Non, ce n’est pas un diplôme universitaire. L’unité de l’armée où son père est réserviste vient de lui décerner ce diplôme en ces termes:
» Chère Shoam (+ nom de famille)
Nous tenons à saluer ta contribution à la sécurité de l’État d’Israël.
Malgré ton désir ardent de voir ton Papa, le jour comme la nuit, tu fais preuve d’un comportement exemplaire en t’armant de patience et en secondant ta Maman à la maison.
Grâce à toi, ton Papa accomplit sa mission de soldat avec dévouement et responsabilité.
Merci à toute la famille qui le soutient et le renforce.
La division*** t’envoie un gros câlin ainsi que sa reconnaissance à toute ta famille
pour votre énorme contribution.
Am Israël Hai!
Respectueusement, »
Le Commandant de la brigade ***
Le père de Shoam est père de 4 enfants en bas âge. Non, il n’est pas militaire de carrière, mais comme beaucoup de civils en Israël, depuis le 7 Octobre, il a déjà été enrôlé 3 mois à Gaza, est revenu à son domicile, est retourné au travail, puis a été a rappelé pour 2 mois supplémentaires à l’armée au mois de mars. Après avoir enfin réintégré la vie civile, il est de nouveau mobilisé et se trouve actuellement en mission au Liban.
Qui rappelle ces enfants qui grandissent sans leurs pères? Qui rappelle ces mamans, le cœur rongé d’inquiétude, qui assument seules leurs familles, travaillent, gèrent leurs foyers, élèvent et protègent leurs enfants en les emmenant rapidement à l’abri dès que retentissent les sirènes, et cela de jour comme de nuit?
Non, vous ne verrez pas les parents de Shoam participer aux manifestations qui se déroulent régulièrement à Tel Aviv ou dans d’autres endroits dans le pays. Comme la majorité des habitants, ils ont la mort dans l’âme de savoir qu’il y a encore des otages détenus à Gaza, mais ils font tout ce qui est en leur pouvoir pour affronter la situation afin que de telles atrocités ne se renouvellent pas et afin de pouvoir enfin assurer aux enfants d’Israël, un avenir meilleur, un avenir de paix et de sécurité.
En tant que citoyens israéliens, ils comprennent la prise de position personnelle des familles des otages qui font l’impossible pour libérer leurs proches. Mais ils sont aussi conscients du fait que l’immense responsabilité de la collectivité, incombe au gouvernement ainsi qu’à l’armée.
Faut-il se plier aux exigences du Hamas et libérer les otages à tout prix? Même si le prix est de libérer une centaine de terroristes qui seront prêts à retourner sur le terrain dès demain afin de renouveler leurs ignominies?
Les parents de Shoam ne sont pas un cas isolé, il y a une grande partie de la population qui est très partagée et ne descendra pas manifester dans les rues pour obtenir un accord à n’importe quel prix, étant consciente du fait que le sauvetage des uns, risque d’entrainer la condamnation des autres.
C’est la raison pour laquelle la grande manifestation et la grève du 17/08/25 n’ont pas été suivies tel que les organisateurs l’espéraient. Ils pensaient pouvoir bloquer et paralyser le pays, mais le mouvement n’a pas eu l’ampleur qu’ils espéraient. L’impact a été mineur et l’activité économique en témoigne. Il y a eu une baisse de 5,1% par rapport au volume des dépenses enregistrées à ces mêmes heures le dimanche précédent, le 10 Août 2025.
A la mi-journée, 32 personnes ont été interpellées pour blocages et troubles à l’ordre public.
Vers 16h30, alors que les manifestants exigeaient la libération immédiate des otages détenus par le Hamas, un missile lancé par les Houthis du Yémen contre Israël, a déclenché des sirènes dans le centre d’Israël ainsi que dans la région de Jérusalem, obligeant des centaines de milliers d’Israéliens à se mettre à l’abri. Un petit rappel à tous les citoyens que pour l’ennemi, le but est d’attaquer Israël, sans aucune considération ni distinction entre les différentes appartenances politiques.
Cet acharnement à affirmer ses opinions à travers des soulèvements populaires n’a jamais été fructueux pour Israël.
Il y a 20 ans, lorsqu’Arik Sharon a décidé le démantèlement du Goush Katif, une grande partie de la population s’y est opposée en affirmant que c’était une grande erreur qui n’engendrerait pas la paix, mais bien au contraire… Les manifestations battaient leur plein à l’époque. Et aujourd’hui, ce qui a été considéré comme une affirmation vaine, trouve sa véracité après le 7 Octobre.
Il en fut de même avec le retrait du Liban le 24 mai 2000. Un mouvement populaire mené par 4 mères de soldats, a conduit Israël à se retirer du sud Liban. Ehud Barak, qui était Premier Ministre a décidé d’un retrait unilatéral.
Israël occupait alors le sud du Liban jusqu’en 2000, tout en étant confronté à une guérilla contre des milices chiites. Après le retrait d’Israël, les hostilités entre le Hezbollah (soutenu par l’Iran) et Israël ont perduré et ont conduit au conflit israélo-libanais de 2006.
Une nouvelle période de conflit commence en octobre 2023, dans le contexte de la guerre à Gaza, conduisant à l’invasion israélienne du Liban en 2024.
La réalité est complexe et pas toujours facile à assumer. Le peuple d’Israël a toujours aspiré à la paix et est toujours prêt à faire d’énormes concessions et sacrifices pour y arriver.
Mais en tant que citoyens d’un pays sous régime démocratique, il est de notre devoir civil de faire confiance à nos dirigeants qui ont été élus à la majorité, et qui font de leur mieux pour donner le répondant adéquat à la réalité, en fonction de tous les éléments qu’ils possèdent et qui sont très souvent inconnus des citoyens. A l’heure actuelle, nos dirigeants sont convaincus que dans les conditions présentes, un compromis ne ferait qu’affaiblir la sécurité d’Israël.
Dans ces périodes de confusion, l’enseignement du Rav Léon Askénazi – Manitou nous manque beaucoup, son analyse tellement perspicace pourrait nous aider à mieux cerner et comprendre les évènements que nous vivons…
Et voilà que le commentaire de Manitou sur la Paracha que nous avons lue Shabbat dernier: Parachat Reeh nous interpelle:
» Dans les années qui ont suivi la Shoah’ le célèbre professeur Chouchani avait donné l’enseignement suivant: « En quoi nous as-Tu aimés? Avec Hitler et la Shoah, avec Torquemada et l’Inquisition? » Et l’on pourrait ajouter aujourd’hui: avec la barbarie du terrorisme arabe? Il n’est pas anodin de signaler que le caractère dramatique de cette exclamation provient de l’invraisemblance du sort que les lignées rivales de la famille d’Abraham font à Israël. Chouchani signalait en son temps le danger de la naïveté et de l’inconscience des Juifs vis-à-vis des civilisations avec lesquelles ils se trouvent en contact. L’Inquisition a sanctionné la foi naïve de la symbiose judéo-espagnole. La Shoah a sanctionné la foi naïve judéo-allemande. On conclura de même pour la foi naïve en une « normalisation » judéo-arabe. Les « tragédies » de notre histoire semblent bien, dans l’ordre de cet enseignement, sanctionner les infidélités à la spécificité (segoula) de l’Alliance propre à Israël.
(Manitou: Ki Mitsion, 30 Av 5755, Roch ‘Hodesh Eloul – 26 Juillet 1995)
Malgré notre grand désir de paix, pouvons-nous nous permettre de laisser place à une foi naïve?
Par Bella Bel-Ange