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29 Août 2018

KI TAVO : LE SENS DE NOTRE HISTOIRE

INTERVENANT(S) : MICHEL AMRAM

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La joie d'être en Erets Israël


Devarim, XXVI, 1-3 : « Véhaya : Il arrivera, quand tu seras venu au pays que Hashem ton Dieu te donne en patrimoine, quand tu en auras pris possession et y seras établi, tu prendras des prémices de tous les fruits de la terre récoltés par toi dans le pays que Hashem, ton Dieu, t'aura donné, et tu les placera dans une corbeille ; et tu te rendras à l'endroit que Hashem, ton Dieu, aura choisi pour y faire régner Son Nom. 

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Ki tavo : le sens de notre histoire

La joie d'être en Erets Israël

Devarim, XXVI, 1-3 : « Véhaya : Il arrivera, quand tu seras venu au pays que Hashem ton Dieu te donne en patrimoine, quand tu en auras pris possession et y seras établi, tu prendras des prémices de tous les fruits de la terre récoltés par toi dans le pays que Hashem, ton Dieu, t'aura donné, et tu les placera dans une corbeille ; et tu te rendras à l'endroit que Hashem, ton Dieu, aura choisi pour y faire régner Son Nom. Tu te présenteras au Cohen qui sera en ces jours-là, et tu lui diras : « Je proclame aujourd'hui, devant Hashem ton Dieu, que je suis arrivé au pays que Hachem avait juré à nos pères de nous donner ». Alors le Cohen recevra la corbeille de ta main, et la déposera devant l'autel de Hashem, ton Dieu ». Ces trois versets décrivent la prescription de l'offrande des prémices de la terre apportée devant l'autel de Hashem notre Dieu au 'Hag habikourim, la fête des prémices, Shavou'ot. Il s'agit bien du lien très étroit de ces trois notions :

  1. la révélation de la Torah à Shavou'ot,
  2. l'arrivée au pays donné par Dieu à Israël,
  3. l'offrande des prémices de la terre par le truchement du Cohen.

Trois composantes, trois temps différents :

  1. le temps passé, miraculeux, du don de la Torah révélée. Temps passé mais commémoré chaque année par la Fête de Shavou'ot, au cinquantième jour depuis la Sortie d'Egypte,
  2. le temps présent de la venue sur la terre donnée par Dieu comme promesse aux Patriarches et comme réalisation par l'engagement de leur descendance, au présent et à l'avenir, de nos jours.
  3. le temps cyclique de la terre qui donne avec générosité ses fruits, lorsque son bon peuple Israël y est présent, la travaille et la féconde d'abondance.

C'est la connexion de ces temps noués entre eux qui fait dire par Israël au Cohen de ce temps le rappel de toute l'histoire d'Israël de l'exil en Egypte, depuis le temps de Ya'aqov jusqu'à celui de l'offrande, par la suite des versets. Tout se passe comme si tous les exils ne prenaient fin qu'au moment de l'offrande sur l'autel par le truchement du Cohen de son époque : c'est alors qu'Israël proclame reconnaître Hashem, ton Dieu. Au début, c'est Hashem, ton Dieu, le Dieu du Cohen, et par la suite, dans les versets suivants c'est Hashem, ton Dieu, du peuple tout entier.

Dès lors, le verset débute par le terme Véhaya qui n'est autre qu'une des douze permutations du Nom du Seigneur, Hashem, de quatre lettres, qui signifie la liberté totale dans son absolu de perfection, au-dessus du temps mais intervenant sans cesse dans le temps passé, présent et à venir, Lui, le Saint, Béni est-il, Maître du temps et du lieu. Alors la joie éclate dit Rabi 'Hayim Ben Attar (1696-1743), dans Or Ha'H'aïm : « Il dit véhaya, expression de joie, pour souligner qu'il n'y a de joie qu'en habitant Érets Israël, comme Téhilim, CXXVI, 2, l'affirme : “Quand le Seigneur ramène les captifs de Tsion, nous étions comme dans un rêve. Alors s'emplit notre bouche de chants joyeux et notre langue d'accents d'allégresse” ».

La lettre vav qui inverse, le וו 'conversif'

Rabénou Tsvi Yéhouda Kook enseigne (Rav Shlomo Aviner, Leçons, V, p. 381) : Nos Sages du Talmud Meguila, 10b, disent que c'est une tradition depuis les Anciens de la grande Assemblée : partout où nous trouvons le terme vayéhi, il arriva c'est une expression d'affliction, et partout où nous trouvons le terme véhaya, il arrivera c'est une expression de joie. Cela est une particularité spécifique de notre langue de sainteté, le lashon haqodesh qui se particularise par nombre de qualités spécifiques et parmi elles, celle de l'ordre d'une seule lettre : le vav, וו la sixième lettre de l'alphabet. Certes, le vav peut signifier la conjonction : et, mais surtout il renverse, pas moins que cela, il cause des révolutions. Le vav inverse le passé en futur et le futur en passé : yéhi c'est au futur et vayéhi c'est au passé; haya c'est au passé, véhaya c'est au futur. Ce sont des spécificités de notre langue de la sainteté, la langue originale dont nous sommes les véhicules humains, nous sommes un peuple spécifique doté d'une langue qui exprime la sainteté. Le vav est doté d'une fonction philologique d'inversement.

« Vayéhi, il arriva, expression d'affliction ». Où est la révolution ? Le renversement du futur en passé. Cela aurait pu réussir mais cela a tourné au vinaigre et la promesse de lendemains qui chantent a fait long feu ; tout s'est alors désagrégé dans le passé, à l'indice de l'affliction, en fin de compte. Le monde entier s'attend à un avenir meilleur et cela réjouit les cœurs. Par contre, le passé n'a pas donné ses fruits de bonheur tant espérés à cause d'un hiatus, d'un manque qui a altéré sa vocation et tout est renvoyé au déjà-vu, déjà vécu. Dommage, dommage pour ceux qui ont été perdus.

Les attentes et les projets de notre jeunesse tant peaufinés d'un avenir meilleur sont révolus, condamnés au fiasco, selon l'adage célèbre, Maré hamoussar, 5 : « Le passé n'est plus, le futur n'est pas encore, le présent passe comme un clignement de paupières ». C'est ainsi que nous exprimons les limites de la vie de l'homme. Il y a une situation psychologique où l'homme s'afflige : c'est la vie, le temps passe et ne revient pas, le passé est dépassé, mort, il a été chassé dans les décombres du révolu. Lorsque le vav conversif révolutionne le futur en passé, cela devient du futur avorté. À plus forte raison lorsqu'il s'agit d'un passé par nature révolu et qui est annoncé comme une promesse d'avenir retrouvé. C'est la révolution du passé transfiguré en avenir, depuis les abysses des dessous évanouis jusques aux plus hautes des envolées de l'éternité. L'avenir est plein d'espoir et permet à l'homme de se sublimer. Quand il a la capacité de se projeter dans l'avenir, cela est grâce au vav transformateur divin révolutionnaire. Cette spécificité du lashon haqodesh est de transfigurer le passé des souffrances en avenir chantant des béatitudes, du mal affligeant en futur plein d'allégresse, comme le dit le prophète Yirméyahou, XXXI, 12 : « Je changerai leur deuil en allégresse et en consolation, et Je ferai succéder la joie à la tristesse… Oui, il y a de l'espoir pour ton avenir, dit le Seigneur : tes enfants rentreront dans leur domaine ». Tout ce que la Torah annonce de joies futures et bonheur d'avenir dépend du véhaya de notre verset : « Cela arrivera, lorsque tu seras venu au pays que Hashem ton Dieu te donne » !

Des malédictions en bénédictions

Notre maître Rav Emmanuel Chouchena enseigne : Notre maître, le Grand-Rabbin Touati, sa mémoire est source de bénédiction, dit que c'est fautif de traduire le vav par : et, puisque sa fonction est de convertir et non d'indiquer une liaison, une conséquence ou une addition. Nous comprenons mieux ainsi pourquoi nos Sages de Béréshit Raba, 42, 3 disent que le terme véhaya de notre verset והיה implique un sentiment de joie. Donc, on ne peut traduire et il arrivera, mais il arrivera sûrement, tout court, c'est-à-dire un passé inversé en futur ou un futur converti, car nous voudrions que la joie advienne au futur. Alors que le terme vayéhi ויהי est un futur inversé en passé ou un passé converti par le vav conversif, car nous voudrions que la peine et le chagrin qui pourraient advenir au futur soient relégués au passé. En effet, pour l'hébreu, le passé est à l'indice de l'affliction, vayéhi : cela est raconté comme un échec, une catastrophe, et véhaya, le futur qui est à l'indice de la réussite et annonce la joie.

Mais que dire du terme véhaya qui introduit les menaces qui pourraient s'abattre sur Israël, Devarim XXVIII, 15 : « Et il arrivera si tu n'écoutes pas la voix de Hachem ton Dieu : si tu n'as pas soin d'observer tous Ses préceptes et Ses lois que je te recommande en ce jour, toutes ces malédictions se réaliseront contre toi et seront ton partage » ? Alors que ce terme véhaya devrait introduire la joie, là, a priori, ce verbe ne convient pas puisqu'il annonce une kyrielle de malédictions ? C'est pourquoi les commentateurs expliquent que l'on peut lire, en filigrane, des bénédictions au travers des malédictions. Quand le Talmud Pessa'him, 6b, déclare : אין מוקדם ומאוחר בתורה, il ne faut pas simplement traduire par il n'y a pas d'ordre chronologique dans la Torah, mais la Torah a inversé l'ordre chronologique de l'Écriture pour nous transmettre tel ou tel enseignement. De même nous pouvons tout aussi bien lire les lettres ou les mots du Texte à l'inverse de leur ordre chronologique, sans même tenir compte de leur cantillation.

Ainsi, par extrapolation, nous pourrions appliquer le vav conversif au texte tout entier et non seulement inverser une seule donnée. Par conséquent de cet enseignement du Talmud, cité par le Ramban dans l'introduction à son commentaire sur le Pentateuque, voici un exemple de malédiction qui détient en filigrane une bénédiction, (cela est flagrant dans le texte hébreu mais nous nous contenterons de son adaptation en français), Devarim XXVIII, 31 : « Ton bœuf sera égorgé sous tes yeux, et tu ne mangeras pas de sa chair. Ton âne sera enlevé, toi présent et ne te sera pas rendu. Tes brebis tomberont au pouvoir de tes ennemis, et nul ne prendra parti pour toi ». Ce verset, hormis les signes de cantillation, et lu à l'envers, devient une bénédiction : « On prendra parti pour toi et tes ennemis n'auront rien ; tes brebis t'appartiendront, elles te seront rendues, ton âne ne sera pas enlevé sous tes yeux ; de la chair (de ton bœuf) tu mangeras ; ton bœuf ne sera pas égorgé sous tes yeux ». Dans ce cas, que dire alors du verset de Devarim, VIII, 19 : « Et il arrivera, si jamais tu oublies le Seigneur ton Dieu, si tu t'attaches à des dieux étrangers, que tu les serves et que tu te prosternes devant eux, je vous le déclare en ce jour, vous périrez ! » ? En quoi le terme והיה véhaya introduit-il une bénédiction ? C'est une terrible menace, le texte pris à l'endroit comme à l'envers ! La réponse se trouve chez le prophète Yésha'yahou, XII, 1 : « Tu diras en ce jour : Je te remercie, ô Seigneur d'avoir fait éclater sur moi Ta colère ! Car Ta colère s'apaise et Tu me consoles. Oui, Dieu est mon salut, j'espère et ne crains point ; car ma force et ma gloire, c'est Dieu, le Seigneur ! C'est Lui qui m'as sauvé ». Parfois la colère de Dieu vaut mieux que Son indifférence, car même si la relation est temporairement négative envers Israël, il y a tout de même, envers et contre tout, relation avec Dieu.

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