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29 Mai 2018

SHÉMINI : LA GLOIRE DU SEIGNEUR

INTERVENANT(S) : MICHEL AMRAMMICHEL AMRAM

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Shémini : la gloire du Seigneur

Au huitième jour

Notre parasha débute par le récit de l'inauguration du Mishkan, משכן le Tabernacle, qui est la résidence du Seigneur en ce monde, construit par Moshé, notre maître, et le peuple hébreu, en préfiguration du Temple à Yéroushalayim.

Un an après la sortie de l'exil vécu dans la civilisation de ce temps-là par la famille de nos patriarches, un an après le passage de la Mer de Jonc, le premier jour du mois de Nissan de la deuxième année des pérégrinations au désert, c'est par la génération de la sortie d'Egypte que cette inauguration a lieu, Vayiqra IX, 1 : « Et il arriva au jour, le huitième ויהי ביום השמיני ». Pourquoi « au huitième jour » ? Rashi explique : « Parce qu'il s'agit du lendemain des sept jours de retraite et de préparation pendant lesquels la famille d'Aharon, sous l'égide de Moshé, s'est sanctifiée par les conduites du repentir. Et ce huitième jour est Rosh 'Hodesh, le premier jour de Nissan, la néoménie, où le mishkan est inauguré. C'est ainsi que ce jour a saisi les dix couronnes explicitées dans le Livre Séder 'Olam ».

Le Talmud Méguila 10b compare ce premier jour de Nissan, en valeur et en importance, au jour de la création du monde, à l'aide d'un raisonnement par analogie, guézéra shava גזרה שוה. En effet, notre verset commence par l'expression « Et il arriva » et le verset de Béréshit I, 5, finalise, par la même expression, le jour un de la Création : « ויהי ערב ויהי בוקר יום אחד Et il arriva : le soir, et il arriva : le matin, jour un ». Voici les paroles des Sages du Talmud : « Il est enseigné : Ce jour-là a été pour le Saint, Béni est-Il, un jour de joie comme celui où furent créés les cieux et la terre, car il est écrit ici : il arriva au huitième jour, et il est écrit là-bas : ce fut soir, ce fut matin, jour un ».

Quelles sont ces dix couronnes d'excellence dont est paré, selon Rashi, ce spécifique huitième jour ? Le commentaire Siftei 'Hakhamim sur Rashi, du Rav Shabbetaï Bass de Prague, il y a trois cent cinquante ans, en fournit la liste, sur la base du Talmud Shabat 87b : « Pourquoi la Torah a-t-elle précisée : “et il arriva au jour, le huitième” avec une insistance sur l'article défini, pour ainsi dire que ce jour est déjà connu et identifié ? Parce qu'en ce jour-même eurent lieu, à l'origine, en exclusivité, dix évènements :

1- le premier jour du récit de la Création, au commencement, jour-un,

2- le premier des mois du calendrier hébreu, Nissan, temps de la naissance d'Israël et de sa souveraineté révélée, à partir de la sortie d'Égypte,

3- la première fois que les princes d'Israël, chefs des douze tribus, apportent leurs sacrifices,

4- le premier jour de la consécration des Cohanim,

5- la première fois que les Cohanim agissent au service divin des sacrifices,

6- la première fois que le feu du Seigneur s'élance du ciel pour brûler, sur l'autel, l'holocauste et les graisses des sacrifices,

7- la première fois que les Cohanim se nourrissent de leur portion invariable des sacrifices rémunératoires apportés par les Enfants d'Israël,

8- la première fois qu'est énoncé l'interdit de construire le Temple ailleurs que l'endroit indiqué en Érets Israël par le Seigneur,

9- la première fois que l'évidence de la Shékhina, la présence de Dieu au monde, est fondée en absolu en Israël,

10- la première fois qu'un Cohen Gadol, Aharon, étend ses mains pour bénir Israël ».

Ces dix évènements constitutifs de l'identité hébraïque du peuple de Dieu n'est certes pas fortuite. L'identité de la nation hébraïque se développe, en gradation continue, depuis la création du monde, ce même monde étant reconnu comme créé depuis le début par tout un peuple, jusqu'à ce qu'advienne la bénédiction par Moshé, notre maître, et Aharon, le Cohen, Vayiqra IX, 23 : « Et la gloire du Seigneur se manifesta au peuple entier ». Le peuple tout entier doit se rendre apte dans son action souveraine, tout comme les Cohanim dans leur service divin au mishkan, à prendre dorénavant les responsabilités de l'histoire nouvelle des relations entre Dieu et le monde, histoire qui s'ouvre ce jour-là, précisément, Vayiqra IX, 24 : « Un feu s'élança de devant le Seigneur, et consuma, sur l'autel, l'holocauste et les graisses. À cette vue, tout le peuple jeta des cris de joie, et ils tombèrent sur leur face ».

 

Pour toute création, la joie est présente

Depuis le premier jour du récit de la création du commencement, le projet divin ne concerne plus la seule construction de l'individu, c'est-à-dire les géants de l'esprit que furent nos Patriarches, mais aussi du collectif de la nation, du peuple tout entier. Cela est indiqué par l'inauguration du tabernacle au premier jour du premier des mois où se compte désormais le temps d'Israël, à partir de la sortie d'Égypte, Rosh 'Hodesh Nissan, la néoménie du mois de Nissan. Depuis ce jour, le peuple, tout entier, a choisi que l'organisation intérieure de ses institutions ainsi que son identité nationale coïncident avec la Loi morale.

Rabi Baroukh Epstein, dans son Torah Témima, rapporte, comme déjà indiqué, que le Talmud Méguila 10b compare en valeur et en importance « et il arriva au jour, le huitième »' de notre verset avec le jour un de la création du monde : « Et il fut soir, et il fut matin,- jour un ». En effet, c'est au temps de la génération de Moshé, notre maître, que la Shékhina se trouve proche de la terre comme au temps où furent créés les cieux et la terre.

Rabi Baroukh Epstein élargit, à ce propos, notre compréhension : « Lors de l'inauguration du mishkan, le tabernacle au désert, le Saint, Béni est-Il, a dit : “À mes yeux, il me semble que c'est ce jour-même où J'ai créé Mon monde.” La raison est fournie par le Midrash Béréshit Raba 3 : “Car depuis la création du monde, le Saint, Béni est-Il, a pour désir d'unir Son Nom et Sa sainteté à ce monde par le truchement du mishkan.” C'est par ailleurs ce qu'indique le Talmud Méguila 31b : “Sans le Temple de sainteté, avec son service des sacrifices, les cieux et la terre ne pourraient exister.” Et lorsqu'au huitième jour des préparations et des entraînements au service du culte fut terminée l'érection du mishkan, ce fut comme si la joie de notre Créateur atteignit Son absolu de perfection, comme lorsqu'Il se réjouit, si l'on peut s'exprimer ainsi, à la création des cieux et de la terre.

Tout se passe comme si, à la création du monde, Sa volonté et Sa réflexion interne ne furent dirigées que dans le but du service du culte par les Cohanim au tabernacle. Et par la construction du mishkan, Sa volonté est finalement et objectivement effectuée. Pour indiquer Sa joie pour Son monde, Il a souligné dans la Torah l'équivalence dialectique des mots “Et il arriva” pour ces deux évènements ».

La présence effective de la Shékhina, sa proximité en ce monde, indique la joie de Dieu. Mais l'évidence de cette proximité divine dépend du comportement moral de l'homme. En vérité, Dieu est à la fois loin et proche. Dieu est loin, de Lui à nous, infiniment. Dieu est proche, de nous à Lui, sans aucun intermédiaire et directement, surtout par nos prières, nos actions de bienfaisance et notre étude pugnace du Connaître-Dieu.

La Shékhina est l'évidence de la présence personnelle de Dieu au monde mais elle s'éloigne de ciel en ciel lorsque la situation morale de l'homme se dégrade de Charybde en Scylla, d'écueil en écueil. Lorsque l'état moral de l'homme périclite, le monde est livré aux forces impersonnelles de la nature et l'on dit alors que le monde est l'œuvre du hasard, que le monde est éternel et qu'il n'a jamais été créé, que Dieu c'est la nature : Deus sive Natura, Dieu, c'est-à-dire la Nature, comme l'écrit l'hérétique prince des philosophes, d'origine juive.

La Shékhina approche lorsque l'homme acquiert le mérite d'être par son élévation morale. Tout dépend de l'homme qui active son libre arbitre au diapason de la volonté divine. La condition humaine est de vouloir ce que Dieu veut ; dès lors, sans contrainte, l'homme devient de plus en plus homme. Il veut construire l'être qui peut recevoir un surplus d'Être. La Shékhina s'approche alors de ciel en ciel vers ce monde qu'elle transfigure en Sa résidence et en objet de la joie de Dieu, pour le salut du monde et de toutes les familles de la terre.

Les commandements de la Torah ont pour condition première la joie d'obéir à Dieu. Seulement alors, avec la joie d'obéir à Celui qui octroie la liberté d'être, la Shékhina reflète l'expérience vivante de la proximité divine en dépit de l'éloignement infini absolu. Dans toute mise en pratique du projet de la Loi morale, il y a une approche de la Shékhina. Lorsque toute la nation installée dans toutes ses frontières met en pratique tous les commandements, alors la joie est l'expérience totale de l'être tout entier. La joie n'apparaît que dans l'unité de l'être, au niveau de l'âme lorsqu'elle unifie l'être tout entier, ce que le Rav Kook appelle la qédousha, la sainteté censée être réservée à Israël (Lumières de Sainteté II, p. 283). Le monde où l'homme et Dieu sont présents est le sanctuaire de la joie véritable, ainsi se révèle la gloire du Seigneur.

 

La gloire du Seigneur

La Shékhina atteint alors le paroxysme de son dévoilement, Vayiqra IX, 23 : « Moshé et Aharon entrèrent dans la Tente d'assignation ; ils ressortirent et bénirent le peuple, et la gloire du Seigneur se manifesta au peuple entier ». Rashbam, Rabénou Shmouel fils de Rabi Méir, petit-fils et élève de Rashi, pose la question : « De quelle manière se manifeste la gloire du Seigneur ? Par le verset qui suit : “Un feu s'élança de devant le Seigneur” ». La révélation de l'intervention divine dans le monde, de façon dévoilée, à tout le peuple, s'appelle la gloire du Seigneur. Elle s'est déjà manifestée dans la promesse de Moshé lors de l'épisode des cailles et de la manne, Shemot XVI : « Ce soir vous comprendrez que c'est le Seigneur qui vous a fait sortir d'Égypte. Et au matin, vous verrez la gloire du Seigneur… Ils se tournèrent du côté du désert, et voici que la majesté divine apparut dans le nuage… Les cailles arrivèrent et couvrirent le camp ; et le matin, une couche de rosée s'étendait autour du camp ».

Ramban, Rabi Moshé Ben Na'hman, écrit : « Dans un cas comme dans l'autre, la révélation divine ne communique pas de mitsvah ni de message, mais elle vient récompenser l'accomplissement de Sa volonté, faire savoir que le Seigneur agrée l'action des hommes, tel que David, le roi, demande dans Téhilim XVII, 15 : “Quant à moi, puissé-je, grâce à ma droiture, contempler Ta face et, à mon réveil, me rassasier de Ta vue” ». L'amour du Seigneur se passe d'explication et la Torah n'insiste pas sur ce prodige.

C'est donc le désir de Dieu de retrouver la joie du Créateur et c'est dans cette certitude que résident le salut d'Israël et l'espérance de l'humanité. Rabi Yossef Croll de Londres enseigne qu'Adam, le premier Homme au début de la Création, était empli de la Présence et que toutes les générations sont travaillées par la Présence. Son nom est Adam dont les lettres אדם sont l'acronyme de Adam אדם, David דוד, Mashia'h משיח. De Adam à David, l'humanité a attendu 2854 ans pour commencer la logistique qui aboutira à l'inauguration du Temple construit à Yéroushalyim et de David à nos jours, l'humanité a attendu 2854 ans pour inaugurer le Jour de l'Indépendance de l'État d'Israël, le 5 Iyar 5708 (1948).

 
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