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Face B
Face C
Face D
Texte
/ Face A
Je suis admiratif de nos ancêtres qui étudiaient l’ensemble de la Parashah avant Shabat.
Indépendament du fait qu’il y a une Mitsvah de lire jusqu’au vendredi matin la Parashah 2 fois en hébreu et une fois dans le Targoum (ou 2 fois en hébreu et une fois Rashi, cela remplace le Targoum).
Avant d’aborder le récit de la Parashah à proprement parler, je voulais profiter de l’occasion du titre de la Parashah Toldot, je rappelle un certain nombres de principes suivrant lesquels la tradition a nommé et découpé les Parashiot.
Dans la tradition séfarade on dit Parashah pour dire le texte que l’on lit à la Torah le Shabat ou le jour de fête. Dans la tradition ashkénaze on dit Sidra. C’est à peu près le même sens, le mot est dérivé du mot Seder, l’ordre. Le texte a été divisé en 52 parashiot. Les années n’ont pas toujours le même nombres de semaines, mais on n’apprend d’autre part la manière dont cela correspond lorsqu’il y a plus ou moins de semaines, il y a un certain nombre de parashiot qui sont lues parfois ensembles dans certains shabat. La tradition a pris l’habitude de dénommer le texte que l’on appelera Sidra, en français « péricope », par le 1er mot important du 1er verset qui donne le thème général de la Paracha.
Pour la première Parashah, le mot de Béréshit désigne le livre de Bereshit et désigne la première Parashah du livre de Bereshit qui commence par le mot de Bereshit. Ainsi de suite pour toutes les autres sections de la semaine. Il y a un cas particulier pour la Parashah Toldot – le mot de Toldot qui est le mot important du 1er verset –
Toldot Chapitre 25 Verset 19 :
וְאֵלֶּה תּוֹלְדֹת יִצְחָק, בֶּן-אַבְרָהָם: אַבְרָהָם, הוֹלִיד אֶת-יִצְחָק.
Veeleh toldot Its’haq ben Avraham Avraham holid et-Yits’hak.
Et voici les engendrements d’Isaac fils d’Abraham Avraham engendra Isaac.
Il va y avoir un problème d’exégèse puisque le verset se propose de nous annoncer les engendrements d’Isaac fils d’Abraham et il commence la généalogie par le fait qu’Abraham engendra Isaac ? On attendrait que le texte dise : « Isaac engendra Essav et Esaü ». C’est d’ailleurs ce que Rashi va nous dire.
Rashi :
וְאֵלֶה תּוֹלְדוֹת יִצְחָק
יַעֲקֹב וְעֵשָׂו הָאֲמוּרִים בַּפָּרָשָׁה
Veeleh toldot Its’haq, Yaaqov véEssav Haamorim baParshah :
Jacob et Esaü dont on parle dans cette parashah.
C’est difficile parce que il n’y a pas de place pour se tromper. Tout de suite on se rend compte que les engendrements de Isaac sont Jacob et Esaü dont on parle dans cette Parashah.
Certains commentateurs de Rashi mettent en évidence que Rashi a voulu mettre l’ordre réel de ces deux frères : Il cite d’abord Jacob avant Esaü, alors que dans l’ordre du texte, Esaü nait avant Jacob.
Mais c’est un point très particulier du commentaire. En fait, le terme de Toldot, que je traduis ici par les engendrements, signifie par ailleurs en hébreu, l’histoire. Et il pourrait y avoir un doute concernant ce texte : est-ce que le texte se propose de raconter l’histoire d’Isaac fils d’Abraham. Et donc il parlerait aussi des engendrements d’Isaac ? ou bien est-ce que l’objet du texte est-il de parler des engendrement d’Isaac fils d’Abraham ?
Avant de retrouver ce niveau de la question, il faudait insister sur l’importance de ce terme. Ce terme de Toldot en hébreu signifie l’histoire.
Il y a d’autres termes pour dire le concept de l’histoire tel que le connait la culture occidentale. Il y a le mot moderne Historia qui a le même sens que le mot histoire. C’est l’histoire des événements.
Effectivement, suivant les écoles historiques : on choisit un ordre d’événements définis comme historiques, c’est-à-dire ayant une importance telle pour le déroulement de l’histoire humaine qu’il mérite d’être notés dans l’histoire des historiens.
C’est ce qu’on appelle un événement historique pour la science qui s’appelle l’histoire : c’est un événement dont l’importance a le niveau de généralité plus ou moins grand et irréversible pour l’avenir de l’histoire de l’humanité à partir du moment où cet événement a eu lieu. Par exemple on pourrait réfléchir sur l’importance relative de deux événements dits historiques comme la sortie d’Egypte ou le 14 jullet.
Le 14 juillet est un événement historique, d’ailleurs aujourd’hui il y a le drapeau français dans les rues de Jérusalem comme vous le savez, et puis la sortie d’Egypte comme événement historique.
Donc chaque école historique va chercher le critère d’importance qui fait qu’un événement est réputé et dit historique.
En général à l’université israélienne, on se servira du terme de Historia pour définir l’histoire dans l’ordre de la synthèse d’événements reconstruite par tel ou tel historien, dans sa mentalité, à sa manière, quelque soit son objectif : restituer une atmosphère, ou une chronologie, ou les deux à la fois.
Mais il y a une tout autre catégorie en hébreu avant d’arriver à Toladot pour dire l’histoire, il y a l’expression de Divrei hayamim – littéralement cela veut dire « les paroles/choses des jours ». C’est-à-dire ce qui est arrivé jour par jour. Divrei hayamim plus que l’histoire, signifie les annales.
Cela a une allure assez littéraire en hébreu. Lorsqu’en hébreu on veut dire l’histoire de tel ou tel peuple, on emploie l’expression de Divrei hayamim.
Retenez en tout cas cette nuance :
Historia : l’histoire des événements.
Divrei hayamim : les annales, la chronologie telle qu’un contemporain l’a noté et qui est restée pour l’avenir. Et non pas l’histoire au sens premier, où un savant dit historien reconstitue un passé auquel il n’a pas assisté, auquel il n’a pas vécu et le reconstitue à partir de documents qui sont des traces du passé, et lui servent de trame pour reconstituer une époque qui finalement, et là je vous donne mon point de vue de juif traditionnel, est imaginaire. Tous les livres d’histoires sont finalement une imagination historique beaucoup plus qu’une science historique lorsqu’on les confronte à ce qu’a été la mémoire d’un peuple ou d’une tradition lorsque cette mémoire a été traditionnelle et s’est vraiment transmise, perpétuée.
2 exemples : une impression que j’ai depuis assez longtemps et qui m’est confirmée par mes propres contemporains.
– Avec mes propres contemporains, lorsqu’ils parlent d’événements auxquels j’ai été mêlé confondent tout, brouillent tout, tot est faux. Enfin ce n’est pas complétement faux mais c’est inexact. Et alors parfois avec des amalgames et des erreurs grosssières, des textes paraissent, des erreurs monumentales alors que les acteurs dont on parle sont encore vivant et on ne leur demande pas leur avis… Et ces textes vont rester comme documents pour les historiens de l’avenir! Ce qui rend sceptique pour l’histoire des historiens.
– Une anecdocte de mon expérience en classe d’histoire au lycée. En 6ème il y a l’histoire de l’antiquité. On y apprend l’histoire de certains peuplesdont les Hébreux. Moi allant au talmud Torah j’avais une mémoire traditionnelle de l’histoire des Hébreux qui confrontée avec ce que j’apprenais en classe faisait contraste. Cela rendait d’autant plus suspect ce que le manuel disait des autres peuples. Parce que si ces historiens aussi sérieux étaient capables de dire de telles errueurs lorsqu’ils parlaient des Hébreux, on pouvait croire qu’ils en disaient de même lorsqu’ils parlaient des Etrusques, des Phéniciens ou des Aztèques…
Donc, différence entre Historia et Divrei hayamim, pour en arriver au terme dont la tradition rabbinique se sert pour dire l’histoire qui est le mot de Toldot.
La racine Yalad (youd-lamed-dalet) signifie « enfanter » lorsque l’on parle de la mère, « engendrer » lorsque l’on parle du père, et cela signifie « les engendrements » de génération en génération.
Quelle est la différence du point de vue du concept avec Historia ?
Historia suit l’histoire à travers le développement d’événements. Tandis que Toldot suit l’histoire à travers le développement de l’identité du sujet de l’histoire, c’est à dire de l’homme qui fait l’histoire. Ce n’est pas l’événement qui prime mais c’est l’histoire des hommes. Avec le postulat que l’homme n’est pas le même (tout en restant le même dans sa nature humaine) mais que l’homme a une identité différente à chaque génération.
Dor dor védorshav dor dov vé’hakhamav
« Chaque génération et ses chercheurs, chaque génération et ses sages », expression traditionnelle juive très connue, pour dire « chaque génération et ses hommes ».
Cela s’est perdu dans la civilisation contemporaine, ce que la civilisation traditionnelle avait gardé, il y a d’âge en âge, de génération en génération, d’époque en époque, le sujet humain a concrètement une personnalité différente. Bien que la nature humaine est un concept beaucoup plus large que ce que je désigne par les différentes générations. Il y a des constantes de la nature humaine, mais il y a des situations spécifiques de l’identité humaine de chaque génération. C’est ce qu’il faut récupérer.
Le récit historique de la Torah suit l’histoire de l’homme. Et à travers l’histoire de l’homme, elle l’illustre par un certain nombre d’événements qui mettent en évidence, qui exprime ces mutations d’identité, qui se produisent de génération en génération.
Mais quelque soit l’importance de l’événement, c’est le sujet qui prime. L’histoire se dit Toldot. C’est l’histoire d’un engendrement. C’est l’engendrement du fils de l’homme qui se cherche dans ce récit.
A partir du 1er homme Adam commence un histoire de l’homme qui est l’histoire de l’engendrement du fils de l’homme. Et il y a une différence de signification, dans l’identité même, entre Adam et Ben Adam.
Cela veut dire que toute notre histoire nous les humains, c’est l’histoire d’un effort d’engendrement d’un être qui serait fils de l’homme, c’est à dire l’homme réussi. L’homme qui aurait réussi à résoudre les impossibilités et les contradictions de l’identité humaine qui dure depuis Adam Harishon jusqu’au temps du Mashia’h.
C’est au fond l’histoire d’une conception d’un être à engendrer et qui est en train d’être engendré dans l’histoire de ceux que nous appellons des hommes, mais qui ne sont que les pères du fils de l’homme.
Le terme de hévreu Ivri (ayin-bet-resh) possède la même racine que le Obar qui signifie l’embryon. Tout se passe comme si l’identité hébraïque est précisément cette identité de l’embryon de l’engendrement du fils de l’homme. C.à.d., cela se passe à travers la matrice hébraïque. Et l’humanité a fini par le reconnaître. Qu’elle le veuille ou pas elle le reconnait. L’exemple le plus spéctaculaire, parce que mythifié, c’est l’exemple que représente l’objet de foi des chrétiens qui finalement adore sous forme de mythe cet engendrement du fils de l’homme, à travers la matrice hébraïque éternellement féconde et éternellement vierge.
Indépendamment de cet exemple particulier du mythe chrétien, on pourrait résumer la relation entre l’universel humain et l’histoire des Hébreux à travers le foyer central que représente la diffusion de la parole biblique soit en Orient soir en Occident, soit à travers toutes les philosophies qui s’en inspirent, comme étant précisément un diagnostic de ce qu’il se passe quelque chose dans le sujet humain et que cela passe par les Hébreux, cela passe par cette histoire d’Abraham que la bible a raconté et qui se prépare dans cette préface du temps qui va du 1er homme jusqu’à l’histoire d’Avraham.
Voilà ce que déjà nous suggère ce terme de Toladot.
Et, 3ème remarque, c’est que effectivement, il se passe quelque chose de génération en genération.
Nous avons deux lignées humaines. Une lignée humaine où il ne se passe rien, et où cela se démultiplie et se mulptiplie en copie plus ou moins conforme et on enfante des petits d’hommes identiques.
Et une lignée où il se passe quelque chose et où les engendrements passent et sont cette réalité de mutation d’identité qui a ses progrès et ses régressions mais l’option de la conscience hébraïque est que cela suit une spirale ascendante. (A l’origine on trouve la même racine spirale-espérance et respiration).
Avec cet option d’optimisme que cette génération finira par réussir. Et que toute l’histoire de l’humanité est dans cet effort d’engendrement où effectivement il se passe quelque chose de génération en génération. Un philosophe : « L’espérance c’est la respiration de l’esprit ».
Ce n’est pas pour rien que la tradition a choisi ce terme de Toladot qui signifie d’abord les engendrements, pour dire « l’histoire ». A partir de cette étymologie stricte, nous avons ce parallèle que les événements s’engendrent et ont des conséquences, de la même manière que les pères ont des fils. Av et Toladah sont parallèles à Av et Yeled. Le pére et le fils, l’événement principe et l’événement conséquence.
Nous avons cette option du récit biblique qu’il y a une matrice particulière de l’engendrement du fils de l’homme. Et c’est cette histoire qui nous est racontée dans l’histoire qui va du 1er homme jusqu’aux pères de l’identité d’Israël.
A travers les trois générations Avraham-Isaac-Jacob, les descendants de Jacob fils d’Isaac fils d’Abraham ont constitué la nation d’Israël. La nation d’Israël existe comme réalité à un autre niveau que celui des pères qui lui ont donné naissance. La nation d’Israël est Knesset Israël, elle a une réalité en soi et elle est cette matrice d’engendrement du fils de l’homme qui est perpétuellement engendré jusqu’à ce qu’en fin de compte cet enfantement réussisse.
L’incident de parcourt qui a donné naissance au christianisme était une des péripéties de cette espérance messianique de l’engendrement du fils de l’homme.
Ceci dit, bien que nous parlions français, il est extrêmement difficile d’employer les thèmes dont se sert la théologie chrétienne pour parler de choses analogues dans le registre de la théologie chrétienne. Les mots sont analogues mais le contenu de signification ne sont plus les mêmes parce que le contenu en est mythifié. Il faut faire ce décalage de vocabulaire entre les deux registres.
D’une certaine manière cette analyse montre à quel point nous sommes loin de la vision messianique chrétienne qui identifie le fils de Dieu et le fils de l’homme.
Indépendamment de cette mise au point linguistique, il y a ce principe que cela signifie que l’identité humaine est l’objet, et en même temps le sujet d’ailleurs, d’une mutation d’identité de génération en génération. Chacun a suffisamment expérience de sa propre famille pour savoir que le grand-père vivait en un temps différent de celui où vit le petit-fils. Et pas seulement du point de vue du folklore de culture dans toutes ses dimensions mais de la manière d’être homme. Ex : du menu du Shabat du temps de mes grands-parents et le menu du Shabat de mes petits enfants qui n’ont plus rien à voir en quantité. Je ne sais pas comment les anciens faisaient. Ils avaient une capacité supérieure.
***
Q : Pourquoi parle-t’on de Ben Adam alors que le modèle Adam n’a pas été une réussite ?
R : Le Ben c’est le Av modifié par la mère. La matrice de l’engendrement est le facteur principal.
C’est d’abord ce qu’il faut comprendre : Le Ben c’est le Av modifé par la Em. Et dans cet effort de modification, le Av finit par engendrer le Ben. L’histoire des Bnei Adam c’est l’histoire de Adam engendrant le Ben Adam, à travers les Bnei Adam les petits de l’homme, il y a le fils de l’homme qui s’engendre dans une matrice particulière qui à une certain stade de l’histoire humaine est la société des Hébreux, et qui devient la nation d’Israël. Voilà le schéma.
Il y a les Bnei Adam et il y a le Ben Adam.
Le mot de Adam en hébreu ne se met pas au pluriel. On ne dit pas Adamim : il y a une seule manière d’être Adam !
On dit alors les Bnei Adam pour dire les hommes. Tous les hommes sont des Bnei Adam. Mais c’est une indication formelle. L’expression de Ben Adam que j’ai utilisé a un tout autre sens : c’est l’être que celui que l’on appelle l’homme, l’ensemble des Bnei Adam, est occupé à enfanter pour que le monde trouve sa justification d’avoir été créé.
Analyse phénoménologique :
Le projet du Créateur est de créer le fils de l’homme. Et pour que celui-ci soit engendré il a créé l’homme comme père du fils de l’homme. Cela implique une critique de la théologie chrétienne : c’est l’homme qui est le père du fils de l’homme. Chez les prophètes l’expression « Ben Adam » va prendre rapidement sa signification messianique, en particulier chez Ezéchiel : « Et toi que j’appelle le fils de l’homme… » Parmi tous les fils d’homme, il y en a un à chaque génération qui porte en lui, la mutation d’identité du « fils de l’homme ». Et à partir du moment où cette identité émerge dans une génération, elle s’étend à toute la génération. Toute la génération en profite.
J’en profite pour faire une petite parenthèse à propos d’un cours passé sur le mythe et le midrash.
Mythe versus Midrash:
La différence entre le mythe et le midrash, à propos de ce que je viens de dire précédemment :
Dans le mythe, il y a un personnage mythique qui est une figure littéraire, chargée d’affectivité mythique, et qui récapitule des traits d’identité de tout un peuple, de toute une génération. C’est une figure idéale, mythifiée qui est censée récapituler une manière d’être homme qui concrêtement existe mais à l’échelle de toute une génération et de toute une société.
Tandis que dans le Midrash c’est l’inverse : c’est un être d’exception qui apparait dans une société, et le Midrash étend à ses contemporains cette capacité d’identité qui est apparue chez lui. C’est la différence entre la figure mythique et la figure exemplaire dans le Midrash.
Par exemple, le Midrash qui dit lors de l’épisode de la rencontre des Patriarches et des rois de Philistie de ce temps-là, le problème de la femme qui est la sœur : le Midrash va nous dire que dans la civilisation d’Abimelekh on n’a pas compris ce que signifiait que la femme c’est la soeur, alors toute les femmes ont été frappée de stérilité. La punition du fait que Abimelekh ait pris la femme de Isaac, sous le pretexte qu’elle était sa soeur a eu pour conséquence la stérilité dans la nation d’Abimelekh. C’était déjà le cas avec Abraham, la même histoire. Et lorsque il y a guérison de cette stérilité, Sarah a pu enfanter. Le Midrash citant le verset « Sarah allaitait des fils » dit de Sarah qu’elle allaitait son fils et d’autres. Car personne ne pouvait croire que Isaac était le fils de Sarah. On prétendait qu’il était le fils d’Abimelekh et de Sarah. Il y a eu deux événements midrashiques : Isaac avait le visage d’Avraham pour que tout le monde se rende compte de la paternité d’Avraham, et plus tard Avraham a prié pour avoir la vieillesse, de telle sorte que son visage soit reconnaissable du visage d’Isaac et inversément. Les justes ont le même visage : Midat Hadin le visage de l’adolescence et Midath Ha’Hessed le visage de la vieillesse. Les adolescents sont impétueux alors que les vieillards sont sereins. Un beau vers de Victor Hugo dans Boaz endormi évoque cela. [Et l’on voit de la flamme aux yeux des jeunes gens, Mais, dans l’oeil du vieillard, on voit de la lumière. Victor Hugo – La légende des siècles].
Alors le Midrash nous dit que lorsque Sarah a allaité Isaac, toutes les princesses ont amené leur fils pour que Sarah les allaitent. C’était la preuve que Sarah avait bien enfanté, et qu’elle allaitait les fils de toutes les princesses.
Cela veut dire quoi`En particulier, je me souviens d’avoir étudié ces encyclopédies qui parlent des religions, j’ai fait une remarque extrêmement désagréable : Dans l’histoire des religions, il y a un antisémitisme caché : Israël n’a rien d’original en propre et a tout emprunté de tout le monde. Même des Juifs s’y prêtent à cela. Il y a la grande controverse actuelle entre Idel et Sholem parce que Sholem dit tranquillement que toute la mystique de la Kaballe vient des hindous. C’est la tarte à la crème des universitaires : dès qu’il s’agit d’une tradition d’Israël c’est emprunté.
Midrash: non seulement le lait de Sarah a allaité Isaac mais c’est aussi le lait de Sarah qui allaite les fils de toutes les princesses. En réalité c’est l’invere!
Le mythe récapitule sur les figures mythiques des éléments d’identités qui émergent dans une société et le représente sur une maquête, alors que dans le Midrash c’est à l’inverse.
Lorsque des indications d’identité du fils de l’homme apparaissent dans un individu exemplaire de la génération, cela est étendu à toute la génération : les contemporains d’Abraham ont profité de la présence d’Abraham. Les contemporains d’Isaac ont profité de la présence d’Isaac…etc.
Pour arriver à notre sujet, en évitant les premières générations de l’humanité, Abraham-Isaac-Jacob sont des identités de justes, mais des identités différentes : l’une engendre l’autre. Et le miracle de la famille des Patriarches c’est qu’Abraham a engendré Isaac, et qu’Isaac a engendré Jacob.
Je vais prendre comme 1er sujet la difficulté des engendrements dans la famille d’Abraham:
La difficulté des engendrements dans la famille d’Abraham : les mères sont « stériles » dans le sens d’empêchées d’enfanter. Un midrash indique qu’elles étaient vraiment incapables d’enfanter et que c’est par miracle qu’elles ont pu enfanter. Je reprendrais ce Midrash par la suite.
Non pas le terme « stérile » dans le sens d’« incapable d’enfanter, mais empêchée d’enfanter.
Il y a un thème : Sarah est « stérile » empêchée d’enfanter très tardivement, et elle enfante Isaac dans un rire général qui a 7 significations d’après le Midrash.
Premiérement c’est un rire de triomphe et une rire de joie : celle d’avoir surmonter une impossibilité.
Rivqah est « stérile » de naissance jusqu’à ce que la prière de Isaac arrache la naissance de Jacob et Esaü dont on nous parle dans notre Parashah.
Rachel, va être stérile jusqu’à ce que Joseph puisse naître.
Léah est un cas particulier.
Léa n’a aucune difficulté à enfanter.
Et puis ce thème de la difficulté va continuer avec la mère de Shmouel hanavi : ‘Hannah
C’est le 1er chapitre du 1er livre de Shmouel, Haftarah de Rosh hashanah, que l’on lit parallèlement au chapitre qui raconte la naissance d’Isaac. A Rosh Hashanah on lit dans la Torah la naissance d’Isaa, et dans la Haftarah, le livre de Shmouel.
C’est un thème extrêmement important : la matrice des engendrements du fils de l’homme est empêchée d’enfanter jusqu’à ce que… Jusqu’à ce que cet enfantement soit réussi.
L’idée qu’il y a là est intéressante : il faut empêcher le risque d’une naissance d’une approximation d’identité qui ferait échec au projet de cet enfantement.
Le paradoxe, la question qui se pose à nous :
Comment se fait-il que précisément les Imaot, celles qui doivent être les mères de la fécondité de l’enfantement du fils de l’homme, soit empêchées d’enfanter ?
Il faut mettre en évidence cela : c’est une ligne de lecture qui traverse toute notre histoire. Et ce n’est pas seulement vrai à l’échelle de l’engendrement des générations, c’est vrai à l’échelle de l’histoire de la société d’Israël. Il y a parfois de très longues époques qui apparaissent comme de longues périodes de stérilité, et puis il ne se passe rien dans cet avancée vers un engendrement plus réussi encore du fils de l’homme. Et puis subitement, l’enfant est né.
Ernst Renan : « l’histoire du peuple juif », énorme ouvrage en plusieurs volumes, je ne vous le conseille pas parce que c’est du temps perdu : à la fin, il dit en parlant d’Israël, que c’était un arbre dont la sève était féconde mais que finalement la souche est devenu stérile et un surgeon a poussé de l’arbre de Jessé qui a donné celui que vous savez…
L’histoire contemporaine a démenti complétement cette prophétie de Renan. La société juive pendant 2000 ans a fait un surplace d’engendrement pendant lesquels il ne s’est rien passé d’autre que ce qu’on dit dans la fin des contes pour enfants : ils se marièrent et vécurent heureux avec de nombreux enfants… Mais pendant 2000 ans, les Juifs font des Juifs, qui font des Juifs qui font des juifs, pendant 2000 ans.
Sarah est stérile, et puis subitement l’enfant est né. Et le peuple juif a engendré l’état Israël.
C’est très paralléle à ce théme de la matrice stérile des Imaot qui est empêchée d’enfanter jusqu’à ce que… Et dans ce schéma général il y a des schémas particuliers.
A l’intérieur de cette longue histoire de cette diaspora juive de 2000 ans il y a eu des foyers d’identité juive qui se sont engendrés à tour de rôle dans les différents foyers de civilisation du temps. Le foyer de la culture juive suivait le foyer de la civilisation humaine universelle.
C’était tantôt à Troye en Champagne, tantôt Francfort, tantôt Varsovie… Cela dépendait où passait la civilisaiton humaine en général…
Ces mutations d’identités sont importantes à comprendre. Comment est-ce relié ?
Il semble bien qu’il y a une crainte très clairement dévoilée à propos des enfantements de Rachel : c’est Dieu lui même qui empêche que l’enfantement se fasse s’il n’est pas parvenu « à maturité ». Si ce n’est pas vraiment l’enfant qui est attendu, s’il y a le risque…
Face B
…/… qui viendrait faire obstacle à la réalisation du projet recherché. Et nous voyons que cette histoire s’est passée ainsi : l’impatience dans la patience de Sarah a fait naître Ishmaël. Et Ishmaël est une approximation de l’identité d’Isaac qui s’est instaurée en rivalité d’Isaac, et qui a fait souche dans sa propre fécondité du nombre, par multiplication à l’infini de cette approximation d’identité d’Isaac qui s’appelle Ishmaël.
Effectivement, lorsqu’on compare le comportement islamiste au comportement juif c’est très différent mais cela ressemble. Cela ressemble comme une approximation d’identité. Je crois d’ailleurs que Mahomet très intentionnellement a construit une sorte d’imitation du judaïsme pour Ishmaël. Vous savez par exemple la minutie extrême des lois de la cacheroute juive. Et bien il y a une cacheroute musulmane. Mais elle est approximative. Les musulmans mange de la cacheroute juive, mais les juifs ne peuevent pas manger de la cacheroute des musulmans. Il y a quelque chose d’analogue.
En fait, nous n’avons pas le temps d’étudier tous ces exemples, mais lorsqu’on étudie la raison de la séparation d’Ishmaël et d’Isaac, on s’aperçoit que les deux sont capables de rire. Mais Ishmaël rit au présent alors qu’Isaac rira dans le futur. Lorsqu’Avraham a fait une fête pour le seuvrage d’Isaac, Sarah voit Ishmaël rire.
Elle demande à Abraham de renvoyer Ishmaël et Agar en disant (Gn. 21:10):
כִּי לֹא יִירַשׁ בֶּן-הָאָמָה הַזֹּאת, עִם-בְּנִי עִם-יִצְחָק.
«… car le fils de la servante ne pourra pas hériter avec mon fils Isaac ».
Pour quelles raisons ?
Sarah est celle qui avait eu la générosité dans son impatience de donner à Agar le satut de celle qui enfante. Sarah craint que ce soit elle qui soit dans l’empêchement du fait que l’enfant de la promesse ne peut pas être engendré à Abraham. Elle sait Abraham fécond. Elle ne voit pas l’accomplissement de la promesse d’enfant à Abraham par Sarah, dans l’identité hébraïque, et avec une générosité totale elle demande d’Abraham de prendre Agar et de faire souche avec elle de telle sorte que au moins ce que représente Abraham reste dans l’histoire jusqu’à l’éventualité dans l’histoire future d’une Sarah féconde dans l’avenir.
Or c’est cette même Sarah qui comme dans une histoire de fait divers semble intervenir comme une mégère jalouse de l’autre femme de son mari… c’est invraisemblable !
En fait, le verset précédent nous dit que Sarah voit le fils de Agar rire (rire au présent). Alors que Isaac est celui qui n’a le droit de rire que dans le futur. Où est l’analogie entre Ishmaël et Isaac ? C’est qu’ils sont capables de rire tous les deux, mais c’est un rire absolument différent.
Le fils d’Abraham peut rire parce qu’Abraham a dévoilé le fait que le monde a un Créateur.
Si le monde a un Créateur alors le monde a un sens quelque soit les apparences.
Alors on peut rire.
Le rire n’aurait pas de fondement s’il n’y avait psas cette intuition, cette certitude d’intuition, que le monde a un Créateur. Ishmaël fils d’Abraham comme Isaac fils d’Abraham savent rire. Parce qu’il sont fils d’Abraham et que le monde ayant un Créateur, le rire est possible.
Mais voilà, Ishmaël rit au présent. C’est-à-dire, qu’il se satisfait du monde comme il est au présent. Puisque le rire de la joie, c’est la satisfaction du monde dans lequel on est inséré. Le fait d’avoir le rire au présent désigne un indice de moralité de satisfaction du monde bien et mal. Le rire d’Isaac est refusé à Isaac jusque dans l’avenir du monde où le bien aura triomphé du mal. Il y a le fait de réprimer le rire, jusqu’au futur où il sera permis.
Exemple du Kotel hamaaravi ce mur où l’on ne riait pas et cela commence à venir. Pendant 2000 ans on y pleurait au point que les Goyim l’ont nommé « le mur des lamentations », et puis il y a déjà des mariés qui y sont photographiés devant le mur des pleurs !
Voilà un exemple.
L’impatience de l’enfantement alors que le temps de maturité de l’engendrement n’est pas arrivé risque de faire apparaître une approximation d’identité qui fait obstacle au projet réel de l’identité et cela est vrai à chaque étape.
Raison pour laquelle il y a « stérilité » apparente jusqu’à ce que l’enfantement soit possible.
Nous devinons en filligrane ce que les chrétiens ont fait de ce thème des imaot d’Israël : ils en ont fait un mythe.
Nous allons étudier un peu plus en détail la raison pour laquelle il y a stérilité de Rivqah.
Stérilité de Rivqah :
וְאֵלֶּה תּוֹלְדֹת יִצְחָק, בֶּן-אַבְרָהָם: אַבְרָהָם, הוֹלִיד אֶת-יִצְחָק.
Veeleh toldot Its’haq ben Avraham Avraham holid et-Yits’hak.
Et voici les engendrements d’Isaac fils d’Abraham Avraham engendra Isaac.
On a appris en passant qu’il était nécessaire de mettre l’accent sur le fait qu’Isaac est bien le fils d’Abraham. On va dénier à Isaac sa filiation à Abraham. Je crois que d’une certaine manière cela se passe de notre temps. Lorsque l’on met en question l’identité juive de l’Etat d’Israël.
וַיְהִי יִצְחָק, בֶּן-אַרְבָּעִים שָׁנָה, בְּקַחְתּוֹ אֶת-רִבְקָה בַּת-בְּתוּאֵל הָאֲרַמִּי, מִפַּדַּן אֲרָם–אֲחוֹת לָבָן הָאֲרַמִּי, לוֹ לְאִשָּׁה.
Vayehi Yits’hak ben-arba’im shanah
Et Isaac était agé de 40 ans
beqa’hto et-Rivkah bat-Betou’el ha’Arami
lorsqu’il prit Rivqah fille de Betouel l’araméen
miPadan Aram
de Padan Aram
a’hot Lavan ha’Arami.
Soeur de Lavan l’araméen
lo le’ishah
pour lui pour femme
Padan Aram est la région de ‘Haran, où la famille d’Abraham en chemin vers Erets Israël s’était arrêtée. En particulier Na’hor frère d’Abraham. Abraham et Loth seuls ont continué jusqu’à Erets Kenaan.
L’accumulation de l’adjectif araméen dans ce verset doit être expliquée. On sait tout cela. On sait que Rivqah est la fille de Betouel et que Betouel est araméen. On sait qu’il est de Padan Aram. On sait quelle est la soeur de Lavan l’araméen. Pourquoi cette accumulation de cet adjectif « araméen » ?
C’est l’explication, que le Midrash veut mettre en évidence, de l’empêchement de l’enfantement de Rivqah. Dans l’engendrement des générations, Isaac est fils d’Abraham. Abraham a engendré Isaac.
Alors on attend que Isaac engendre Israël. Et voilà que cet engendrement est bloqué ! Pourquoi ?
Parce que la matrice de l’engendrement a un handicap. Elle est handicapée par son origine araméenne. C’est indiqué par cette accumulation de l’adjectif « araméen » dans notre verset.
A travers Isaa,c il n’y a aucune difficulté. Pas plus que la difficulté d’Abraham pour engendrer Isaac, Isaac n’aurait de difficulté pour engendrer Israël. Mais à cause de Rivqah, la difficulté est absolue. Il y a ici un cas particulier dans le cas général de l’empêchement de l’engendrement, le cas particulier de Rivqah où l’empêchement est absolu.
J’essaie de mettre en évidence les raisons que va nous donner le Midrash : cela vient de ce décalage d’identité entre Isaac et Rivqah. Isaac est un hébreu, fils d’un araméen redevenu hébreux : Abram.
Alors que Rivqah est hébreu, fille d’araméen non redevenu hébreu. Il y a dans l’identité de Rivqah qui est Tsadeket aucune mise en question de son identité de TSadik. Mais elle est tsadeket bat rashâ alors que Isaac est tsadik ben tsadik.
Par conséquent, cet enfant attendu à travers Isaac aurait une identité de Tsadik mais à travers Rivqah aurait une identité de Rashâ. Et on est devant l’impossibilité absolue.
Cet Israël qu’on attend, et Israël va apparaître dans une dialectique de rivalité : entre deux jumeaux qui vont naître pour résoudre la difficulté, Jacob et Esaü, lequel des deux sera Israël ?
L’enfantement de cet Israël qu’on attend a priori est empêché par qu’il risque d’être un « monstre ». Un être à la fois Tsadik et à la fois Rashâ. Je n’ai pas parlé des Juifs ! Une identité impossible : totalement Tsadik par Abraham et totalement Rashâ par Na’hor. Un mixte d’identité.
L’hébreu devenu araméen qui redevient hébreu c’est le Tsadik. Je résume par là toute l’histoire antérieure : les Hébreux étaient dans l’exil de Babel et se sont imprégnés d’une civilisation qui était arrivée à son échec. Abraham avec sa famille sort de cette civilisation, mais une partie de cette famille reste araméenne, c’est Na’hor. Na’hor chez qui on va chercher les perles précieuses qui deviendront les mères d’Israël. Mais la matrice, la souche (l’huître) de ces pierres préciseuse est empoisonnée et la pierre possède encore cette origine, si j’ose dire.
A travers Rivqah, il y a ce risque de la tentation Na’hor.
Je court-circuite tout de suite avec la situation existentielle dans l’histoire : chez les juifs héritiers des Hébreux on retrouve cette ambivalence, cette ambiguïté. Il y a d’une part l’héritage hébraïque qui travaille dans l’espérance messianique, et puis il ya d’autre part la tentation galoutique qui nous vient de Na’hor l’araméen.
Etant donnée cette impossibilité, comment la dépasser ? La stratégie de Dieu va faire deux jumeaux. S’ouvre une compétition pour savoir lequel des deux sera Israël.
Différents plans, différents programmes, différentes espérances dans ce récit:
Vont naître deux êtres, un qui a, d’après le récit, une vocation du monde matériel, et l’autre une vocation du monde spirituel.
Je n’ai pas dit que l’un a une option de Tsadik et l’autre une option de Rashâ, ni qu’à priori de façon prédestinée, Esaü est le Rashâ et Jacob le Tsadik. Ce que nous dis le texte jusque-là n’a rien à voir avec ces considérations. Ce que nous dit le texte c’est que Esaü a choisi ce Monde-ci, et Jacob a choisi le Monde à Venir.
En d’autres termes, Esaü a choisi les realia du monde de l’homme et Jacob a choisi les idealia du monde de l’homme. Esaü a choisi la vie matérielle et Jacob a choisi la vie spirituelle.
C’est cela le problème de l’homme. Je reviens à l’image précédente : un enfant qui serait simultanément totalement Tsadik et totalement Rashâ. D’une certaine manière, tout homme est dans ce cas, tout homme dispose d’un instinct du bien et d’un instinct du mal. De manière diluée, tout homme pourrait représenter ce modèle Israël dans sa difficulté avant d’être résolue dans le projet de la naissance : Tsadik par Isaac fils d’Abraham et R Erasha par Rivqah soeur de Lavan fils de Haran de Padan Aram l’araméen…
Nous avons donc deux sujets humains en présence. Les deux pourraient ëtre tsadik et les deux pourraient être rasha. Ce qui est arrivé, c’est que Esaü, l’homme de la vocation matérielle est devenu Rashâ de sa propre vocation et que Jacob l’homme de la vocation spirituelle est devenu Tsadik de sa propre vocation.
Voilà l’histoire qui nous est racontée.
Je reprends depuis le début ce point-là : ce n’est pas de façon prédéterminée que Esaü en tant qu’homme de la vocation matérielle devait devenir Rashâ, et que Jacob en tant qu’homme de la vocation spirituelle devait devenir Tsadik. Et nous nous appuierons sur Rashi tout à l’heure
Les deux sont donnés à une des deux tâches de l’homme : Dieu a créé l’homme pour résoudre deux tâches incompatible et contradictoires : réussir la vie matérielle et réussir la vie spirituelle. Il faut réussir les deux.
Je vous donne un des schéma du Midrash : pour aller au Olam Haba qui est l’essentiel, il faut passer par ce Monde-Ci. Par conséquent, si on échoue dans ce Monde-ci on ne peut pas aller au OlamHaba. Il faut que les tâches de ce Monde-ci réussisent pour qu’il y ait quelque part où préparer le mérite d’aller dans le Monde à venir. Et si on ne réussit pas ce Monde-ci on perd les deux.
On est habitué à l’idée que les tâches matérielles rendent Rashâ et que les tâches spirituelles rendent Tsadik.
L’immense majorité des hommes qui se sont occupés des tâches de l’esprit, sont devenus des Reshayim. Il ne suffit pas de s’occuper des choses de l’esprit pour être un Tsadik.
Je pense aux prêtres de l’inquisition : homme de religion, de l’esprit et qui sont devenus les plus grands Réshayim que la terre ait porté. Idem avec les khoménistes en Iran.
De la même manière, être occupé aux choses matérielles ce n’est pas du tout être donné à l’impureté de la matière et que cela. Par exemple, les inventeurs de l’aspirine ont fait plus de bien à l’humanité que quantité de discours moralistes à traves les siècles.
Un personnage biblique démontre que l’on peut être voué aux tâches matérielles tout en étant Tsadik. C’est Joseph : le Tsadik voué aux tâches de la matière. Restant Tsadik et devenant le modéle du Tsadik. De tous les personnage de l’histoire d’Abraham c’est le seul auquel la tradition ajoute le qualificatif de Tsadik : Yossef hatsadik.
Voilà comment les choses se mettent en place. Vous suivrez le récit de la manière suivante : le plan de Isaac était que les frères allaient s’allier et collaborer pour résoudre les problèmes à résoudre dans le monde. Esaü doit, et il en est capable, être l’homme de la matiére et il partagera la bénédiction matériel avec Jacob qui est l’homme de l’esprit. Et Jacob homme de l’esprit partagera la bénédiction spirituel avec Esaü. S’il y a fraternité entre les frères, alors le problème est résolu.
Cette impossibilité pour un seul homme de réussir à la fois les tâches matérielles et les tâches spirituelles et résolue en deux types humains voués aux deux domaines mais il faut que les deux soient tsadikim de sa propre vocation. C’était le plan de Isaac.
C’est la raison pour laquelle Isaac a un projet duquel il ne dévie pas : donner la bénédiction matérielle à Esaü et la bénédiction spirituelle à Jacob.
Deux bénédictions différentes:
Il faut bien comprendre dans cette parashah qu’il y a deux bénédictions en jeu. La bénédiction matérielle qui était destinée à Esaü et que Jacob va recevoir lorsqu’Esaü sera disqualifié même de la vocation matérielle, mais d’autre part la bénédiction spirituelle d’Abraham qui elle en tous les cas était réservée à Jacob car elle ne peut être donnée qu’à celui qui ne prend pas femme dans le pays de Cannaan. Alors que Esaü ayant pris femme dans le pays de Canaan s’était disqualifé de la bénédiction d’Abraham, mais il gardait le droit à la bénédiction de Isaac qui était la bénédicton matérielle.
Référence de ces deux bénédictions différentes :
Au chapitre 27 verset 28 se trouve l’intitulé de la bénédiction matérielle, celle que Isaac voulait donner à priori à Esaü. La difficulté c’est qu’on apprend entretemps que Esaü avait méprisé le droit d’aînesse, et l’avait vendu à Jacob. Par conséquent, on ne comprendrait pas pourquoi Isaac, alors que Esaü a cédé le droit d’aînesse à Jacob, continue à vouloir donner la bénédiction matérielle à Esaü ?
C’est que quoiqu’il en soi puisqu’Esaü est l’homme de la vocation matérielle, il y réussira, il faut donc le bénir de la bénédiction matérielle et il partagera avec son frère.
Nous verons ce que savait Rivqah et qui rendait ce plan impraticable.
Verset 28 du chapitre 27 :
וְיִתֶּן-לְךָ, הָאֱלֹהִים, מִטַּל הַשָּׁמַיִם, וּמִשְׁמַנֵּי הָאָרֶץ–וְרֹב דָּגָן, וְתִירֹשׁ
Veyiten-lekha ha’Elohim
Et que Dieu te donne
mital hashamayim oumishmaney ha’arets
de la rosée du ciel et des graisses de la terre
verov dagan vetirosh
et abondance de blé et de grains.
יַעַבְדוּךָ עַמִּים, וישתחו (וְיִשְׁתַּחֲווּ) לְךָ לְאֻמִּים–הֱוֵה גְבִיר לְאַחֶיךָ, וְיִשְׁתַּחֲווּ לְךָ בְּנֵי אִמֶּךָ; אֹרְרֶיךָ אָרוּר, וּמְבָרְכֶיךָ בָּרוּךְ
Ya’avdukha amim veyishtachavu lecha le’oumim
Que les peuples te servent et que les nations se prosternent devant toi
heveh gevir léa’hekha
sois le noble de tes frères
veyishtakhavou lekha beney imekha
et se prosterneront devant toi les fils de ta mère
orereykha arour.
Ce qui te maudissent (Je) maudis
oumevarakhekha baroukh
et ceux qui te bénissent (Je) bénis.
Voilà la bénédiction de ce monde-ci que Essav devait recevoir dans le plan d’Its’haq.
Alors que l’autre bénédiction, cellle qui dans tous les cas était réservée à Jacob se trouve dans le chapitre 28 verset 1 :
וַיִּקְרָא יִצְחָק אֶל-יַעֲקֹב, וַיְבָרֶךְ אֹתוֹ; וַיְצַוֵּהוּ וַיֹּאמֶר לוֹ, לֹא-תִקַּח אִשָּׁה מִבְּנוֹת כְּנָעַן.
Vayikra Yitschak el-Ya’akov vayevarekh oto
Et Isaac appela Jacob et le bénit
vayetsavehou vayomer lo
il lui ordonna et lui dit
lo-tikach ishah mibenot Kena’an.
Tu ne prendras pas de femme parmi les filles de Cannaan.
Canaan est la civilisation échouée, Israël se prépare pour la remplacer. Si avant que Israël ne soit constitué il y a mariage avec les filles de Canaan, alors il y a une matrice encore monstrueuse qui apparaitrait, qui ne serait ni Israël ni Canaan.
A partir du moment où l’entité Israël existe, alors il peut y avoir des femmes de peuples étrangers entrant en Israël. Le cas des Cananéennes étant un cas particulier. Il y avait des Tsadik parmi les Cananéens. Il y avait un processus historique par lequel les tsadikim pouvaient revenir à Israël par la suite. En particulier Yehoudah va d’abord épouser Bat Shourah Kenaani dans une famille des Tsadikim de Kenaan.
28:2:
קוּם לֵךְ פַּדֶּנָה אֲרָם, בֵּיתָה בְתוּאֵל אֲבִי אִמֶּךָ; וְקַח-לְךָ מִשָּׁם אִשָּׁה, מִבְּנוֹת לָבָן אֲחִי אִמֶּךָ.
Koum lekh Padenah Aram
Va à Padan Aram
beytah Vetu’el avi imecha
dans la maison de Betouel père de ta mére
vekach-lecha misham ishah
et prend pour toi là-bas une femme
mibenot Lavan a’hi imekha
des filles de Laban frère de ta mère.
28:3:
וְאֵל שַׁדַּי יְבָרֵךְ אֹתְךָ, וְיַפְרְךָ וְיַרְבֶּךָ; וְהָיִיתָ, לִקְהַל עַמִּים.
Ve’El Shaday yevarekh otkha
Et le Dieu Tout-puissant te bénira
veyafrecha veyarbecha
te fructifiera et te multipliera
vehayita leqehal amim.
Et tu sera une assemblée de peuples.
28:4:
וְיִתֶּן-לְךָ אֶת-בִּרְכַּת אַבְרָהָם, לְךָ וּלְזַרְעֲךָ אִתָּךְ–לְרִשְׁתְּךָ אֶת-אֶרֶץ מְגֻרֶיךָ, אֲשֶׁר-נָתַן אֱלֹהִים לְאַבְרָהָם.
Veyiten-lekha et-birkat Avraham
Et il te donnera la bénédiction d’Abraham
lekha oulezar’acha itakh
à toi et à ta postérité après toi
lerishtekha et-erets megoureykha
afin que tu hérites su pays de tes pérégrinations
asher-natan Elohim le-Avraham.
Que Dieu a donné à Abraham
C’est clair : il y a deux bénédiction différentes, l’une qui devait aller à Esaü – la bénédiction des biens matériels – et l’autre qui devait aller à Jacob – la bénédiction d’Abraham pour qui deviendrait Israël.
Plan de Isaac
Le plan de Isaac est le suivant : Esaü va fonder la civilisation matérielle Jacob va fonder la civilisation spirituelle. Il y aura alliance des deux et à eux deux ils sauveront le monde.
Ce qui est arrivé, c’est que Esaü est devenu un Rashâ de sa propre vocation et que Jacob est devenu un Tsadik de sa propre vocation, et qu’il ne pouvait pas y avoir d’amour entre eux. La mère savait. Rivqah savait que les frères ne s’aiment pas. C’est pourquoi elle intervient : sachant que les frères ne s’aiment pas, elle savait qu’ils ne partageraient pas et donc que le monde était perdu. Et elle se dit : pourquoi perdre les deux à la fois ?
Stratégie de Rivqah
Voilà alors la stratégie de Rivqah parce qu’il n’y a que 4 possibilités.
Ou bien c’est Esaü qui deviendra Israël. Cela signifie que l’homme de la matière va aussi prendre en charge les tâches spirituelles. Ce sera un échec. Et l’histoire de la civilisation montre que lorsque l’homme de la matière prend en charge les choses de l’esprit c’est un échec. Lorsqu’on s’occupe des tâches de la vie spirituelle avec les règles qui président aux lois et phénoménes matériels on aboutit à un échec : on met l’impersonnel là où il doit y avoir le sujet personnel. On met le déterminé là où il doit y avoir la liberté, on met la quantité là où il doit y avoir la qualité…
Lorsqu’on traite l’âme humaine par la méthode expérimentale qui doit s’occuper des objets on transforme le sujet en objet. C’est le drame de la civilisation occidentale en tout cas sa tension, on s’occupe du phénomène humain avec les méthodes qui sont légitimes pour s’occuper des phénomènes objets, impersonnels, matériels et déterminés.
Et la mentalité de l’université occidentale consiste à projetter sur le sujet humain les méthodes de l’objet. Quand Esaü prend la voix de Jacob, c’est le court-circuit. Un prêtre chrétien lisant la bible, c’est Esaü prenant la voix de Jacob.
Le premier profil est terrifiant : c’est l’homme de la matière introduisant la mort dans la vie de l’esprit. Et c’est le drame de la conscience chrétienne. Il parle d’un Dieu vivant en termes mortifères. Ils ont fait une liturgie de la mort sur le Dieu vivant. Dans l’Eglise : lieu d’adoration de la mort, au nom de la résurrection. La synagogue c’est plus vivant qu’un souk. C’est ce drame de l’homme de la matière qui s’occupe des choses de l’esprit : il introduit la mort dans la vie, la matière dans l’esprit. C’est la première éventualité.
Rivqah veut empêcher cela : si la bénédiction matérielle va à Esaü, il arrivera en fin de compte que Rome va se prendre pour Jérusalem. Et c’est ce qui est arrivé.
Remarquez que nous sommes contemporains des changements. Le latin a été abandonné par les chrétiens sauf les mots hébreux qu’il y a dedans: amen, allélouyah…
La deuxième figure que Rivqah va imposer c’est que l’homme de l’esprit soit aussi chargé des tâches de la matière. Lorsque c’est le cas, il les transfigure, les illumine, les sublime. Je crois que dans l’histoire, on se rapproche de ‘Hanoukah : ce sont les Grecs et les Judéens. Lorsque les Judéens s’occupent des problèmes des Grecs, ils deviennent prix nobel. Le problème des Grecs c’est la mathématique. Lorsqu’un juif s’occupe de mathématique, il peut devenir physicien. Les Juifs peuvent donner un coup de main aux Grecs dans leurs problèmes, et en plus la maniére dont ils s’en occupent apportent finalement quelque chose que les Grecs ne pouvaient pas y mettre. Ce que Pascal appelerait « un esprit de finesse spirituel ». Quelque chose de différent du déterminisme hellénistique.
A l’inverse quans le Grec s’occupe du problème du Judéen c’est-à-dire la prophétie hébraïque, alors il en sort la vie transformée en mort. Ce que les Grecs ont tenté de faire en faisant de la Bible un des livres de la religion universelle. En mettant la bible dans la série des cathéchismes des religions humaines.
On voit donc la différence des deux plans : le rêve d’Isaac et l’intervention de Rivqah.
Le rêve d’Isaac : donner la bénédiction matérielle à Esaü pour qu’il partage avec Jacob, donner la bénédiction spirituelle avec Jacob et il partagera avec Esaü.
Rivqah sait que cela ne marchera pas allors elle intervient et elle impose à Jacob la bénédiction d’Esaü. J’ai bien dit « elle impose », plusieurs texte montrent cela. Jacob dit : « ce n’est pas pour moi ». Jacob comme Jacob a peur des tâches d’Esaü.
Parshat Vayetseh, lorsque Jacob a la vision des anges à BeitLe’hem et qu’il se réveille le matin il fait un voeu : « si Dieu me donne du pain pour manger et un vêtement pour m’habiller il sera mon Dieu et je serai à son service».
Il vient de quitter cette scène où il a reçu la mission d’Esaü. Ce voeu est celui de la privation. Ce n’est pas qu’il émet comme condition que Dieu lui donne du pain et un vêtement pour être son serviteur. C’est l’inverse, il vient de recevoir la bénédiction de la richesse matérielle et il n’en veut pas, il en a peur. Ce n’est pas pour lui. Il risque d’être compromis dans les tâches de la matière. Alors il dit à Dieu : je veux du pain pour manger et un vêtement pour m’habiller – c’est un Néder, un voeu de privation – et je serais ton serviteur.
Le Midrash interroge : est-ce que le pain n’est pas fait pour manger et le vêtement pour s’habiller ? Que signifie cette formule ? Réponse : « Je ne veux pas du pain et que j’ai à le vendre pour acheter un vêtement. Je ne veux pas du vêtement et que j’ai à le vendre pour m’acheter du pain. Je ne veux pas du commerce ! » Même cela il ne le voulait pas jacob. Vous voyez quel juif c’est !
C’est cette terreur de la vie matérielle, de l’insertion dans la cité, Jacob est le moine juif, le Barour Yéshivah authentique. Celui qui a pour option de ne pas s’occuper de ce monde-ci. Il s’occupe de son livre, le reste ce n’est pas pour lui. Ce n’est pas un barour yeshivah qui fait du traffic.
Ce Jacob-là, l’homme de vocation spirituelle exclusive ce n’est pas encore Israël.
C’est là le fond du véritable problème : c’est Israël qu’on attend et non pas un Esaü (que la banque) ou un Jacob (que le livre). On attend un type d’homme qui sera capable des deux vocations et Jacob seul peut le devenir. Si Esaü le devient c’est Rome, si Jacob le devient c’est Israël. Un type d’homme qui sera capable et des tâches matérielles et des tâches spirituelles. Quand Jacob prend sur lui les tâches d’Esaü en plus des siennes, les deux étant cachères, alors on a Israël.
Nous avons donc les 4 types humains :
– Esaü qui ne serait qu’Esaü : c’est le païen, l’homme de la matière. Esäu qui n’est que rouge. Le matérialiste historique
– Jacob l’homme de l’esprit qui n’est que l’esprit. Le problème À résoudre reste irrésolu.
– Esaü qui se prend pour Jacob, la figure du chrétien.
– Jacob qui prend aussi les tâches d’Esaü, et cela devient Israël
Nous avons là une grille qui nous décrit l’histoire d’Israël. Il y a une phase très difficile : c’est le conflit entre Jacob et Israël. Le conflit entre ce Jacob qui seul peut devenir Israël mais qui a peur de le devenir.
Résumé :
Il y a une identité apparement impossible à engendrer : l’identité d’Israël. Elle porte en elle un problème apparemment contradictoire et incompatible : résoudre simultanément les tâches matérielles et les tâches spirituelles. Et pour cela, elle a besoin d’avoir la double origine hébraïque d’Abraham et araméenne de Na’hor [l’hébreu au courant des méthodes de la civilisation, le juif de la Galout. Na’hor est l’hébreu de Babel qui reste à Babel]. Et voilà que ce qui va naître ce sont 2 jumeaux qui vont être en compétition dans l’histoire. Les deux veulent être Israël. Il va donc y avoir deux Israël radicalement différents : un Israël d’Esaü qui serait Israël c’est la matière s’arrogeant les tâches de l’esprit. Et nous avons l’exemple de Rome. Ou un Jacob qui serait Israël et nous avons l’exemple d’Israël. Seuls les Juifs peuvent devenir Israël. Mais si les Juifs restent juifs et ont peur de devenir Israël c’est l’échec.
Je voulais identifier les personnages :
=> Esaü qui ne serait qu’Esaü : c’est l’homme de la matière, le Goï de la Rome païenne.
=> Esaü qui se prendrait pour Israël, c’est la Rome chrétienne.
=> Jacob qui ne serait que Jacob, c’est le Juif de ghetto.
=> Jacob qui devient Israël, c’est Israel. Israël prenant en main les tâches de la cité.
Actuellement nous vivons le conflit entre Jacob et Israël. Il y a un parasitisme d’Israël par Jacob.
***
Q : Vous avez dit que le risque du monstre naissant de Rivcah c’est en raison de l’origine araméenne de Rivcah, le risque du rashä totalement Rashä. Et la maniére pour résoudre ce problème serait auniveau de Dieu de faire naître deux êtres. Je ne vois pas en quoi faire naitre ces deux êtres qui peuvent être tous deux des Tsadikim résoud le problème du Tsadik-Rashâ puisque la solution que vous avez donné est une solution matérielle spirituelle mais ce n’est pas la solution du Tsadik-Rashâ ?
R : Effectivement, il y a deux plans parallèles qui risquent de s’amalgamer : Tsadik-Rashâ et matériel-spirituel. Je voudrais prendre une analayse de ce parallèle: dans chacune des 2 vocations je peux être Tsadik ou Rashâ. C’est-à-dire que dans la vocation matérielle on peut être Tsadik et dans la vocation matérielle on peut être Rashâ. C’est une illusion de croire que la vocation matérielle fatalement mène à être Rashâ. Il y a des hommes de la matière Tsadikim avec des Baal Midot extraordinaires. Inversément dans la vocation de l’esprit on peut être Tsadik ou Rashâ.
Le fait que l’araméen puisse devenir Tsadik en redevenant hébreu c’est Abraham lui-même. Il était d’abord araméen à l’indice Abram et a fait l’effort de se réengendrer en tant qu’hébreu Abraham. N’importe quel Na’hor pourrait redevenir Abraham, puisque Abram était aussi à ce niveau-là en tant que Abram redevenu Abraham. La preuve c’est qu’un Esaü Tsadik cela a existé dans notre histoire, c’est Joseph. C’est pourquoi le Midrash va désigner Jospeh comme « Sitno shel Essav » l’antagonise d’Esaü. Esäu sera vaincu par Joseph qui est un Esaü Tsadik, seul capable de vaincre le Esaü rasha.
J’ouvre une parenthèse : Un couple de ‘hakhamim dans le Talmud est celui de rabbi Yo’hanan et Reish Laqish. Ce dernier était le chef d’une bande de brigands.
Face C
Dès qu’un Rasha avait une affaire, on envoyait Reish Laqish car Rabi Yo’hanan pouvait être dupé car il ne savait pas ce que signifiait être Rashâ… De la même manière, c’est Joseph que l’on envoit à Esaü. Parce que Esaü peut mettre dans sa poche n’importe quel Judah, tandis que Joseph il n’y peut rien.
Le rêve de Isaac, le plan de Isaac, c’est que si il y a amour entre les deux frères, alors l’antagonisme entre les deux vocations disparait.
C’est cela qui a manqué. Voilà l’élément qu’il faut ajoute pour résoudre le problème de cette équation. Il y a d’ailleurs à l’intérieur de la famille de Jacob, le couple Zévoulon et Issakhar qui ont la même alliance de partage entre la vocation du commerce et la vocation de l’étude. Et ils partageaient.
Voilà donc quel est le problème :
Il ne peut y avoir vraiment réconciliation entre les deux que s’il y a amour entre Jacob et Esaü, et Esaü et Jacob. Que Esaü n’aime pas Jacob on le comprend : c’est difficile pour une Rashâ d’aimer un Tsadik. Mais le drame c’est que Jacob n’aimait pas Esaü !
On pourrait comprendre qu’un Tsadik n’aime pas un Rashâ. Tant que le Tsadik ne peut pas surmonter cette impossibilité, le Rashâ ne peut pas non plus le faire. C’est-à-dire que l’identité Israël dépasse et bouscule cette impossibilité Esaü-Jacob. Israël est capable d’être Esaü-Tsadik et il est capable d’être Jacob-Tsadik. Nous sentons dans la société israélienne ces types apparaître là.
Ces 4 types que nous avons autour de nous. Et ils sont très différents.
Je voudrais revenir sur ce point en vous lisant un verset.
Verset 41 du chapitre 27 :
Lorsque Rivqah apprend qu’Esaü ne peut pas aimer Jacob, nous allons voir comment est motivée cette haine de Esaü contre Jacob.
וַיִּשְׂטֹם עֵשָׂו, אֶת-יַעֲקֹב, עַל-הַבְּרָכָה, אֲשֶׁר בֵּרְכוֹ אָבִיו; וַיֹּאמֶר עֵשָׂו בְּלִבּוֹ, יִקְרְבוּ יְמֵי אֵבֶל אָבִי, וְאַהַרְגָה, אֶת-יַעֲקֹב אָחִי.
Vayistom Essav et-Ya’akov
Et Essav haït Jacob
al-habrakhah
à cause de la bénédiction
asher berakho aviv
dont son père l’avait bénit.
L’échec apparent serait que Esaü haït Jacob à cause de la bénédiction dont son père Isaac a béni Jacob. Mais le texte dit que Esaü a haï Jacob à cause de la bénédiction dont Isaac son père l’a béni lui Esaü. Il a une tragédie : il est béni par la bénédiction de l’épée !
Verset 40:
וְעַל-חַרְבְּךָ תִחְיֶה
Ve’al-‘harbekha ti’hyeh
De ton épée tu vivras…
Voilà à quoi il est voué : la fabrique des armes.
Imaginez cette civilisation qui a pour religion la religion d’amour – la civilisation d’Esaü qui se prend pour Israël – et dont toute l´économie tourne autour de la fabrique des armes. C’est un drame épouvantable ! Nous n’osons pas parler de cela aux prêtres et curés lorsque nous sommes en colloques parce qu’on ne veut pas leur faire honte. Imaginez une civilisation pareille dont l’industrie tourne avec pour objectif d’armer les peuples les uns contre les autres pour se faire massacrer. C’est ce qui se passe en Occident qui a porté l’armement à un point tel que pour des raisons économiques il faut des guerres. La planète entière s’entretue avec les armes occidentales. Cela provient directement des Romains et de la Pax Romana.
Esaü haït Jacob pour sa propre part à lui qui est l’épée alors que Jacob lui c’est le livre.
C’est l’incapacité d’amour réciproque. Il y a cependant des signes qui montrent que peut-être…
J’ai donné une fois comme image entre Jacob et Esaü les 2 mains : la main droite et la main gauche ne peuvent absolument pas coïncider. Il faudrait que l’une rentre dans la 4ème dimension et sorte dans la troisièm, ce n’est pas possible. Ce qu’il faut faire c’est les faire s’étreindre. Je ne sais pas quand cela arrivera mais il faudrait qu’il y ait des raisons qui fassent que Esaü aime Jacob et Jacob aime Esaü. Ça c’est le niveau Israël. Je vous laisse le soin de le comprendre par vous-même. Parce que Jacob ne peut pas aimer Esaü. Et Esaü ne pas aimer Jacob.
Comment voulez-vous qu’un Tsadik aime un Rashâ ? ce n’est pas possible.
Et comment voulez/vous qu’un Rasha aime un Tsadik ? ce n’est pas possible.
Par définition le Rashâ a la haine du Tsadik parce que à côté du Tsadik un Rashâ est vraiment Rashâ, c’est à cause du Tsadik qu’il est Rashâ.
Je vous fais une analyse très brève, l’analyse sociologique de l’anticléricalisme. C’est quelque chose de très analogue à l’antisémitisme.
En société goy on haït les prêtre. Pourquoi ? Parce que à côté d’un prêtre on se sent Goï. Et c’est la même chose que l’antisémitisme. Ce n’est pas la mëme chose mais c’est très parallèle.
Lorsque le Tsadik apparait il disqualifie l’autre qui a la haine de celui qui l’a disqualifié.
Il y a dans le récit biblique l’épisode de la révolte de Qora’h contre Mosheh : Mosheh demande le jugement de Dieu et le peuple entier se révolte contre Mosheh : tu veux notre mort à tous ? le peuple entier voit bien que Moïse a raison puisque Dieu intervient pour Moïse. C’est justement parce que Moïse a raison que les autres vont mourir. Alors il y a la haine de Moïse parce que Moïse a raison. Si Moïse a raison les autres ont tort. Mais à côté de Moïse qui peut avoir raison contr elui ? Tout le monde a tort ! Donc c’est Moïse qui est la cause qu’on a tort…
Vous voyez comment cela marche ? C’est exactement le même problème.
Lorsqu’Esaü s’aperçoit que Jacob a le livre et lui une épée, il a beau se fabriquer une croix dont il se sert comme épée, il ne peut que haïr celui à cause de qui il est comme il est. Il y a une haine du juif chez le chrétien chrétien. Je l’ai remarqué parce que les chrétiens qui aiment les Juifs savent qu’ils sont moins chrétiens que les chrétiens qui haïssent les Juifs. Ils ont un doute dans leur christianisme. C’est ce qui est en train de se faire : il n’y a que des chrétiens déchristianisés qui peuvent aovir le courage d’aimer les Juifs, parce qu’imaginez ce que peut vouloir dire dans la conscience du chrétien d’avoir tué leur Dieu ! Cela rend les gens fous des idées pareilles. Tant que ce mythe travaillera, les Juifs seront en dangers. Même en comprenant intellectuellement que c’est une aberration, il n’en reste pas moins qu’affectivement, cela déclenche des passions dévastatrices : Dieu est mort par la faute des Juifs…
Verset 41 :
וַיִּשְׂטֹם עֵשָׂו, אֶת-יַעֲקֹב, עַל-הַבְּרָכָה, אֲשֶׁר בֵּרְכוֹ אָבִיו; וַיֹּאמֶר עֵשָׂו בְּלִבּוֹ, יִקְרְבוּ יְמֵי אֵבֶל אָבִי, וְאַהַרְגָה, אֶת-יַעֲקֹב אָחִי.
Vayistom Esav et-Ya’akov al-habrakhah asher berakho aviv
Et Esaü haï Jacob à cause de la bénédiction dont son pére l’avait béni (lui)
vayomer Esav belibo
Et Essav dit en son coeur
yikrevou yemey evel avi
les jours de deuil de mon père s’approcheront
ve’ahargah et-Ya’akov a’hi.
Et je tuerais Jacob mon frère.
Cela veut dire que tant que Isaac est vivant, Esaü ne peut rien contre Jacob. C’est ce qui a joué dans l’histoire. Tant que Isaac est vivant, Esaü ne peut rien contre Jacob
Je vous décrypte ça :
Dans la typologie des communautés juives à travers l’histoire, il est bien évident que nous avons vécu deux rivalités celle d’Ishmaël et celle d’Esaü.
Or, la rivalié d’Ishmaël a été vécue par les Juifs qui ont vécus chez Ishmaël : les Séfardim.
Et la rivalité d’Esaü a été vécue par les Juifs ayant vécu chez Esaü, ce sont les Ashkénazim.
Les Ashkénazim sont les Juifs du monde d’Esaü, et les Séfardim sont les Jufs du monde d’Ishmaël. Ensuite il y a eu des voyage des mélanges…etc.
Dans le monde chrétien, le juif a eté interpellé sur un problème d’identité : le chrétien disputait au juif le fait d’être Israël. Le juif ashkénaze était interpellé par cette revendication. Ce n’a jamais été le cas du juif séfarade. Pour lui la rivalité porte sur la terre. C’est un tout autre problème.
La relation au monde extérieur est très différente chez l’ashkénazi ou chez le séfardi. La relation au monde extérieur de l’ashkénazi est une relation kafkaïenne. Le Goy de l’ashkénaze, le chrétien, lui dit : toi c’est moi !
Alors que le problème chez le séfarade est différent. C’est pourquoi la relation au monde extérieur est beaucoup plus aisée, moins ambigüe, chez un séfardi. Le goy du séfardi c’est l’autre croyant qui ne se prend pas pour moi. Tandis que le goy chez l’ashkénazi c’est celui qui se prend pour moi.
Un phénomène comme Kafka ne peut pas être Séfarade. Et dès qu’un séfardi vit en atmosphère ashkénaze, il devient Kafka. Regardez Memmi par exemple. Mizrari un peu moins je dois dire, parce qu’il est plus sioniste que Memmi. Mais en fin ce sont deux types de Séfardim qui fonctionnent à l’ashkénaze, et alors ils deviennent Kafka. Le problème de Kafka c’est cela : le fait qu’il est dans une cité étrangère où l’on se prend pour lui. Cela rend fou complétement.
J’ai étudié la différence de chant ashkénaze et séfardite. Les mélodies traditionnelles sont les mêmes à l’origine. L’une devient mineure et l’autre devient majeure et réciproquement à travers des siècles et des siècles. Mais les mélodies traditionnnelles, par exemple la lecture de la Haftarah surtout, à l’origine c’est les mêmes. Un jour je vous ferais écouter le chant lituanien de la Haftara et le chant algérien de la Haftara et vous verrez à quel point c’est la même mélodie dans deux registres différents. Il n’en reste pas moins que indépendament de l’influence du paysage musical extérieur, le chant ashkénaze traditionnel est un chant angoissé, alors que le chant sefarade traditonnel est un chant nostalgique. C’est très différent.
Cela veut dire que les Séfardim ont vécu l’histoire d’Isaac chez Ishmaël : leur problème n’est pas le même que le problème de Jacob chez Esaü.
On apprend du verset que Esaü ne peut rien contre Jacob tant que Isaac est vivant.
« Et Essav dit en son coeur
les jours de deuil de mon père s’approcheront
Et je tuerais Jacob mon frère ».
Or qu’est-ce qui est arrivé dans le monde Ashkénaze ? Dans le monde Askénaze il est arrivé une érosion de l’identité religieuse par le christianisme, et c’est la Kaballe qui est venue à l’aide des Ahkenazim. Or la kaballe est venue des Séfardim.
Inversément, le problème du conflit entre Isaac et Ishmaël porte sur la terre et pas sur le ciel.
Or, Tsahal est ashkénaze. Les soldats sont bien entendu aussi Séfardim. Mais qui a fondé l’Etat d’Israël ? Ce sont les Ashkénazim ! C’est dire que ce sont les Ahkénazim qui ont rendu à Isaac (Séfardim) la terre que Ishmaël lui dispute. Les Séfardim n’ont jamais quitté Israël mais étaient en ghetto chez les musulmans. Lorsque les Ashkénazim sont arrivés on a eu un état.
C’est-à-dire que Jacob vient au secours d’Isaac contre Ishmaël et Isaac vient au secours de Jacob contre Esaü. C’est ce qui est arrivé.
Et avec une espèce de clin d’oeil de la providence, celui qui a mis fin à l’orgueil des chrétiens contre les juifs, c’est un certain Isaac ! Jules en plus !
C’est Isaac Jules qui revient pour vérifier l’affirmation biblique si Esaü avait haï Jacob…
Dans l’histoire des rapports de ces deux ensembles, l’oeuvre de Jules Isaac c’est la charnière. C’est au moment des 11 points de Sélinsberg qui a pratiqué Vatican 2, l’enseignement du mépris, tout cela. Un historien juif avec la coïcidence de ce nom Jules Isaac.
Nous l’avons dans le Midrash : Jacob aide Isaac contre Ishmaël, et Isaac aide Jacob contre Esaü.
Il n’y a aucune tradition ashkénaze de la controverse avec les chrétiens. Toutes les traditions de la controverse avec les chrétiens sont séfarades. Parce que les séfarades vivent décomplexés vis-à-vis des chrétiens : le goy du séfarade c’est le musulman. Et il rencontre cet exotique du nord qui se prend pour Israël. Alors imaginez la décontraction. Tandis que l’ashkénaze, vivant en monde chrétien, est interpellé par une question d’identité. Question qui n’effleure pas le juif séfarade. Il y a un tabou dans la tradition ashkénaze : on ne parle pas avec les chrétiens. Il y a un tabou, on en parle pas de Jésus ni des chrétiens, ni de leur théologie…etc. Maintenant ils sont habitués, il y a maintenant des ashkénazes dans le dialogue judéo-chrétien. En Israël cela ne préoccupe ni les uns ni les autres.
Q: Jacob n’aurait pas pu devenir Israël s’il n’avait pas été confronté à Essav, donc il y a quand même dans ce monde une interrogation : pourquoi cette nécessité de passer par le mal pour aboutir à quelque chose de bon ? n’est-ce pas une imperfection du monde de passer par des scénarios de ce genre ?
R: Non, c’est exactement cela, ce monde-ci. Tu es en train de découvrir que nous sommes dans un monde embryonnaire. Il faut naître. Il faut engendrer le fils de l’homme. Nous sommes dans un monde où nous avons un apprentissage à faire, nous avons une preuve expérimentale à faire, nous sommes dans un monde qui est fabriqué de bien et de mal et nous y sommes mis avec le choix possible. Celui qui va nous invité chez Lui la-haut après veut savoir qui ont est. Alors il nous fait passer des tests. L’objet du test est de savoir si on est capable d’aimer : c’est le test amant.
La question découvre le probléme : Effectivement il y a un scénario qui nous est proposé.
Sefer Tanyah cite un Beraïta qui dit : « quand un enfant va naître un ange lui dit : sois Tsadik et ne sois pas Rashâ » : Tu vas entrer dans un monde où c’est soit l’un soit l’autre et les deux à la fois, alors méfie-toi, en fin de parcours on va te demander ce que tu as été ? Tsadik ou Rashâ ?
Alors effectivement, nous sommes dans un monde où l’enfant qui va naître de Its’haq et de Rivqah doit choisir s’il sera Essav ou Yaaqov.
Face D
Q : Yaaqov est devenu Israël après avoir affronté l’ange et avant d’avoir rencontré Essav ?
R : Oui. Avant d’affronter l’ange il n’était que Jacob. Il est devenu Israël lorsqu’il a fait la preuve d’être plus fort que Esaü.