*Yéhouda Léon Askénazi – Manitou*
Texte manuscrit, 1980.
Ki Mitsion II, p. 319
La paracha de cette semaine, Dévarim, ouvre la lecture du cinquième livre de la Thora, le Deutéronome. Et c’est chaque année cette paracha que nous lisons le Chabbat qui précède le jour du 9 Av, Tich’a BéAv, jour où est vécu le deuil de la commémoration de la destruction du Temple de Jérusalem par les Romains. Evènement qui donnera la date de départ du troisième exil du peuple d’Israël, il y a deux millénaires. Il est frappant de remarquer que les textes introductifs de la récapitulation de la Thora que constitue le Deutéronome, sont consacrés à rappeler l’objectif de toute l’histoire d’Israël depuis les origines jusqu’à la sortie d’Egypte: l’accomplissement de la promesse à Abraham, Isaac et Jacob de leur donner, à eux et à leur postérité, l’héritage du pays d’Israël. Comme s’il était nécessaire de rappeler d’année en année par la lecture de ces textes, au moment de la commémoration du 9 Av, la relation entre le peuple d’Israël et sa terre. Et c’est sans doute cette fidélité millénaire de la mémoire d’Israël au récit de sa propre histoire qui a permis à notre peuple cette surnaturelle résistance à la disparition, qu’aucune loi habituelle de l’histoire des sociétés n’arrive pas à expliquer.
La lecture attentive de ces premiers chapitres du livre de Dévarim est en particulier très éclairante sur l’ensemble de la problématique contemporaine concernant le lien absolu et éternel entre Israël et sa terre, et les difficultés intérieures et extérieures qu’il implique. Une fois de plus, on ne sait de quoi il faut le plus s’étonner: de ce que la vérité du texte ait subitement rejoint l’histoire quotidienne si longtemps après; ou bien de ce que les évènements s’entêtent avec une telle persévérance à illustrer aujourd’hui le récit de l’histoire des ancêtres.
D’une façon très générale, la structure du livre du Deutéronome reflète celle de la Thora elle-même où l’explication de l’histoire est entremêlée à l’énoncé de la Loi et, plus encore, lui sert de préface. Cela nous est indiqué directement dans le verset 5 du premier chapitre:
En deçà du Jourdain […], Moise commença à expliquer cette Thora
.
Or, précisément, il entreprend une longue récapitulation de l’histoire des liens entre Israël et sa terre, en préface au rappel des commandements de la Loi. Comme pour nous dire qu’il est impossible de recevoir cette Thora sans être relie en même temps à l’accomplissement de l’histoire, jusque et y compris l’établissement de la société d’Israël sur la Terre d’Israël. Il n’est pas inutile de rappeler ce principe, car aujourd’hui, comme au temps de la génération du désert à laquelle Moise s’adressait, une tendance elle aussi décrite par ce récit se fait jour dans le peuple juif devant les difficultés qu’implique l’accomplissement de l’histoire.
Séparer la Thora, comme religion, d’Israël en tant que Nation: c’est précisément ce dévoilement que Moise condamne en des termes très durs dans le rappel de l’échec de la génération du désert. Il n’est pas inutile d’y réfléchir, à la veille de la commémoration du 9 Av.
D’y réfléchir à la lecture directe et attentive de ces textes. On y découvrira sans doute que les juifs fidèles à leur histoire nationale, qu’elles qu’en soient les difficultés déjà racontées par la Bible, et qui, pour des raisons d’idéologies personnelles, ne conforment pas cependant leur vie individuelle à la Thora, sont cependant plus fidèles au projet de la Thora de Moise que ceux qui prétendent faire de cette Thora une religion prétendument universelle et qui n’arrive qu’à être cosmopolite, parce que coupée de ses racines nationales et de la Terre d’Israël.
Le 9 Av
Manitou l'Hébreu




