L’OEUVRE DE LA CRÉATION
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ISRAËL ET LES NATIONS
MESSIANISME
THÈMES FONDAMENTAUX

YITRO - SÉRIE 1995

Le cours

 

(1995) יִתְרוֹ

 

Je me proposais aujourd’hui d’aborder 2 sujets:

 

  1. Etude de la personnalité de Jéthro - en hébreu יִתְרוֹ, beau-père de Moïse - déjà abordée lors de la tentative de Moshe d’aller à Midian après sa déception et l’échec de sa première mission au bout de la 40ème année de sa vie lorsqu’il avait pris l’initiative avant même d’être envoyé de déclencher la révolte des Hébreux contre les Egyptiens et qu’il avait été obligé de s’enfuir. Il va directement chez Jethro pour y passer 40 ans. Ce n’est qu’au bout de la 40ème année que Dieu va se révéler à lui pour lui confirmer que son premier mouvement dont il avait eu l’initiative était bon.

 

C’est un point très important : l’initiative de la fin d’exil vient toujours d’abord de l’initiative humaine et c’est ensuite confirmé, garanti, sanctionné par la révélation. On l’apprend à l’occasion de la sortie d’Abraham d’Our-Qasdim. On l’apprend à l’occasion de la sortie d’Egypte, on l’apprend à l’occasion de chaque fin d’exil, du temps d’Ezra ou de notre temps. L’initiative vient d’Israël et ce n’est que par la suite qu’il y a confirmation. J’insiste un peu parce que c’est un sujet important : l’ensemble du peuple des Hébreux du temps d’Abraham s’est perdu à Our-Qasdim pour ne pas avoir voulu suivre la décision de la famille d’Abraham : une seule famille est sortie d’Our-Qasdim. Je n’ai pas de sources à ce sujet, mais ou pourrait en se basant sur l’expérience contemporaine, comprendre ce qui aurait pu se passer, par hypothèse : les Hébreux du temps d’Abraham attendirent une révélation pour être sûr que c’était bien le temps venu malgré les fours crématoires de Nimrod. Regardez à quel point nous avons vécu ces mêmes expériences incompréhensibles.

 

Et surtout le récit de la תּוֹרָה qui nous raconte la sortie d’Egypte : Moïse prend l’initiative de la révolte et se heurte au refus et des Hébreux et des Égyptiens. Et certains textes montrent que le refus a été beaucoup plus grave de la part des Hébreux que de la part des Égyptiens... Et il s’enfuit donc à Midian pour y passer 40 ans. Il y a une espèce de black-out, de trou, de 40 ans dans la vie de Moïse. Seuls les Midrashim nous disent ce qui se passe pendant ces 40 ans. Je n’aurais pas le temps d’approfondir, mais on sait qu’il était à l’école de Jéthro pendant 40 ans. Donc qui était Jéthro ?

D’autant plus que ce n’est qu’au bout de 40 ans lors de la vision du buisson ardent et que Moïse retourne en Egypte et prend vraiment la tête de la révolte des Hébreux contre les Égyptiens avec son frère Aaron et Myriam, qu’en fin de compte Jéthro va le rejoindre, ramenant avec lui Tsiporah et ses 2 enfants. Et c’est seulement à ce moment-là que Jéthro va se mettre à l’école de Moïse.

C’est d’autant plus paradoxal que Jéthro va continuer à être le maître de Moïse dans notre Parashah. La Parashah des 10 commandements, la Parashah de la révélation du Sinaï qui a le nom de Jéthro puisqu’il va enseigner une Parashah entière qu’on appelle Parashah יִתְרוֹ, la Parashah de תְּצַוֶּה, pour l’enseignement de la structure de l’administration sociale de la société d’Israël libérée de l’Egypte par Moïse. Comme si Moïse ne savait pas par lui-même qu’il faut organiser une société en hiérarchie administrative ? Tout cela est très étonnant !

 

  1. S’il nous reste du temps, nous aborderons la question suivante : Que s’est-il passé réellement au Sinaï ? Pourquoi était-il nécessaire que Dieu se révèle au Sinaï dans cette théophanie si exceptionnelle dans le récit de la Bible ? Le mot « théophanie » est un mot d’origine grecque signifiant une intervention de Dieu spectaculaire, de manière beaucoup plus absolue que tout ce que nous savons d’autre part sur l’intervention de la Providence de Dieu - la שְׁכִינָה - en tant que Providence dans le déroulement de l’histoire du monde.

Un récit comme le récit de la théophanie quel qu’il soit est très étrange dans le récit biblique parce qu’il y a une sorte de pacte à la création. Dès que la création a été aménagée pour que l’histoire de l’homme commence, Dieu entre dans le temps de Son Shabbat et s’interdit d’intervenir dans le fonctionnement du monde pour que la liberté de l’homme puisse se développer. Nous avons un rendez-vous à la fin de l’histoire du monde, de ce monde-ci, un rendez-vous qui sera celui du bilan, de la mise au point, du jugement : on a des comptes à nous rendre, nous avons des comptes à rendre, ce sera le jour de הָדִין יוֹמ – le jour du Jugement dernier. Ce rendez-vous on l’attend et il nous attend. Je dirais même plus, il nous attend beaucoup plus que nous l’attendons ! Et on ne sait pas ce qui nous attend… ! Quoiqu’il en soit, il y a ce pacte du Shabbat entre Dieu et le monde que Dieu s’interdit d’intervenir dans l’histoire du monde à travers des théophanies, mais pas en tant que Providence.

 

C’est un sujet important que je vous signale. Retenez bien les limites du sujet. Il y a un Midrash très précis sur le verset « אֲשֶׁר-בָּרָא אֱלֹהִים לַעֲשׂוֹת » à propos de ce verset : « vayishbot  Elohim kol melakhto asher assa  mi melekhet olamo shabbat vélo mi melekhet tsadikim ouReshayim ». Je ne traduis pas parce que cela me prendrais trop de temps. Cela veut dire que Dieu intervient en tant que Providence de l’histoire des hommes dans le jugement des צַדִּיקִים et des רֶשָעִים. Mais en tant que Créateur Il a scellé les lois de la nature : il y a un verset très clair : [Psaumes 148:6] חָק-נָתַן וְלֹא יַעֲבוֹר « loi donnée, jamais violée ».

 

Cela ne fait pas partie du tout du judaïsme de croire qu’il y a un arbitraire de l’intervention de Dieu dans l’histoire du monde. En tant que Créateur Il s’interdit d’intervenir sauf s’il y a פִּיקוּחַ נֶפֶשׁ pour Sa création, en parallèle des lois du Shabbat : on suspend le Shabbat pour sauver une vie, lorsqu’il y a פִּיקוּחַ נֶפֶשׁ. Si Dieu juge qu’il y a פִּיקוּחַ נֶפֶשׁ, Il intervient en théophanie. Sinon « חָק-נָתַן וְלֹא יַעֲבוֹר »

C’est pourquoi le judaïsme se méfie de l’atmosphère impressionnée par les miracles.

Cf. le texte de Pierre Simsovic sur Parashah יִתְרוֹ sur ce sujet, c’est très important de le comprendre.

 

Ceci dit, nous avons tout de même des récits de théophanies. Ce sont des textes וחָתוּם סָתוּם, scellés. En particulier le סִּינַי הַר מַעֲמָד. Que s’est-il passé ? Et pourquoi a-t’il fallu que Dieu brise l’alliance du Shabbat et suspende la liberté des hommes en Israël pour lui imposer la תּוֹרָה ? Si la תּוֹרָה nous est imposée où est la liberté de l’homme ? C’est un sujet très important. Comment comprendre la suspension de la liberté d’Israël au moment du don de la תּוֹרָה ? Quand Dieu se révèle l’homme n’est pas libre. Que signifie ce mérite d’Israël d’avoir accepté la תּוֹרָה ? Il ne pouvait pas faire autrement puisque c’est Dieu qui se révèle !

 

3-  Quelques mots sur la - וּמֹשֶׁה יִתְרוֹ סְעוּדָת. Rashé Tévot « סִיוּמ » ס/י/ו/מ.

 

 

***

 

 

 

1- יִתְרוֹ 18:1

וַיִּשְׁמַע יִתְרוֹ כֹהֵן מִדְיָן, חֹתֵן מֹשֶׁה אֵת כָּל-אֲשֶׁר עָשָׂה אֱלֹהִים לְמֹשֶׁה וּלְיִשְׂרָאֵל עַמּוֹ  כִּי-הוֹצִיא יְהוָה אֶת-יִשְׂרָאֵל מִמִּצְרָיִם

 

וַיִּשְׁמַע יִתְרוֹ כֹהֵן מִדְיָן

Nous rencontrons un problème d’exégèse que je vous signale : chaque fois que la תּוֹרָה nous donne de nouveau des informations que l’on possède déjà, il faut se demander : pourquoi est-ce de nouveau répété ? Quel est le חִדֻשׁ, le renouvellement de sens, qu’il faut apprendre ?

Pourquoi la תּוֹרָה tient à le définir comme « כֹהֵן מִדְיָן» alors que nous le savions déjà ?

 

Petite parenthèse : Il y a une analogie très importante entre la figure de Jethro et celle d’Abraham. Premièrement Jéthro est un descendant d’Abraham. Abraham a eu à la fin de sa vie des enfants avec Qetourah.

 

Nous disposons de deux sources.

Selon le Midrash, il s’agit d’Agar qui a fait תּשוּבָה et a pris le nom de Qétourah après sa תּשוּבָה. Ce qui est important pour l’historiosophie d’Israël et ses démêlés avec Ishmaël.

Un jour on assistera à ce miracle que Agar viendra faire תּשוּבָה et on l’appellera Qétourah...   

Un des enfants d’Abraham avec Qétourah était Midian. Or, Jéthro était le prêtre de Midian.

Très rapidement, le Midrash nous rappelle que Jéthro avait eu les mêmes interrogations qu’Abraham au sujet de la vérité religieuse, il avait essayé toutes les idolâtries du monde en commençant par la sienne propre, celle de Midian, les manières idolâtres d’adorer le vrai Dieu.

 

Il y a là un problème important : Derrière l’idolâtrie se cache un mouvement de l’homme vers le vrai Dieu. L’hérétique est persuadé qu’il est orthodoxe et que c’est le vrai Dieu qu’il cherche et qu’il trouve. Par conséquent, derrière toute idolâtrie se cache une étincelle de sainteté enfouie dans la cendre de l’impureté de l’idolâtrie comme dit le Zohar, et Jéthro a essayé toutes les voies du service de Dieu à travers toutes les idolâtries qu’il pouvait connaître, et les a rejeté les unes après les autres.

 

C’est très parallèle à l’histoire d’Abraham cassant toutes les idoles et devenant disponible pour la révélation du vrai Dieu. Et c’est pourquoi Jéthro avait été excommunié de la société de Midian et c’est ses filles qui étaient obligées de s’occuper du troupeau, d’où la rencontre entre Moïse et les filles de Jéthro.

 

Par conséquent, Jéthro est une personnalité importante vers lequel Moïse va lorsqu’il se cherche un avenir pour la révélation qu’il porte en lui en potentiel. Cette révélation commence à partir de la vision du buisson ardent qui se passe chez Jéthro dans le pays de Midian à הַר הָאֱלֹהִים.

 

C’est une des manières de remettre en évidence la raison pour laquelle la תּוֹרָה a jugé nécessaire de nous rappeler que Jéthro était le prêtre de Midian. C’était pour nous rappeler son mérite en tant que חֹתֵן מֹשֶׁה, beau-père de Moïse qui est un goï. La fille de Jéthro, Tsiporah, s’est convertie pour pouvoir devenir la femme de Moïse. Imaginez le problème que cela pose en filigrane à l’horizon.

 

Un des enseignements du Talmud à ce sujet : étant donné la capacité collective de l’âme de Moïse, qui équivaut à l’ensemble d’Israël, il n’y a pas en Israël une femme pour Moïse. Il faut qu’il rencontre en dehors d’Israël une נְשָׁמָה d’envergure analogue qui, venant en Israël, pourra être la femme de Moïse. La נְשָׁמָה de Moïse est Kolelet. Elle équivaut à tout Israël ! Il ne peut y avoir pour elle une fille d’Israël. Il faut que ce soit un être exceptionnel : la fille de Jéthro !

 

Cet être exceptionnel qui est la fille de Jéthro est Tsiporah qui joue d’ailleurs un certain rôle dans le récit de la vie de Moïse en le sauvant de la mort  au moment de la naissance de son 2ème enfant lors de son retour de Midian en Egypte. C’est une scène très difficile à étudier je me borne à vous le signaler. C’est le mérite de Tsiporah d’avoir circoncis le fils de Moïse. Et en cela elle a sauvé Moïse de la mort. Moïse était tellement empressé de retourner en Egypte pour sauver Israël qu’il n’a pas circoncis son fils au 8ème jour. Tsiporah intervient en circoncisant son fils au 8ème jour et sauve Moïse de la mort. Vous retrouverez cet épisode dans l’histoire de Moïse. Alors qui est Tsiporah ? C’est aussi une grande figure. Vous voyez, dés qu’on commence à lire on s’aperçoit qu’il faut beaucoup de temps. Alors je vous donne des indications en passant, vous étudierez d’autre part. Appuyez sur Rashi ou d’autres commentaires.

 

 18:1

וַיִּשְׁמַע יִתְרוֹ כֹהֵן מִדְיָן חֹתֵן מֹשֶׁה אֵת כָּל-אֲשֶׁר עָשָׂה אֱלֹהִים לְמֹשֶׁה וּלְיִשְׂרָאֵל עַמּוֹ:  כִּי-הוֹצִיא יְהוָה אֶת-יִשְׂרָאֵל, מִמִּצְרָיִם

Et a entendu (compris) Jéthro, prêtre de Midian beau-père de Moïse Tout ce qu’a fait Elohim (Dieu en tant que Créateur du monde et donc garant des lois de la nature). Tout ce que Dieu Elohim a fait à Moïse et à Israël son peuple Lorsque הַשֵּׁם a fait sortir Israël d’Egypte.

 

Et là c’est la תּוֹרָה qui parle.

On voit la tension qu’il y a entre ces deux termes : Jéthro comprend que l’intervention de Dieu (Elohim) pour Moïse et Israël passe à travers les lois de la nature, alors que la תּוֹרָה nous dit que c’est au-dessus des lois de la nature que Dieu (Shem Havayah) est intervenu pour sauver Moïse et Israël.  Les deux termes renvoient à deux conceptions différentes de l’intervention de Dieu dans le monde.

 

En schématisant :

 

  • אֱלֹהִים  => le terme employé habituellement pour parler de Dieu comme Créateur et donc comme garant des lois de la nature. Lorsque אֱלֹהִים intervient c’est à travers les lois de la nature. Bien sûr c’est יְהוָה  qui est Elohim: « אֱלֹהִים הוּא יְהוָה » mais il s’agit de la manière dont la créature perçoit et reçoit l’intervention du Créateur.

 

  • יְהוָה  => lorsque le texte emploie le terme יְהוָה  c’est au-delà. יְהוָה  le Dieu Créateur révèle Son projet pour l’avenir du monde et non pas pour le passé du monde qui fonctionne d’après les lois de la création, c.à.d. les lois de la nature.

 

Nous voyons le problème que le verset nous pose : quelle est l’expérience de Jéthro ? Il s’est aperçu qu’il s’est passé quelque chose qui donne raison, de loin, à Moïse dans ces discussions qu’il a eu avec lui pendant les 40 ans de Midian. Pendant ces 40 ans, alors que Jéthro enseignait à Moïse la sagesse de l’antiquité, la sagesse de Shem et Ever telle qu’elle est passée par les Patriarches et cette descendance de Midian, la sagesse antérieure à la révélation, et se basant sur ce que Noah avait révélé à sa descendance. Vous vous rappelez qu’il y a une souche unique à toutes les traditions humaines à partir de Noé. Ce qui explique énormément de correspondances dans les traditions de sociétés disparates, aux antipodes les unes des autres, surtout dans les domaines de ce qu’on appelle les sciences secrètes. Par exemple l’astrologie. Voir à quel point il y a correspondance des signes du zodiaque dans toutes les traditions des sociétés plus ou moins primitives, plus ou moins évoluées, on se rend compte qu’il y a une souche ancienne de sagesse antérieure à la révélation.  

 

Le Baal Hatourim avait indiqué cela : « c’est de la sagesse ! »

Le verset « אֶת-הָאֱלֹהִים הִתְהַלֶּךְ-נֹחַ ». Les trois dernières lettres donnent חֲכָם. Il a une ’Hokhmah Lemafea’h.

A postériori de l’histoire du monde, il y a une sagesse naturelle qui a été apprise et transmise : c’est la sagesse de Shem et de Ever. A partir de Noah elle est transmise à l’humanité, jusqu’au temps d’Abraham. Et c’est dans la famille d’Abraham que cette sagesse de Shem et de Ever va être le véhicule de la révélation de Moïse. Et là vous rassemblerez toutes les sources qui font allusion au fait que les Patriarches ont appris à la Yeshivah de Shem et de Ever. Et donc un de ces maîtres c’est Jéthro.

 

C’est à travers Dieu Créateur donc les lois de la nature que Jéthro se rend compte qu’il s’est passé quelque chose dans l’histoire d’Israël qui vaut la peine qu’il aille rejoindre Moïse pour se rendre compte que c’est lui Moïse qui avait raison et non pas Jéthro : qu’au-delà du monothéisme du Dieu Unique Créateur il y a le monothéisme du Dieu Un, révélant la loi de sainteté, et donc les perspectives du Monde à Venir. Le 1er pôle c’est la révélation d’Elohim. Le 2ème la révélation de הַשֵּׁם.

 

La différence entre Moïse et Jethro c’est que Moïse est déjà porteur de la révélation de הַשֵּׁם alors que Jéthro s’arrête à la révélation d’Elohim. Mais il était dépositaire de cette sagesse qu’il a transmise à Moïse pendant ces 40 ans. On le lit dans le verset :

 

וַיִּשְׁמַע יִתְרוֹ כֹהֵן מִדְיָן, חֹתֵן מֹשֶׁה, אֵת כָּל-אֲשֶׁר עָשָׂה אֱלֹהִים לְמֹשֶׁה, וּלְיִשְׂרָאֵל עַמּוֹ:  כִּי-הוֹצִיא יְהוָה אֶת-יִשְׂרָאֵל, מִמִּצְרָיִם

Tout ce qu’a fait Elohim (Dieu en tant que Créateur du monde et donc garant des lois de la nature). Tout ce que Dieu Elohim a fait À Moïse et à Israël son peuple Lorsque הַשֵּׁם a fait sortir Israël d’Egypte.

 

Comment Jéthro va-t-il passer d’un premier niveau de la révélation monothéiste au deuxième niveau de la révélation monothéiste ?

 

Mais déjà on apprend par rapport à la question incidente déjà signalée, que cette sagesse de l’organisation de la société cela fait plus partie de אֱלֹהִים תוֹרָת que de יְהוָה תוֹרָת. C’est un thème à étudier à propos de Parashah מִּשְׁפָּטִים et de l’organisation de la société. La יְהוָה תוֹרָת exige que si le fonctionnement de la société fait qu’il y a des maîtres et des esclaves, alors on libère les esclaves. Alors que אֱלֹהִים תוֹרָת au contraire garantirait le fonctionnement des lois du monde qui fait que  lorsqu’une société fonctionne il y a des maîtres et des esclaves, des patrons et des ouvriers. La תּוֹרָה intervient pour dire « libère-les !». C’est à tort qu’on appelle ces lois de מִּשְׁפָּטִים des lois de justice sociale. Ce sont des lois d’injustice sociale : des lois de charité contre la justice de la société. La תּוֹרָה intervient pour briser l’ordre naturel du fonctionnement administratif d’une société et libérer les aliénés. Alors, qu’au contraire, la justice que la société réclamerait en tant que société serait précisément l’ordre totalitaire.

 

La תּוֹרָה est contre la fatalité des lois de la société. Toutes ces conceptions économiques qui se basent sur une science du fonctionnement de la société sont anti- תּוֹרָה. C’est le contraire. Le monde dans le temps contemporain est actuellement géré au niveau des superpuissances à travers des impératifs économiques qui prennent le pas sur les impératifs politiques. Les multinationales sont plus importantes que les gouvernements nationaux. L’économie ayant pris le pas sur la politique, la politique échoue partout. Pourquoi ? Parce que c’est une économie séparée de la morale. L’économie qui fonctionne d’après les lois de la société est inévitablement séparée de la morale. Alors intervient יְהוָה תוֹרָת pour dire : il faut briser cette fatalité du fonctionnement économique.

 

Dans mes études je n’ai pas beaucoup étudié ces problèmes économiques mais suffisamment pour comprendre qu’il y avait un petit espoir dans toutes ces doctrines économiques. Par exemple comme celle du « socialisme de l’abondance ». On essaie d’introduire des perspectives morales dans les théories économiques. Je pense que cette espèce d’imitation de l’année sabbatique dans les sociétés occidentales (qui d’ailleurs vient des anglo-saxons) a précisément pour objet de briser l’affolement de la machine économique qui en fin de compte conduit à l’aliénation de ce que la תּוֹרָה appellera dans la Parashah מִּשְׁפָּטִים des עֲבָדִים.

 

Donc c’est là un éclairage de la différence entre ce terme de אֱלֹהִים et ce terme de יְהוָה.

 

  • אֱלֹהִים תוֹרָת c’est la loi du fonctionnement du monde que Dieu a créé.
  • יְהוָה תוֹרָת c’est la loi du dépassement, de la révélation, de l’avenir du monde, et c’est cela le חִדֻשׁ de la תּוֹרָה de Moïse : יְהוָה תוֹרָת.

 

Le Prophète Elie va intervenir de manière catégorique : Attention ! « אֱלֹהִים הוּא יְהוָה » c’est יְהוָה qui est אֱלֹהִים! Et non pas l’inverse. Ce n’est pas אֱלֹהִים qui est יְהוָה: l’erreur de Spinoza.

 

18 :2

וַיִּקַּח, יִתְרוֹ חֹתֵן מֹשֶׁה, אֶת-צִפֹּרָה אֵשֶׁת מֹשֶׁה--אַחַר שִׁלּוּחֶיהָ

Et Jéthro beau-père de Moshe prit Tsiporah femme de Moïse après qu’il l’avait renvoyé…

 

On pourrait lire « répudiée », Moïse s’était détaché de tout ce qui a été le passé à Midian après la vision du buisson ardent pour retourner en Egypte. Cette tentative selon laquelle l’avenir des valeurs des patriarches passerait par Midian et non pas par Israël qui aurait échoué en Egypte est rejetée par Moïse après la vision du buisson ardent. Et donc il avait quitté Tsiporah et ses enfants.

[On voit tout cet arrière-fond à récupérer pour pouvoir lire le texte]

 

18:2

וְאֵת שְׁנֵי בָנֶיהָ  אֲשֶׁר שֵׁם הָאֶחָד גֵּרְשֹׁם--כִּי אָמַר גֵּר הָיִיתִי בְּאֶרֶץ נָכְרִיָּה

 Et ses deux fils dont le nom du 1er était Guershom car il avait dit « j’ai été étranger dans une terre lointaine-étrangère »

 

C’est quand il a pris acte qu’il était étranger en Egypte et étranger à Midian qu’il s’est rattaché à l’identité hébraïque et que Dieu se révèle à lui. C’est quand il a eu Guershom et qu’il l’a nommé Guershom que Dieu s’est révélé à lui pour la 1ère fois ! Et il avait 80 ans ! Et il s’est révélé à lui avec la voix de son père. C’est pourquoi on l’appellera אַמְרָם  בֵּנ מֹשֶׁה. Il se rattache à son peuple par la voix de son père. C’est très important de savoir cela. 

 

Dans mon expérience, j’ai constaté que beaucoup de Juifs ont quitté le judaïsme à cause de problèmes avec leurs parents directs. Le résultat a été de s’éloigner du judaïsme. Et la voie du retour passe par reconnaître ses propres parents. Nous avons beaucoup de sources à ce sujet. Je peux vous garantir par expérience le nombre de ces cas stéréotypés.

La תּוֹרָה a déjà enseigné cela : Pour retrouver le lien à « יְהוָה אָנֹכִי », il faut d’abord commencer par « כַּבֵּד אֶת-אָבִיךָ, וְאֶת-אִמֶּךָ »Respecte ton père et ta mère. 

 

Je ne résiste pas à vous citer un enseignement de Rabbi Its’haq Aboulafia : si on prend l’alphabet on s’aperçoit que la 1ère lettre est א et la 2ème ב. Le 1er mot est אֲב Père. La 1ère expérience du langage est donc la notion de paternité et de filialité. Si on coupe l’alphabet en deux, la lettre qui est à la fin de la 1ère série est la lettre ל. La 1ère lettre de la 2ème moitié est la lettre מ et la dernière lettre c’est ת. (Alef Beit Lamed Mem Tav).

Aboulafia dit : Celui qui a un אב aura un אל. Cela veut dire que celui qui a résolu son lien avec son père résout son lien avec son Dieu. Et celui qui a résolu son lien avec sa mère אמ, alors il pourra dire à quelqu’un את (« tu-toi » au féminin Alef-Tav) et se marier… Alors c’est toute l’histoire de Moïse d’ailleurs qu’il y a derrière.

 

 18:4

וְשֵׁם הָאֶחָד, אֱלִיעֶזֶר--כִּי-אֱלֹהֵי אָבִי בְּעֶזְרִי, וַיַּצִּלֵנִי מֵחֶרֶב פַּרְעֹה

Et le nom du 2ème [- qui est aussi appelé le nom de l’un – il n’y a pas le nom de l’autre mais il y a le nom de l’un pour les deux -] Eliezer car le Dieu de mon père est venu à mon secours me sauvant du glaive de Pharaon

 

אֱלֹהֵי אָבִי

Vous voyez le lien avec son père. אֱלֹהֵי אָבִי : C’est l’expression la plus forte de l’histoire de  Moïse : il rentre en Israël lorsqu’il reconnait qu’il est métèque en tant qu’égyptien et qu’il est métèque en tant que midianite, alors il se relie à l’identité de son père, et Dieu se révèle à lui.

 

Réfléchissez ceux qui étudient le texte de la תְּפִלָּה que la 1ère בְּרָכָה de la תְּפִלָּה c’est la בְּרָכָה de אֲבוֹת. Et אֲבוֹת c’est la 1ère בְּרָכָה: אֱלֹהֵי אַבְרָהָם,אֱלֹהֵי יִצְחָק,וֵאלֹהֵי יַעֲקֹב ….. מָגֵן אַבְרָהָם. Cette חָתימָה s’appelle אֲבוֹת. La כַּוַּנַה c’est de se relier au Dieu des אֲבוֹת.

 

Qui va pourvoir réaliser la relation au Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob ?

La Halakha demande qu’on se relie au Dieu de ses propres pères. אֲבוֹת c’est les pères. En fin de compte ce sont les propres pères de chacun. Dans l’histoire de Moïse : il s’est relié à  Abraham, Isaac et Jacob parce qu’il s’est relié àאַמְרָם . C’est un problème extrêmement important. C’est une question d’étude très sérieuse : on croit souvent, et on en est fier et on se trompe, que les enseignements de la תּוֹרָה procède de la raison. En fait, lorsqu’on étudie la question, on s’aperçoit qu’au contraire les enseignements de la תּוֹרָה s’opposent à la raison. Exemple : énormément de Juifs sont fiers de dire : regardez comment notre תּוֹרָה est rationnelle, regardez ses grands principes : « honore ton père et ta mère »... c’est beau... c’est rationnel !

 

C’est tout le contraire ! La תּוֹרָה sait bien que par nature on s’oppose à ses parents c’est pourquoi elle intervient pour dire le contraire : « Honores ton père et ta mère »...

 

[Beaucoup de faux problèmes et de problèmes cachés viennent parce qu’on n’ose pas s’avouer qu’on a eu cette révolte contre les parents. On le camouffle et cela donne à manger aux psychiatres. Parce qu’on n’ose pas découvrir cela que la תּוֹרָה connait la réalité du monde et dans la réalité naturelle il y a l’opposition des générations. Cela commence avec la révolte de Kénaan fils de ‘Ham contre Noé. Ce qui définit la tradition juive c’est le שִׁלוּב הָדוֹרוֹת : l’enchainement des générations : untel fil d’untel fils d’untel...etc.  C’est le חִדֻשׁ de la תּוֹרָה. Alors que dans la réalité naturelle c’est la rupture des générations. C’est la raison pour laquelle la sagesse des générations a pu passer à travers Israël. Parce que partout ailleurs la culture avance par bonds antithétiques, synthétiques, à la manière dont Hegel a décrit cela : par bond d’opposition : On s’affirme en s’affirmant contre. Ce qui fait que les générations ne peuvent pas profiter de l’acquis de l’expérience du passé, sinon quand c’est trop tard. Un proverbe goï clair à ce sujet : « Ah si jeunesse savait, ah si vieillesse pouvait!». Le drame c’est que la rupture des générations fait que l’expérience ne passe pas. Elle est récupérée intellectuellement sous forme de culture quand c’est trop tard. Quand cela devient des livres à classer dans les bibliothèques. Cela pourrait être exploité pour définir la civilisation européenne et surtout la différence entre la philosophie et la prophétie.

Tous les prophètes disent la même chose. Chacun a son style. Tous les philosophes s’opposent les uns aux autres avec le même style.]

 

18 :5

וַיָּבֹא יִתְרוֹ חֹתֵן מֹשֶׁה, וּבָנָיו וְאִשְׁתּוֹ--אֶל-מֹשֶׁה:  אֶל-הַמִּדְבָּר אֲשֶׁר-הוּא חֹנֶה שָׁם--הַר הָאֱלֹהִים

Et Jéthro beau-père de Moïse vint et ses fils et sa femme vers Moïse au désert où Il campait là-bas la montagne de Elohim.

 

C’est le mont Sinaï, nous l’apprenons par la suite et c’est important de savoir que cela s’appelle הַאֱלֹהִים הַר avant le סִּינַי הַר מַעֲמָדֲ. 

 

18 :6

וַיֹּאמֶר אֶל-מֹשֶׁה אֲנִי חֹתֶנְךָ יִתְרוֹ בָּא אֵלֶיךָ; וְאִשְׁתְּךָ--וּשְׁנֵי בָנֶיהָ, עִמָּהּ

Et il dit à Moïse : je suis ton beau-père Jethro Je viens vers toi et ta femme et ses deux fils avec elle.

 

Rashi : Jéthro a envoyé un émissaire annonçant sa venue..    עַ"י שָׁלִיחַ וַיֹּאמֶר אֶל מֹשֶׁה

Il dit à Moche Il le lui a fait dire par un messager (Mekhilta).

 

18 :7

וַיֵּצֵא מֹשֶׁה לִקְרַאת חֹתְנוֹ וַיִּשְׁתַּחוּ וַיִּשַּׁק-לוֹ וַיִּשְׁאֲלוּ אִישׁ-לְרֵעֵהוּ, לְשָׁלוֹם וַיָּבֹאוּ הָאֹהֱלָה

Et Moïse sortit à la rencontre de son beau-père Il se prosterna Il l’embrassa Chacun a demandé à son prochain la paix. Et ils entrèrent dans la tente.

 

18 :8

וַיְסַפֵּר מֹשֶׁה לְחֹתְנוֹ,אֵת כָּל-אֲשֶׁר עָשָׂה יְהוָה לְפַרְעֹה וּלְמִצְרַיִם עַל אוֹדֹת יִשְׂרָאֵל  אֵת כָּל-הַתְּלָאָה אֲשֶׁר מְצָאָתַם בַּדֶּרֶךְ וַיַּצִּלֵם יְהוָה

Et Moïse raconta à son beau-père tout ce que הַשֵּׁם avait fait à Pharaon et à l’Egypte. Au sujet d’Israël toute les tribulations Qui l’a surpris en chemin Et הַשֵּׁם les a sauvés.

 

On retrouve notre problème des noms : Jéthro avait compris ce que Dieu אֱלֹהִים avait fait à Moïse et à Israël. Et Moïse va expliquer ce que Dieu יְהוָה avait fait au Pharaon et à l’Egypte...

 

Il y a une vision de type Jéthro de tous ces événements que raconte la תּוֹרָה : c’est une vision à travers le prisme des lois de la nature. C’est une tendance chez beaucoup de Juifs aussi pour se rassurer, d’essayer de ramener tous les événements des récits de la תּוֹרָה concernant l’intervention de Dieu dans l’histoire d’Israël, à des événements naturels. J’en ai parlé la semaine dernière à propos du passage de la mer rouge : Moshe comme excellent géographe doublé d’un très bon astrologue connaissant les éclipses de lune et la science des marées et le passage à gué...

C’est ce genre d’explication du 18ème siècle que des grands hommes se sont forgés pour se rassurer et ramener ces histoires à des causes naturelles et rationnelles. On pourrait faire une analyse phénoménologique de ces hypothèse d’explications pour se rendre compte à quel point c’est plat. Parce qu’il y a un faisceau de coïncidences tel que c’est là que réside finalement l’importance  des événements. Mais surtout c’est cette tendance à nier l’essentiel qui correspond à une attitude qui consiste à s’auto-suicider en tant que juif. En fin de compte on abandonne le peuple juif dans sa spécificité.

 

Voilà le verset important :

 

18 :9

וַיִּחַדְּ יִתְרוֹ--עַל כָּל-הַטּוֹבָה, אֲשֶׁר-עָשָׂה יְהוָה לְיִשְׂרָאֵל:  אֲשֶׁר הִצִּילוֹ, מִיַּד מִצְרָיִם

Ytro a eu des frissons de frayeurs Pour tout le bien que הַשֵּׁם a fait à Israël lorsqu’Il les a sauvé de la main de l’Egypte

 

Rashi : וַיִּחַד יִתְרוֹ

וַיִּשְׂמַח יִתְרוֹ זֶהוּ פְּשׁוּטוֹ. וּמִ"א נַעֲשֶׂה בְּשָׂרוֹ חִדּוּדִין חִדּוּדִין מֵיצֶר עַל אֲבוֹד מִצְרַיִם הַיְנוּ דְּאָמְרֵי אִינְשֵׁי גִּיּוֹרָא עַד עֲשָׂרָה דָּרֵי לֹא תְּבַזֵּי אֲרַמָאָה בְּאַפּ

Jethro était content. Heb. וַיִחַדּ, et Jethro s’est réjoui. C’est le sens Pshat. Le Midrash Aggada, cependant, [explique que] sa chair eut des frissons [i.e., la chair de poule (חִדּוּדִין חִדּוּדִּין)] [parce que] il il était mécontent de la destruction de l'Égypte. Ceci (est la source) de l’expression populaire disant: Ne fait pas honte à un gentil en présence d’un converti, (même)jusqu’à la 10ème génération (après la conversion)— [de Sanh. 94a]

 

Sur וַיִּחַדְּ: lorsque Jéthro a compris comment Moïse lui a fait comprendre l’intervention de הַשֵּׁם contre le Pharaon et l’Egypte, alors il a été secoué et terrifié. Il a compris l’intervention de Dieu dans l’histoire dans une médiation complètement différente de celle à laquelle il était habitué dans sa sagesse à travers les lois de la nature. Le passage de la mer rouge n’est pas un passage à gué. C’était la délivrance d’Israël et la perte de l’armée égyptienne. C’est tout à fait différent.

 

Dans les événements contemporains, énormément de juifs et d’israéliens, sur le moment ont perçu la dimension des événements que nous vivons. Et tout de suite après, ils essaient de réduire cela à des choses banales. Ce sont les גּוֹיִם qui se rendent compte que ce qui se passe pour Israël, en particulier pour la guerre de Kippour, sont des choses exceptionnelles et qui dépassent l’entendement. Ce sont paradoxalement  les Juifs qui tentent de minimiser cela.

Il y a actuellement, depuis le nouveau régime en Israël depuis 1992, cette tendance de démythifier, de désacraliser tout, qui est inquiétant mais indéniable.

 

Vous voyez ce bouleversement de Jéthro lorsqu’il comprend que ce sont des événements qui dépassent l’ordre habituel.

 

J’ai souvent des conversations avec des non-juifs, en particuliers des ecclésiastiques. Les protestants arrivent parfois même à comprendre cela plus profondément que les catholiques. Ils sont émerveillés de ce qu’ils appellent l’intervention de Dieu pour Israël. Il n’y a que les Juifs qui n’arrivent pas à se rendre compte de quoi il peut s’agir, et qui au contraire prennent le parti de l’ennemi.

 

18:10

וַיֹּאמֶר, יִתְרוֹ, בָּרוּךְ יְהוָה, אֲשֶׁר הִצִּיל אֶתְכֶם מִיַּד מִצְרַיִם וּמִיַּד פַּרְעֹה:  אֲשֶׁר הִצִּיל אֶת-הָעָם מִתַּחַת יַד-מִצְרָיִם

 

וַיֹּאמֶר יִתְרוֹ  Et Jéthro dit…  

Nous trouvons ensuite une expression qui prouve que Jéthro s’est converti à la religion de Moïse alors que jusque-là Jéthro avait été le maître de Moïse pour la sagesse naturelle.

 

בָּרוּךְ יְהוָה  

Ce même Jéthro sensible uniquement à Elohim - il est spinoziste si vous voulez- dit iciבָּרוּךְ יְהוָה!

 

Vous savez la différence entre l’université de Bar Ilan et l’université de Jérusalem ?

A l’université de Jérusalem 2 et 2 cela fait 4. Mais à l’université de Bar Ilan 2 et 2 בָּרוּךְ יְהוָה cela  fait 4 !

 

אֲשֶׁר הִצִּיל אֶת-הָעָם אֲשֶׁר הִצִּיל אֶתְכֶם מִיַּד מִצְרַיִם וּמִיַּד פַּרְעֹה  

qui vous a sauvé de la main de l’Egypte et de la main de Pharaon Et qui a sauvé le peuple de dessous la main de l’Egypte.

 

18 :11

עַתָּה יָדַעְתִּי, כִּי-גָדוֹל יְהוָה מִכָּל-הָאֱלֹהִים:  כִּי בַדָּבָר, אֲשֶׁר זָדוּ עֲלֵיהֶם

Maintenant je sais Que c’est הַשֵּׁם qui est plus grand que tous les Dieux Car c’est par la chose qu’ils avaient projeté contre vous.

 

עַתָּה יָדַעְתִּי Maintenant je sais…  

Principe talmudique : chaque fois qu’il y a  וְעַתָּהְ  cela fait toujours allusion à l’après תְּשוּבָה.

« Et maintenant... Et après la תְּשוּבָה».  עַתָּה ici c’est dans ce même sens.

 

Pour la Halakha, il y a 3 situations où les fautes sont pardonnées :

 

-     le jour du mariage, on pardonne toute les fautes antérieures,

-     le changement de position sociale,

-     la תְּשוּבָה: on pardonne au Guer tout ce qu’il a fait avant. Au תְּשוּבָה בָּעַל aussi mais le modèle reste le גֵּר. Parce que le תְּשוּבָה בָּעַל c’est un peu comme le גֵּר puisque le גֵּר c’est la תְּשוּבָה réelle.

 

כִּי-גָדוֹל יְהוָה מִכָּל-הָאֱלֹהִים

Que c’est הַשֵּׁם qui est plus grand que tous les Dieux.

 

C’est maintenant que Jéthro  va achever ce cheminement qu’il avait commencé à l’instar d’Abraham : détruire toutes les idoles et permettre la révélation du vrai Dieu : il était disponible pour cela, et même Moïse n’avait pas pu le convaincre avant la sortie d’Egypte dans leurs rapports d’élève à maître. Et c’était son beau-père. La Halakhah exige pour les beaux-parents le même respect que pour les parents.

 

כִּי בַדָּבָר, אֲשֶׁר זָדוּ עֲלֵיהֶם

Car c’est par la chose qu’ils avaient projeté contre vous…

 

Sous-entendu qu’ils ont été punis... 

 

Il y a ici le dévoilement d’une grande règle de יְהוָה תוֹרָת qui est « כְּנֶגְ מִּדָה מִּדָה ».

Voilà ce que découvre Jéthro.

 

« וְאָהַבְתָּ לְרֵעֲךָ כָּמוֹךָ: אֲנִי יְהוָה »

Tu aimeras ton prochain « comme toi-même », je suis הַשֵּׁם ton Dieu.

 

Un Midrash lit : « אֱלֹהֵיךָ וְאָהַבְתָּ לְרֵעֲךָ כָּמוֹךָ: אֲנִי יְהוָה » « tu aimerais ton prochain, comme toi Je suis הַשֵּׁם ton Dieu » : comme tu te conduis avec lui, Moi je me conduis avec toi... !»

 

Il y a un autre verset avec un commentaire analogue : « צִלְּךָ הַשֵּׁם» « Dieu est ton protecteur » mais le mot peut signifier « ton ombre » et transformer le verset. « Dieu est ton ombre » : L’ombre fait ce que l’homme fait. Ce que tu fais, Je le fais, comme ton ombre.

 

Il y a un Midrash très clair dont j’ai oublié la source, mais je vous en dis l’idée : d’une certaine manière Dieu en révélant Sa תּוֹרָה se rend prisonnier de nous. Nous en faisons ce que nous en faisons, mais Il prend notre נְשָׁמָה comme prisonnière et ce que nous faisons à Sa תּוֹרָה Il fait à notre נְשָׁמָה … C’est כְּנֶגְ מִּדָה מִּדָה. C’est un principe très dur.

 

La 1ère occurrence de כְּנֶגְ מִּדָה מִּדָה se trouve dans une Souguiah très connue : la 1ère Sougiah du Perek ’Helek : « Midotav shel HQB’’H : כְּנֶגְ מִּדָה מִּדָה »

 

J’ai entendu une fois d’un grand Rav ‘hassidique de Anvers, gendre du Rishon Letsion le Rav Ouziel, qui s’appelait le Rav Amiel. Il avait lu une Mishna des Pirqey Avot de manière extraordinaire :

דע מה למעלה ממך--עין רואה, ואוזן שומעת, וכל מעשיך בספר נכתבין

« Sache ce qu’il y a au-dessus de toi, un œil qui voit, une oreille qui entend et tout tes actes sont écrits dans un livre ».

Et à la fin de la vie on compare le livre de la vie au livre de vérité et on juge. Il traduisait cela comme ça :

דע מה למעלה ממך.  Sache ce qu’il y a plus haut cela vient de toi.

C’est כְּנֶגְ מִּדָה מִּדָה.

 

Verset 12:

On arrive à la יִתְרוֹ סְעוּדָת:  

וַיִּקַּח יִתְרוֹ חֹתֵן מֹשֶׁה, עֹלָה וּזְבָחִים--לֵאלֹהִים; וַיָּבֹא אַהֲרֹן וְכֹל זִקְנֵי יִשְׂרָאֵל, לֶאֱכָל-לֶחֶם עִם-חֹתֵן מֹשֶׁה--לִפְנֵי הָאֱלֹהִים

Et Jéthro  beau-père de Moïse a pris des sacrifices et des holocaustes pour Elohim Et Aaron et tous les anciens d’Israël vinrent Pour manger du pain (festoyer) avec le beau-père de Moïse devant Elohim.

 

C’est cette סְעוּדָה là qui est commémoré dans la וּמֹשֶׁה יִתְרוֹ סְעוּדָת.

 

Très rapidement, en ce qui concerne ce Minhag qu’il y a dans toutes les communautés de Tunisie : Je l’ai appris d’un rabbin tunisien d’ailleurs qui a expliqué qu’il n’y a pas très longtemps, il y a encore quelques années, il y a eu une épidémie mystérieuse qui ne frappait que les garçons. Et cette épidémie s’est arrêtée le jour de סִיוּמ qui a été fixé ensuite comme la fête des garçons. Et si je me souviens bien, on prépare la maison comme une maison de poupées avec de petites chaises et petites tables...etc. et ce sont les garçons qui servent le repas. C’est le folklore qui risque d’envahir la tradition.

En fait la tradition c’est וּמֹשֶׁה יִתְרוֹ סְעוּדָת.

 

Le passage qui suit c’est lorsque Jethro assiste à la manière dont Moïse juge le peuple et c’est là qu’il va lui conseiller d’organiser la hiérarchie dans la société d’Israël.

 

18:1

וַיִּשְׁמַע יִתְרוֹ כֹהֵן מִדְיָן, חֹתֵן מֹשֶׁה, אֵת כָּל-אֲשֶׁר עָשָׂה אֱלֹהִים לְמֹשֶׁה, וּלְיִשְׂרָאֵל עַמּוֹ:  כִּי-הוֹצִיא יְהוָה אֶת-יִשְׂרָאֵל, מִמִּצְרָיִם

Et Jéthro, prêtre de Midian entendit…  Et a entendu (compris) Jéthro ,  prêtre de Midian beau-père de Moïse tout ce qu’a fait Elohim (Dieu en tant que Créateur du monde et donc garant des loi de la nature). Tout ce que Dieu Elohim a fait à Moïse et à Israël son peuple Lorsque הַשֵּׁם a fait sortir Israël d’Egypte.

 

Rashi :

וַיִּשְׁמַע יִתְרוֹ

מַה שְּׁמוּעָה שָׁמַע וּבָא קְרִיעַת יַם סוּף וּמִלְחֶמֶת עֲמָלֵק

Quelle nouvelle a-t’il entendu dire et il est venu ?

 

On comprend d’après le verset que s’il est venu joindre Moïse c’est parce qu’il avait entendu quelque chose, ce que dit la תּוֹרָה que Dieu avait fait pour Moïse et Israël. Quoi en particulier ? Rashi cite une source du Talmud sans la citer entièrement.

 

La source est Zeva’him 116a :  

Qu’est-ce qu’il a entendu comme nouvelle... [(et il est venu se convertir) partie non citée par Rashi]  Rabbi Yehoshouah : Il a entendu la guerre d’Amaleq.

 

Je rappelle l’épisode : Après la sortie d’Egypte, Amaleq s’est jeté sur Israël sortant d’Egypte. On imagine la difficulté pour un peuple quittant l’esclavage. Il s’est jeté sur les trainards. Et alors Moïse a demandé à Josué de mener la guerre contre Amaleq : c’est le début d’une guerre qui ne se terminera qu’à la fin des temps. Cette guerre met en évidence Amaleq, profil d’identité qui est l’anti-Israël absolu.

Cela commence par ce fait-là : c’est quand Israël est en faiblesse, qu’Amaleq se jette sur lui. Je me demande si on n’est pas en train de vivre un épisode assez analogue. Il s’est jeté sur les trainard du camp qui quittait l’Egypte. Quand Jéthro a compris qu’Israël a pu être plus fort qu’Amaleq, alors il a compris que Dieu intervient pour Israël.

 

C’est une des premières expériences qui lui a fait pressentir qu’il y a quelque chose d’autre que les lois naturelles. Parce que selon les lois naturelles, Amaleq aurait été plus fort qu’Israël. De la même façon que selon les lois naturelles, les pays de la ligue arabe auraient été plus forts qu’Israël et auraient du empêcher l’existence de l’Etat d’Israël, ils s’y emploient d’ailleurs, mais enfin c’est à ce niveau-là que l’on peut le comprendre...

 

Voilà une première expérience. Et on cite un verset à ce sujet. Le fait qu’Israël ait pu affaiblir Amaleq.

 

Je le rappelle très brièvement, la figure d’Amaleq est celle de celui qui veut détruire et remplacer Israël. Il y a des ennemis qui veulent détruire Israël sans le remplacer. Il y a des ennemis qui veulent remplacer Israël sans le détruire. Mais Amaleq est l’ennemi qui veut et détruire et remplacer Israël.

Voyant Israël capable de surmonter cela dans les moments critiques de fin d’exil, alors Jéthro se dit qu’il se passe quelque chose d’autre. Il est revenu chez Moïse pour avoir des explications...

 

On pourrait se dire au fond que ce qui explique ce courant de conversions vers Israël dans les dernières générations est un peu du même ordre : des âmes qui n’étaient pas d’Israël ont perçu qu’il se passe quelque chose dans l’histoire d’Israël qui dépasse l’entendement habituel. Beaucoup viennent nous dire : « nous savons que Dieu est avec vous, nous ne savons pas ce que cela veut dire mais on sait au moins cela, et on veut être avec vous car le bon Dieu est avec vous...  »

Ce qui pose problème ce n’est pas le nombre de גּוֹיִם qui ont perçu cela mais le nombre de Juifs qui ne le perçoivent pas.

 

Rabbi Eliezer : il a entendu la révélation du Sinaï et il est venu...

 

Objection : Elle n’a pas encore eu lieu ! Comment Rabi Eliezer peut-il dire qu’il a entendu la révélation du Sinaï, cette théophanie dont on a parlé au début du cours. On a l’habitude de répondre : La règle selon laquelle la Tora n’a pas été écrite selon un ordre chronologique – « אֵין מוּקְדָם וּמְאוּחָר בַּתּוֹרָה » - est donnée dans la גְּמָרָא (Pessa‘him 6b et Sanhédrin 49b)

Cela veut dire que la תּוֹרָה peut nous raconter un événement avant un autre qui lui est antérieur dans l’ordre chronologique réel.

Par exemple ici : Jéthro serait venu après la תּוֹרָה מָתַן, ce qui est d’ailleurs très vraisemblable puisque les conseils qu’il donne à Moïse ont leur place après le תּוֹרָה מָתַן! Mais malgré tout on peut aussi les situer avant le תּוֹרָה מָתַן! 

 

Et pourtant, pour Rabbi Eliezer : Jéthro a entendu parler du תּוֹרָה מָתַן et il est venu.... 

 

On voit la difficulté d’exégèse.

C’est la raison pour laquelle Rashi ne va pas citer son opinion, parce qu’il suit la suite du texte. En même temps qu’il ne cite pas cette opinion, on enlève le mot venitgayer. Rashi ne dit pas qu’il est venu se convertir. Cela doit être lié. On peut quand même répondre que même avant le סִּינַי הַר מַעֲמָדֲ malgré tout, cette nouvelle que Dieu a révélé Sa loi a commencé. Parce que même avant le סִּינַי הַר מַעֲמָדֲ il y a eu des מִצוֹת qui ont été révélées à Israël. Mais en fin de compte d’après la גְּמָרָא elle-même il s’agit vraiment du סִּינַי הַר מַעֲמָדֲ. Donc il y a un problème avec l’enseignement de Rabbi Eliezer. Je vous lis la manière dont le Talmud l’explique :

 

« Parce que lorsqu’a été donnée la תּוֹרָה à Son peuple Israël, Sa voix allait d’un bout du monde à l’autre »

 

Par conséquent, le monde entier a pris acte de cela : Dieu se révèle à Israël.

Et alors si Dieu se révèle à Israël il y a autre chose que simplement le niveau Elohim, et Jéthro est privilégié pour découvrir le niveau de la révélation de הַשֵּׁם.

 

Alors que Rabbi Eliezer ben Yaaqov dit : il a entendu יַם-סוּף קְרִיעַת. 

Il y a une intervention contre le déterminisme des lois de la nature.

 

Retour à Rashi :

Rashi met en évidence 2 de ces 3 enseignements : le passage de la mer rouge et la guerre d’Amaleq. Cela signifie bien évidemment que Jéthro prend acte qu’il y a une intervention de Dieu au-delà des lois de la nature de deux manières :

 

  • Au niveau de la nature,

 

  • Dans la lutte des hommes entre eux.

 

L’exemple de l’histoire d’Israël qui reste mystérieuse pour tous ceux qui l’étudient, historiens, sociologues, politologues, polémologues (sciences des conflits)… 4000 ans d’existence et Israël a pu traverser toutes les difficultés d’existence. On finit par le dévoiler. A une époque, il était indécent de citer les Juifs. On ne parlait jamais des sources juives de la culture contemporaine, tel Maïmonide ou autres. Un de mes professeurs de philosophie citait Duns Scot et ce que je savais repris de chez Maïmonide bien antérieur. Je le signale et la réponse indignée : « on ne parle pas de Maïmonide à l’université française... » Un très grand philosophe W. Jankélévitch citait la bible mais dans sa traduction grecque. Jamais en hébreu car il la connaissait par cœur en grec. Mais c’était un grand juif.

 

Lors de la guerre d’Amaleq on dévoile cela : normalement Amaleq devrait être plus fort, mais ce n’est pas le cas.  Normalement on ne peut pas traverser la mer rouge...

 

Il nous reste le mystère de תּוֹרָה מָתַן et pourquoi Rashi ne l’a pas cité, obligeant à enlever le mot suivant lequel Jéthro est venu et s’est converti. Or, ce mot est dans le Talmud mais pas dans Rashi.

Or, Jéthro s‘est converti, mais à la fin, il va quitter Israël et rejoindre son peuple.  

 

Dans le Talmud, une prophétie qui en fin de compte d’une manière ou d’une autre se réalise de notre temps. Il y a quand même une alliance entre les Druzes et Israël, quelque soit les difficultés et elles sont nombreuses. Les gouvernements israéliens, semble-t-il tous, n’ont jamais accordé suffisamment de valeur à la fidélité des Druzes par rapport à l’Etat d’Israël. Ce qui fait que beaucoup de Druzes louchent du côté des Arabes, mais malgré tout les Druzes, et bien qu’étant tous deux musulmans mais de théologie différente – les Druzes ont une religion de l’islam à eux. Malgré tout les Druzes ont témoigné un attachement au peuple d’Israël qu’on ne trouve dans aucun autre peuple.

 

Midrash :

Les 3 sages présents à la cour du Pharaon, lorsque la fille de Pharaon y avait emmené Moïse enfant qui, sur les genoux du Pharaon, lui a ôté sa couronne, les conseillers lui ont dit : cet enfant va te détrôner. Il y avait une ancienne prophétie chez eux que le Pharaon serait détrôné par un enfant, raison pour laquelle ils jetaient tous les enfants dans le Nil. 

Pharaon répond : mais ce n’est qu’un enfant !

 

Histoire d’un Rav :

Dans le Sefer Maassiot (dans chaque grande Yeshivah les élèves écrivent les événements de la vie du grand maître)

Une fois on lui amena son petit fils sur ses genoux, et celui-ci lui tira la barbe. Le fils qui était très pieux a frappé le petit fils en lui faisant des remontrances. Le maître lui a répondu mais c’est un petit bébé, de quoi parles-tu ?

 

Midrash :

Les 3 sages présents sont Ytro, Iyyob, Bilaam.

Ytro a dit: si cet enfant vient de Dieu tu ne peux rien contre lui.

Sa récompense c’est que ses descendants siégeront au Sanhédrin.

Bilaam a dit : il faut le tuer !

Il est mort de mort violente.

Et Job qui s’est tu : il fut puni de souffrances…

 

Je reprendrais ce thème des trois sagesses à la naissance de Moïse.

 

Ces 3 sagesses étant la sagesse de l’empire de Pharaon. La sagesse de Job, de Jéthro et de Bilaam.

Il y a une גְּמָרָא qui dit que Moïse a été capable de la prophétie de Job, de Bilaam, de Jéthro ....

 

Il est évident qu’il y a chez les Druzes quelques choses de mystérieux dans cette alliance avec Israël, d’autant plus que les Druzes ont été convertis de force à l’Islam et sont donc musulmans. Mais en fait, indépendamment de Mahomet, ils ont comme prophète Jethro et s’en considèrent les descendants. Or, chez les Druzes : il y a des choses très analogues, en particulier le fait que ils ont aussi une tradition secrète suivant laquelle les Druzes n’ont le droit d’étudier qu’à l’âge de 40 ans. (d’âge mental). Ils ne parlent jamais de leur tradition secrète qui est basée sur ce qu’on appelle dans la תּוֹרָה : הַגִלגוּלִים תּוֹרָת  – les réincarnations. Cela existe chez les Druzes de manière très intense et très parallèle à l’enseignement de la Kabbalah. Cela existe aussi dans d’autres traditions mais il est frappant de voir que c’est un thème fondamental chez les Druzes. On avait l’habitude à וּמֹשֶׁה יִתְרוֹ סְעוּדָת d’inviter un Druze de l’honneur de Jéthro .

 

La leçon de Jéthro  :

 

On est frappé de cela quand Jéthro  voit que Moïse est seul à juger le peuple, il lui conseille d’installer une hiérarchie par dizaine, par centaine, par milliers, et installer des chefs de hiérarchies. C’est tellement élémentaire que c’est étonnant : c’est le système de patrouilles scoutes : Baden Powell en Jéthro  expliquant à Moïse le système des patrouilles...

 

C’est qu’au fond la révélation de Moïse est destinée à la société d’Israël du monde à venir, Moïse est venu comme libérateur absolu de toutes les aliénations. Par conséquent, sa vision de la société c’est l’anarchie des consciences libre. Il est un anarchiste total dans le sens libertaire absolu au-delà de tout ce qu’on peut apprendre des mouvements anarchistes qui eux sont terroristes.

 

En réalité, l’idéal est la libération de toute aliénation. Et il faut que Jéthro le fasse redescendre sur terre. Il vient pour libérer les esclaves mais cette libération des esclaves c’est la libération totale. Sa société est un contrat social des consciences libres. Et voilà qu’il faut pour cette société appelée «מַמְלֶכֶת כֹּהֲנִים » des rois et des prêtres ?

 

Cela va rester dans toutes les générations : Moïse venant dire : vous êtes libres et personne n’est supérieur l’un à l’autre ! Et pourtant il va être obligé d’installer une hiérarchie.

 

Il aura le peuple contre lui et à la tête de cette révolte Qora’h reprenant précisément l’enseignement de Moïse : tous sont saints, pourquoi voulez vous installer Aaron pour la prêtrise et Moïse pour la royauté ? Ce royaume de prêtres aurait des rois et des prêtres ? C’est contradictoire !

 

Moïse est le libérateur absolu. Dès qu’Israël va rentrer dans une histoire de fonctionnement social, Moïse va quitter Israël pour revenir à la fin des temps. Il reviendra quand nous rentrerons avec lui dans le monde à venir, Moïse à la tête d’Israël, parce qu’il est le libérateur de toutes les aliénations.

Et donc chaque fois que Dieu lui transmet des lois concernant les hiérarchies, les prêtres et les rois, cela résiste. On a besoin d’Aaron pour comprendre la hiérarchie des prêtres et de Jéthro pour comprendre la hiérarchie royale.

 

Il faut comprendre qui est Moïse le libérateur pour comprendre qu’il est complètement démuni lorsqu’il faut s’occuper des choses terrestres : l’organisation du culte ou l’organisation de la municipalité. Pour ces deux catégories, il a besoin d’Aaron et de Jéthro.

Moïse est comme l’albatros de Baudelaire.

 

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Merci de copier les lettres affichées*

Benny Benichou

24 Janvier 2019 à 15h56

Merci beaucoup de nous transmettre ces cours majestueux