meurtriers à Naplouse. Le département américain du Trésor a, de son côté, décrit en janvier 2024 les circuits utilisés pour transférer des fonds en Judée-Samarie afin d’y financer le recrutement et l’achat d’armes.
La députée cite enfin l’Union européenne qui, en juin 2024, avait sanctionné Maher Rebhi Obeid, membre du bureau politique du Hamas chargé de diriger les opérateurs terroristes de l’organisation dans la région.
Elle rappelle surtout que cette réalité continue de tuer. Dimanche 20 septembre, Netanel Choukroun, père de six enfants, a été assassiné par balles près de Neve Tzuf alors qu’il se trouvait auprès d’une source avec son fils, à la veille de Yom Kippour. L’auteur présumé de l’attaque, arrêté quelques heures plus tard, a été identifié comme un membre du Hamas.
« Il ne s’agit donc ni d’une interprétation ni d’un débat sémantique », insiste Caroline Yadan. Pour la députée, condamner les violences commises contre des civils palestiniens ne peut conduire à effacer la présence du Hamas en Judée-Samarie ni les crimes commis dans cette région.
« La parole de la France, particulièrement lorsqu’elle est portée à la tribune des Nations unies, nous oblige à cette exigence de vérité et de précision », conclut-elle.
Par Nathalie Sosna-Ofir




