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MESSIANISME
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BECHALLAH - SÉRIE 1987

Le cours

 

(1987)   בְּשַׁלַּח

J’ai choisi un texte central de la Parashah dont le sujet général concerne les 7 jours après la sortie d’Egypte elle-même, c’est le passage de la mer rouge. J’ai choisi quelques versets d’un problème qui va se poser par rapport à cet événement du passage de la mer rouge et à partir duquel un certain nombre d’indications nous donneront un éclairage sur la manière dont nous vivons des péripéties analogues dans nos temps contemporains de l’histoire juive. S’il nous reste du temps, je reviendrai au début de la Parashah pour en étudier quelques versets.

 

Il s’agit de l’épisode où la תּוֹרָה raconte comment le peuple d’Israël est sorti de l’Egypte sous la conduite de Moïse, après énormément de difficultés.

 

Alors, on a déjà dépassé les 10 plaies, au 14 Nissan la sortie d’Egypte a pu avoir lieu. Moïse a réussi à faire sortir d’Egypte une partie des Hébreux qui s’y trouvaient depuis le temps de Jacob, et voilà qu’après la dernière plaie, qui a été la plus forte et a fait la plus grande impression sur le Pharaon et les Egyptiens – la plaie de la mort des 1er nés – le Pharaon s’est enfin décidé a laissé Israël sortir d’Egypte. Plus encore, il les a expulsés.

 

Il y a deux réalités dans le même  événement: les Hébreux se sont enfuis, mais ils ont été expulsés d’Egypte, parce que finalement la conscience égyptienne a pris conscience que la présence des Hébreux, au lieu d’être bénédiction pour eux, risquait de devenir une malédiction définitive.

 

En fin de compte, à travers les péripéties des 10 plaies, ils se sont rendus compte que - alors qu’ils pensaient que jusque-là leur intérêt était de garder la communauté des Hébreux au sein de la civilisation égyptienne, et pour le bien de la civilisation égyptienne, ils ne voulaient pas le laisser sortir, ils se sont aperçus que les événements les contraignaient à expulser les Hébreux.

 

Très rapidement, 3 jours après nous dit le texte, le Pharaon s’est ravisé et s’est rendu compte qu’il avait perdu la bénédiction que représentaient pour eux la présence des Bnei-Israël dans la civilisation égyptienne. Et à la tête de son armée il se lance derrière les Hébreux qui partaient vers la terre promise, pour les rattraper, les reprendre et les ramener en Egypte.

 

Avant ce récit, je voudrais mettre en évidence ce que signifie le fait de se raviser.

Il y a des événements frappant qui ont un impact immédiat et qui entraine une décision. Et puis lorsque l’évidence de l’événement, lorsque cette force de l’instantané du vécu, s’atténue alors on revient aux habitudes de pensée antérieure.

 

Dans l’ordre de l’importance du récit : Pharaon a été frappé d’une révélation. La conscience religieuse de l’égyptien de l’époque était une conscience de type astrologique : les événements du comportement de l’histoire des hommes sont gouvernés par des forces impersonnelles qui sont les divinités des mythologies, et puis voilà qu’à travers la présence des Hébreux et toute cette histoire, finalement, se cherche la découverte, le dévoilement, de la véritable souveraineté qui gouverne le monde et qui n’est pas un ensemble de forces impersonnelles, cosmiques et mythiques mais une volonté. Celle du créateur que connaissaient les Hébreux dans leur propre tradition.

 

C’est dire le choc de deux expériences religieuses radicalement différentes qui dans l’histoire des Hébreux cela commence par la conscience d’Abraham. Six générations après c’est un peuple entier qui est le témoin d’une  tout autre manière de considérer l’expérience religieuse ou la sensibilité religieuse.

 

Il y a une révolution qui se passe dans l’histoire de l’humanité. Jusque-là on était habitué à considérer que l’expérience religieuse authentique est ce que nous appelons, nous les modernes, l’expérience religieuse païenne : c’est-à-dire de diviniser les forces de la nature diagnostiquées comme transcendantes, souveraines, influant, régissant et gouvernant la destinée des hommes.

 

Et voilà qu’apparait avec les Hébreux une conscience religieuse radicalement nouvelle et différente : L’essentiel est la conscience morale qui est jugée par la volonté d’un Créateur.

 

Nous sommes tellement habitués depuis ce temps à travers la diffusion de l’éducation biblique à cette évidence de la conscience religieuse de type biblique qu’on ne prend pas garde au fait que dans le monde naturel, la conscience religieuse était la conscience païenne.

 

Et quelque soit le jugement de valeur que l’on porte sur ce terme de païen, il n’en reste pas moins qu’il s’agissait là d’une expérience religieuse authentique, étrangère, autre. Mais parfois une sensibilité mystique profonde de la religion païenne, c.-à-d. de la  relation de la conscience humaine avec ces forces transcendantes qui sont censées donner la signification du monde, mais pensées comme impersonnelles. Un peu ce qu’est la mentalité du matérialisme moderne qui pourrait être considéré comme  une laïcisation de la religion mythologique antique, avec de tout autres concepts, de tout autres principes et un tout autre vocabulaire, mais finalement dont le type de conscience est assez analogue.

 

Ex : le Midrash s’interroge pour savoir pourquoi les rêves du Pharaon étaient si difficiles à interpréter pour les sages de l’Egypte que le texte nomme les sorciers de l’Egypte ? Il s’agissait finalement d’un rêve simple à interpréter ! Pharaon est obsédé par une crainte d’un dérèglement de l’économie de son pays. Alors il rêve d’abord d’abondances, et ensuite des années de famines...  Il rêve au niveau de l’agriculture et de l’élevage. Comment se fait-il que les sages de l’époque n’arrivaient pas à percevoir quel était le souci du Pharaon dans ses rêves ?  

 

Dans leur mentalité habituée à une régularité absolue des cycles des forces naturelles, l’idée d’un dérèglement de l’économie qui dépendait du cycle agricole, était hérétique. Il y avait une mentalité qui était « orthodoxe ». Que l’on trouve parfois chez certains marxistes. Une incapacité de penser une hypothèse ou une éventualité autre que celles du système idéologique considéré.  

C’est-à-dire que les faits ont beau démentir l’idéologie, la mentalité orthodoxe consiste à opposer l’idéologie aux faits, à la réalité du monde réel ; et quand bien même le monde réel contredit la théorie c’est la théorie qui est censé avoir raison, et par conséquent cela mène à des catastrophes à des massacres...etc.  

 

Cette mentalité des religions astrologiques, nous la retrouvons très souvent dans la mentalité rigide et dogmatique des systèmes matérialistes. Au fond, en schématisant beaucoup, cette mentalité du matérialisme moderne c’est finalement la laïcisation de la mentalité astrologique ancienne.

En mettant dans ce terme de laïcisation toute l’histoire de l’évolution des idées qui prend des siècles. Mais c’est à peu près cette même incapacité de tenir compte du facteur de la liberté, du facteur de l’indétermination, du facteur de la volonté, du facteur de l’intervention de l’homme comme homme dans l’ordre des choses. Cela s’appelle de notre temps le matérialisme dialectique scientifique, c’est une pseudo-science qui projette une idéologie sur une découverte des lois qui régissent le phénomène économique.

 

Transposons cela dans la civilisation égyptienne, cela nous éclaire un peu sur la difficulté qu’avaient les sages du Pharaon à interpréter l’idée fixe, l’obsession, qu’il y avait dans ce rêve du Pharaon qui se répétait et il pressentait que son économie allait se dérégler.  

Or, dans les catégories de la mythologie égyptienne, le Dieu principal était le Nil. Or, c’était les crues du Nil qui garantissaient l´économie du pays. Je raccourcis le raisonnement pour aller vite, mais je pense que l’idée est claire.  

 

Et voilà Joseph ! C’est un récit assez fantastique : une civilisation entière attend qu’un esclave hébreu explique très simplement de quoi il s’agit.  

Le Midrash nous cite les différentes explications avancées par les sages égyptiens au Pharaon : 7 guerres gagnées et 7 perdues, 7 filles et les 7 mourront... On pressent l’intérêt de ce type de conscience ou de mentalité. Et il est bien évident que pour un état totalitaire, le souci est de gagner les guerres et non de les perdre. Et pour un état autocratique, le souci est d’assurer la descendance de la dynastie...

C’était le type d’explications proposées par les sages du Pharaon mais l’idée d’un dérèglement économique était hérétique parce qu’il y avait une mentalité orthodoxe de la détermination des phénomènes humains par les lois cosmiques. Aujourd’hui on dit par les lois tout court, ou par les lois de l’économie.

 

A travers les 10 plaies d’Egypte on sent le progrès du dévoilement de la volonté de quelqu’un. Lorsqu’on lit le récit des plaies d’Egypte on s’aperçoit au début que le phénomène est impersonnel, objectif. Il est censé atteindre tous les habitants du pays touchés par les plaies. Et puis progressivement on s’aperçoit que cela change : seuls les Égyptiens sont frappés et les Hébreux sont protégés.  

Les sages du Pharaon et Pharaon lui-même commencent à s’inquiéter. La plaie se fait intelligente. Y aurait-il une volonté derrière la plaie, derrière l’événement ?  

 

C’est là que les conseillers du Pharaon disent :

 

Ex. 8.15:

« וַיֹּאמְרוּ הַחַרְטֻמִּם אֶל-פַּרְעֹה אֶצְבַּע אֱלֹהִים הִוא

« …c’est le doigt de Elohim »

 

Verset extrêmement important : c’est là que se fait ce bouleversement de la découverte. Les croyances habituelles de la croyance religieuse païenne de l’Egypte vont être bouleversées. Quelque chose d’inouï apparait ; ce n’est pas l’impersonnel de l’événement, catastrophique ou non, qui régit le monde, c’est la volonté de quelqu’un. On ne peut manquer de le découvrir puisque la plaie est intelligente et sélective.  

 

Au milieu des 10 plaies d’Egypte, une autre caractéristique : lorsque Moïse déclenche une des plaies, les Egyptiens font appel aux magiciens qui déclenchent la même plaie. Seulement Moïse est capable de l’arrêter par sa prière, mais les magiciens n’arrivent pas à l’arrêter par leur prière. Ceci aussi inquiète le Pharaon. Cela signifie que le monde est régit de manière radicalement différente de ce qu’on croyait dans cette croyance païenne. Ce n’est pas le fonctionnement impersonnel des lois cosmiques, mais c’est plus haut, plus profond, au delà, la volonté de quelqu’un dont les forces cosmiques ne sont que le véhicule d’intervention.  

C’est au fond le conflit entre la mentalité hébraïque et la mentalité païenne déjà en ce temps-là.  

 

A la 10ème plaie, cette découverte que quelqu’un agit se fait plus qu’aveuglante : non seulement la plaie choisit entre les Egyptiens et les Hébreux, mais parmi les Egyptiens eux-mêmes elle choisit entre les 1er nés et les autres. C’est la panique absolue ! Pharaon est tellement bouleversé qu’il leur donne l’accord. Et puis 3 jours après il se ravise.  

Cela signifie qu’il peut y avoir des événements colossaux et cependant on revient aux habitudes de pensées antérieures. Donc il ne faut pas s’étonner de ce revirement.

L’analogie qui me vient à l’esprit : en 1948 les nations du monde, stupéfaites par l’événement du nazisme, ont finalement donné le feu vert à un tout petit état d’Israël. Quelques années après l’ensemble des nations à l’ONU se ravisent et décrètent que cet état est un état raciste... Cela ressemble beaucoup.  

 

Le Pharaon à la tête de son armée va à la poursuite des Hébreux qui se sont enfuis dans le désert en direction de la terre de Canaan.  

Les Hébreux sont donc pris dans le problème suivant : devant eux la mer, une impossibilité physique, derrière eux l’armée des Egyptiens.    

J’ai souvent dit à ce sujet que nos ancêtres les Hébreux avaient beaucoup de chance car ils n’avaient derrière eux que l’armée égyptienne…

 

Chapitre 14, Verset 10

 

וּפַרְעֹה הִקְרִיב; וַיִּשְׂאוּ בְנֵי-יִשְׂרָאֵל אֶת-עֵינֵיהֶם וְהִנֵּה מִצְרַיִם נֹסֵעַ אַחֲרֵיהֶם, וַיִּירְאוּ מְאֹד וַיִּצְעֲקוּ בְנֵי-יִשְׂרָאֵל, אֶל-יְהוָה

Et le Pharaon s’approcha Et les enfants d’Israël levèrent leurs yeux Et voici l’Egypte venait derrière eux Et ils prirent beaucoup peur Et les enfants d’Israël crièrent vers הַשֵּׁם 

 

L’étonnement est que ce peuple des enfants d’Israël qui vient d’être rescapé d’Egypte vient d’avoir l’expérience d’une intervention providentielle miraculeuse qui les a sauvés d’une aliénation d’esclavage dont en principe, d’après toutes les lois sociologiques connues, ils ne pouvaient pas être sauvés. Une phrase du Talmud le dit en clair : « D’Egypte on n’en sortait pas ».

 

Nous avons encore en mémoire ce temps en Europe d’où les Juifs ne sortaient pas non plus et où ils étaient pris au piège de « l’Egypte contemporaine ».  

Les Hébreux avaient eu l’expérience de Dieu pour eux. Tout était donc possible, même la sortie d’Egypte. Pourquoi ont-ils donc eu « très » peur ?   

 

Un événement que je voudrais citer :

Moïse entreprend de prier pour que Dieu aide les Hébreux pris de panique : la mer devant et l’armée égyptienne derrière. Dieu lui dit : « ce n’est pas le temps de prier : dis au peuple d’avancer et on verra ».  

 

Je vais me baser sur le commentaire de Rashi pour comprendre cette situation paradoxale d’un peuple qui avait toutes les raisons de se sentir en sécurité protégé par Dieu à plusieurs reprises et qui craint que Dieu ne le protège pas, et lorsque Moïse demande de l’aide par la prière pour un onzième miracle, Dieu lui répond que ce n’est pas le temps de prier...  

 

Rashi nous fait remarquer des particularités de formulation du texte en hébreu:

Et les enfants d’Israël levèrent leurs yeux et voici l’Egypte venait derrière eux.  

Pshat, la traduction littérale : ils levèrent les yeux pour voir au loin l’armée égyptienne qui arrivait…

Midrash : En levant les yeux, ils ont vu au ciel, et ils ont vu l’Egypte d’en-haut venir contre eux et ils ont pris peur. Ils ont vu l’Egypte d’en-haut venir au secours de l’Egypte d’en-bas.

 

La tradition de la Bible enseigne que chaque peuple est protégé par un שָׂר, un génie particulier, qui le représente dans le tribunal céleste.  

Dans l’angéologie chrétienne on l’appelle l’archange de tel ou tel peuple. L’archange de la France c’est Saint-Michel par exemple. Et ce n’est pas par hasard que c’est aussi celui d’Israël, Michaël.  

 

Le Dieu unique est une providence universelle pour l’ensemble de Sa création. Et pour chaque manière d’être particulière de la créature, les peuples, les nations, il y a une volonté particulière du Dieu unique concernant la destinée de chaque peuple de chaque nation, de chaque famille, de chaque individus, de chaque créature, c’est ce qu’on appelle les anges. C’est un problème un peu difficile à exprimer, surtout en français, mais je crois le problème clair.  

 

C’est toujours Dieu qui régit le monde à travers des médiations de providence et donc chaque peuple possède son שָׂר son génie propre qui le représente dans le tribunal céleste et qui plaide pour lui devant le Dieu unique la cause de la destinée de ce peuple que le Dieu unique a créé... 

 

Par conséquent, cela signifie que lorsqu’une décision d’intervention de la Providence divine doit être décidée au tribunal d’En-haut, chaque contestation est possible de la part des ennemis d’Israël eux-mêmes. C’est dire que ce dont Israël craignait c’est que le plaidoyer que l’ange de l’Egypte d’En haut ferait pour l’Egypte d’en-bas leur soit défavorable. 

 

Une des explications du Midrash est la suivante :

Les clauses de chacune des 10 plaies étaient : « Laisse sortir mon peuple ou telle ou telle plaie viendra te frapper… ».  

Or, jusqu’à la dernière, la plaie a frappé les Egyptiens ! Par conséquent, tout se passe comme si ils en avaient payé le prix et que le peuple d’Israël leur appartenait encore.  

Puisque les plaies ont eu lieu et que la clause était « Laisse partir mon peuple ou tu seras frappé de telle ou telle plaie », jusqu’à la dernière, ces plaies ont frappé l’Egypte donc le peuple appartenait encore à l’Egypte !  

Et par conséquent, il n’y avait du point de vue d’une stricte justice absolue, aucune possibilité pour Dieu d’aider les Hébreux à ce moment-là et c’est pourquoi ils ont eu si peur.  

Lorsque les Hébreux se sont rendu compte que l’Egypte d’en-haut venait au secours de l’Egypte d’en-bas, ils savaient que leur cause était perdue et qu’il fallait un miracle supplémentaire.  

 

Cela explique pourquoi le texte parle de cette panique qui a pris les Hébreux. Ils ont eu peur de ne plus avoir droit à l’intervention divine qui serait maintenant injuste, complaisante. La justice était pour les Egyptiens. Comme on dit en hébreu il y avait תיקוּ! Match nul !    

Du point de vue de la justice, les Égyptiens avaient le même droit de reprendre les Hébreux en Égypte parce qu’ils s’en étaient enfuis que les Hébreux qui avaient le droit de s’en enfuir parce qu’ils y étaient persécutés.  

Donc il fallait un mérite supplémentaire pour que Dieu se donne le droit d’intervenir en faveur des Hébreux. Ce mérite-là a été le mérite de la foi. C’est pourquoi Dieu dit à Moïse que ce n’est pas le temps de la prière. « Parles- leur et qu’ils avancent... »  

C’est un récit qui peut nous sembler étrange, mais c’est un récit que finalement nous vivons chacun dans notre histoire à l’échelle individuelle, ou collective dans l’histoire du peuple d’Israël et qui est très simple à diagnostiquer.  

Devant une impossibilité absolue et au-delà de toute raison raisonnable. Il fallait que quelqu’un ait le courage de commencer.

 

Un Midrash nous raconte que c’est un prince de la tribu de Judah qui s’appelait Na’hshon ben Aminadav qui s’est avancé dans la mer et la mer s’est ouverte. Cela veut dire que ce geste a donné aux Hébreux un surplus de mérite dans cette espèce de balance en équilibre du point de vue de la justice stricte par rapport aux mérites des Egyptiens frappés par les dix plaies et d’autre part le mérite des Hébreux.
Et de là dérive une expression en hébreu moderne pour dire les pionniers – ceux qui s’avancent en premier- on les appelle les « נַחְשׁוֹנִים », terme qui vient du nom de Na’hshon Ben Aminadav. עַמִּינָדָב signifie en hébreu : Celui qui est « au service de son père » dans cette cohérence des noms eux-mêmes...  

A ce propos le Midrash nous dit que devant la mer le peuple s’est divisé en 4 catégories

-  ceux qui voulaient se suicider

-  ceux qui voulaient retourner en Egypte

-  ceux qui voulaient guerroyer

-  ceux qui voulaient prier.

 

A cela Dieu répond : cela ne servira à rien...

 

בְּשַׁלַּח 14 :13-14

וַיֹּאמֶר מֹשֶׁה אֶל-הָעָם אַל-תִּירָאוּ--הִתְיַצְּבוּ וּרְאוּ אֶת-יְשׁוּעַת יְהוָה אֲשֶׁר-יַעֲשֶׂה לָכֶם הַיּוֹם:  כִּי, אֲשֶׁר רְאִיתֶם אֶת-מִצְרַיִם הַיּוֹם--לֹא תֹסִפוּ לִרְאֹתָם עוֹד, עַד-עוֹלָם

Et Moïse dit au peuple : Ne craignez pas Dressez-vous et contemplez le salut Que Dieu fera pour vous aujourd’hui  Car comme vous avez vu les Égyptiens en ce jour Vous ne les verrez plus jusqu’à fin du monde.  

 

יְהוָה יִלָּחֵם לָכֶם; וְאַתֶּם תַּחֲרִשׁוּן

C’est Dieu qui fera la guerre pour vous Et vous vous serez silencieux.

 

Le Midrash explique de la manière suivante :  

אַל- תִּירָאוּ  Ne craignez rien ! C’est pour la 1ère catégorie : ceux qui craignaient n’avoir plus aucune issue ou solution et qui devant l’impasse préférait le suicide collectif...  

 

Pour la 2ème catégorie, ceux qui voulaient retourner en Egypte, le verset dit :  

הִתְיַצְּבוּ וּרְאוּ אֶת-יְשׁוּעַת יְהוָה, אֲשֶׁר-יַעֲשֶׂה לָכֶם הַיּוֹם:  כִּי, אֲשֶׁר רְאִיתֶם אֶת-מִצְרַיִם הַיּוֹם--לֹא תֹסִפוּ לִרְאֹתָם עוֹד, עַד-עוֹלָ

Dressez-vous et contemplez le salut que Dieu fera pour vous aujourd’hui, car comme vous avez vu les Egyptiens en ce jour vous ne les verrez plus jusqu’à la fin du monde  

 

Pour la 3ème catégorie de ceux qui voulaient faire la guerre le verset dit :

יְהוָה יִלָּחֵם לָכֶם.

C’est Dieu qui fera la guerre pour vous  

 

Et pour la 4ème catégorie qui voulait prier :

וְאַתֶּם תַּחֲרִשׁוּן 

Et vous taisez-vous !

 

Que signifie ce Midrash ?  

Cela veut dire que lorsqu’une situation de ce type survient dans l’histoire d’un peuple, ou d’une destinée à l’échelle individuelle semble être sans issue, alors il y a 4 tendances, 4 stratégies de l’identité humaine qui se retrouvent à chaque péripétie, à chaque événement de l’histoire, dans des formes différentes. Mais finalement dans ces mêmes catégories :

-  les uns sont désespérés,

-  les autres renoncent à résister et veulent retourner en Egypte,

-  les 3èmes sont courageux et prêt à mourir même dans la guerre pour ne pas retourner en Égypte…

-  les 4èmes sont les pieux qui veulent prier...  

 

Dieu répond à ces 4 catégories que cela ne sert à rien ! Pourquoi ? Comme vu précédemment, c’est parce que le ciel est bouché ! Le שָׂר de l’Egypte peut plaider contre Dieu : Pourquoi intervenir en faveur des Hébreux contre les Egyptiens ? Ceux-là sont idolâtres mais ceux-ci seront idolâtres (la faute du veau d’or...)  

 

A vue d’historien on ne voit pas de différence entre les Hébreux et les Égyptiens. Dieu seul sait qu’il y a une différence qui est importante et qui se dévoile dans l’histoire. N’importe quel observateur objectif ne pourrait déceler de différence entre les deux, même pas dans l’histoire contemporaine. Mais Dieu sait qu’il y a une différence, mais il faut qu’elle soit dévoilée en toute justice, parce qu’il s’agit du Dieu dont parle la Bible et sous le regard de ce Dieu c’est la justice absolue seule qui est la justice.  

Et donc ces 4 stratégies sont donc par définition inefficaces... A moins qu’il n’y ait l’engagement de la foi du 5ème, Na’hson, alors elles les 4 stratégies reprennent un sens.  

Cela veut dire que s’il n’y a pas cet engagement de la foi, alors aucune de ces stratégies quelles qu’elles soient ne peut avoir d’efficacité donc d’autre part, même pas la prière.  

Rashi cite un Midrash très précis : lorsque Moïse veut prier, Dieu lui dit « comment ? Ton peuple est dans l’angoisse et toi tu veux prier ? » « Parles au peuple et qu’il avance... ». Qu’ils commencent par un faire un pas...  

 

Nous vivons de façon assez analogue cette péripétie : des tentatives de stratégies différentes pour résoudre les problèmes qui se posent à nous mais quelque soit le niveau où chacun se situe (prière, combat, philosophie...) tout cela n’est efficace qu’en présence de l’engagement de la foi.

 

בְּשַׁלַּח 14:15

וַיֹּאמֶר יְהוָה אֶל-מֹשֶׁה מַה-תִּצְעַק אֵלָי דַּבֵּר אֶל-בְּנֵי-יִשְׂרָאֵל, וְיִסָּעוּ

Pourquoi cries-tu vers Moi ? Parles aux enfants d’Israël et qu’ils avancent…  

Et c’est par le mérite de Na’hshon ben Aminadav que l’ensemble des catégories que le Midrash a décrit sont devenues efficaces.  

Ceux qui voulaient se suicider mettront toute leur fougue à avancer dans la mer sans s’y noyer... Ceux qui voulaient retourner en Egypte eux-mêmes – ceux qu’on appelle aujourd’hui les יוֹרדִים– on les retrouvera plus tard dans les épisodes du désert : « donnons-nous un chef et retournons en Egypte ».

 

Nous vivons sempiternellement la même histoire mais dans des formes différentes. Il est évident que la תּוֹרָה nous a déjà donné notre carte d’identité.  

A chaque génération nous pouvons rappeler cet enseignement : quels que soient les mérites du passé et les démérites des adversaires, finalement il y a un Juge absolu qui juge l’histoire du monde. Et ce jugement nous est décrit par la תּוֹרָה comme terrible.  

 

Au niveau théologique :

Dans toute tradition on se réclame de son Dieu qui ne s’occupe que de nous-mêmes et surtout pas des autres. Dans toutes traditions nous avons le Dieu de tel peuple et tel autre Dieu de l’autre peuple qui protège chacun son peuple... Le Dieu d’Israël c’est le Dieu unique. Cela signifie que lorsque nous avons un adversaire, derrière lui il y a le même Dieu que le nôtre.

Tant qu’on ne s’élève pas au niveau de ce monothéisme intégral, on ne peut pas comprendre ces récits de la Bible où l’on montre que, même assuré de la protection particulière parfois complaisante du Dieu Unique pour Israël, Israël craint les péripéties qu’il doit affronter. Il y a là une identification entre la conscience morale et la conscience religieuse.

On a une expérience aigüe du fait que Dieu est Un. C’est lui qui a créé tous les peuples comme toutes les créatures et est providence pour toute créature.  

 

Ce niveau du monothéisme universel a été rarement atteint, même en Israël : lorsque nous pensons à la définition du monothéisme hébreu nous pensons souvent à une monolâtrie, c’est-à-dire le fait de reconnaître un Dieu qui ne s’occuperait que d’Israël.    

 

C’est pourquoi lorsque l’ange de l’Egypte apparait dans le ciel, les Hébreux de la bible qui eux n’avaient pas besoin de théologiens pour connaître la vérité, avaient en face d’eux Dieu protégeant l’Egypte. De la même manière que dans tous les combats menés contre Israël racontés par la תּוֹרָה : la crainte de Jacob face à Esaü : il reconnait en face de lui Dieu protégeant Esaü.  

 

Nous avons à nous mesurer au niveau d’une conscience religieuse qui a accepté les impératifs de la conscience morale et nous sommes défavorisés par rapport à l’adversaire chez qui ce n’est pas le cas. C’est pourquoi l’histoire d’Israël est si difficile.   

Je reprends ce verset si banal, avec l’interprétation du Midrash qui dit : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même... » Et on oublie toujours la fin du verset « Je suis Celui qui est ton Dieu »

 

Un des Midrash lit le verset : « Tu aimeras ton prochain, comme toi-même je suis Moi qui suis ton Dieu » Cela veut dire : « Ce que tu feras à ton prochain c’est Moi qui te le ferais.. » 

Pour dire que Dieu protège l’autre avant de me protéger moi, alors que dans toutes les autres traditions c’est l’inverse : mon Dieu me protège moi et pas l’autre.  

L’expérience nous montre que très souvent la conscience juive n’arrive pas à comprendre la logique de sa propre histoire. En rattachant l’expérience que nous avons des péripéties de la vie à l’échelle individuelle ou collective, à la catégorie du monothéisme absolu, alors l’analyse des événements qui nous concernent prend une toute autre implication. Il faut les récapituler au niveau de l’histoire universelle.  

 

Ce Midrash est important pour nous expliquer le récit pur et simple de la תּוֹרָה à ce sujet.

Voilà pourquoi les hébreux étaient dans cette crainte : avons-nous suffisamment de mérites pour mériter l’intervention de Dieu ?

     

J’ai en mémoire une page du Talmud dans la Massekhet Qidoushin 30 :

« Chaque acte peut faire pencher la balance en bien ou en mal, en mérite ou démérite ».

A un certain stade de l’expérience morale, on se rend compte qu’il n’y a plus d’abri, et que chaque acte engage la destinée toute entière. Il faut apprendre cela et l’oublier. On ne peut pas vivre avec une consigne pareille, mais il faut savoir que c’est ainsi.

 

C’est le privilège de l’enfance de ne pas savoir cela et de croire qu’il y a un abri, à l’abri duquel les actes pourront être révisés le cas échéant. Arrivé à un certain stade de l’expérience morale on sait qu’il n’y a pas d’abri et que chaque acte peut faire tout pencher d’un côté ou de l’autre...

C’est ce que nous dit le Talmud.  

C’est le cas dans ce récit : il suffisait d’un acte d’engagement dans la foi pour faire pencher la balance du mérite du côté des Hébreux...

 

Q : le fait de prier n’est il pas un acte d’engagement dans la foi ?

R : le fait de prier est un acte de demande. Prier signifie demander. Or, on obtient si on le mérite. Dieu qui dit ce n’est pas le temps de la prière, signifie dans notre étude : « Il n’y a pas de mérite suffisant pour que Je vous réponde. » Et donc l’acte de foi était un acte d’engagement, c’est un pari qui est fait : entrer dans la mer mais sans savoir qu’elle va s’ouvrir, faire confiance...

Vous êtes habitués à l’idée que prier signifie avoir la foi. Quelle foi ? C’est demander comme en français. En français « prier » qu’on emploie abusivement pour désigner tous les rites qui se font par la parole. Dans le sens strict, une prière est une demande. Il y a un des rites qui se fait par la parole, le שְׁמוֹנֶה עֶשְׂרֵה, la עֲמִּדָה, qui est le comportement qui consiste à se mettre devant Dieu pour lui demander quelque chose que l’on ne peut pas obtenir par soi-même, mais dont on a l’exigence absolue. C’est cela la prière.  

 

Si vous dites un Psaume ce n’est pas la prière c’est louer Dieu, c’est autre chose. Dire un קָדִישׁ, ce n’est pas une prière mais un rite de sanctification comme le קִידוּש ou la קְדוּשָה...  C’est un emploi abusif du mot prière.  

 

Moïse prie et demande que Dieu intervienne. Dieu lui dit « parles au peuple et qu’il s’engage et qu’il ait foi-confiance dans son histoire, dans leur destinée.... » 

Certains savent crier. Mais toutes ces stratégies qui ne peuvent être conduites que par ceux qui savent les faire, les unes et les autres, tout cela nous dit le Midrash n’a d’efficacité que par un engagement de la foi.    

 

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Une analyse schématique de l’historie d’Israël : chaque fois qu’apparait un patriarche apparait avec lui dans le même récit un adversaire. Au niveau d’Abraham nous avons deux personnages qui accompagnent son histoire, Nimrod et Loth.

Nimrod est selon le Midrash l’adversaire qui veut supprimer Abraham. Le roi de Babel qui a jeté la famille d’Abraham dans la fournaise d’Our-Kasdim…

Loth est parent d’Abraham qui ressemble à Abraham et qui va très rapidement devenir un rival d‘Abraham, une approximation d’Abraham qui va devenir un rival d’Abraham.  

 

A chaque génération c’est une ligne qui traverse toute notre histoire : Israël est confronté à deux sortes de rivalités :

=>  L’antagonisme qui veut détruire,

=>  L’approximation d’identité qui veut le supplanter.

 

Très rapidement, au niveau de l’histoire d’Abraham c’est Nimrod d’un côté et  Loth de l’autre.

Nimrod le tyran disparait avec son empire, Loth va faire souche et de Loth apparaîtront deux peuplades - Moav et Ammon - dont la תּוֹרָה nous montre la rivalité qui dure d’ailleurs jusqu’à aujourd’hui, bien qu’occultée, contre Israël.  

A la 2ème génération le patriarche c’est Isaac. Abimelekh roi de Philistée est l’antagoniste qui veut le supprimer. L’approximation qui veut le supplanter c’est Ismaël.  

Cela fait déjà 4 rivalités. Au niveau de Jacob, l’approximation d’identité est Esaü qui se prend pour Israël, et de l’autre côté Laban qui veut détruire Jacob complètement.  

Cela fait 6 adversaires, 3 d’un côté dont l’objectif est de détruire Israël et 3 de l’autre dont l’objectif est de remplacer Israël. Ces rivalités traversent l’histoire et existent jusqu’à aujourd’hui encore.  

A certaines époques de l’histoire d’Israël, qui sont des périodes de fin d’exil, un personnage plus terrible apparait qui s’appelle Amaleq et qui récapitule ces 6 modalités à la fois dans une modalité qui les dépasse et les englobe. C’est un personnage, une manière d’être qui veut à la foi détruire Israël et le remplacer. En lisant « Meïn Kampf » d’Hitler, on se rend compte que le programme d’Hitler est de détruire Israël et de le remplacer. Avec un cynisme absolu Hitler a dit ce qu’il voulait faire, et personne ne l’a cru. La charte palestinienne reprend ces thèmes.  

Amaleq apparait en fin d’exil. A la sortie d’Egypte, il tente de détruire Israël et de le remplacer. Amaleq apparait à la fin du 2ème exil. Le récit du livre d’Esther, avec le récit des Amalécites et Haman, qui ont pour objectif de détruire la communauté juive de Perse. Esther intervient et la sauve miraculeusement, c’est toute l’histoire de Meguilat Esther qui se déroule à la fin du 2nd exil.  

 

Il y a d’ailleurs une correspondance des dates avec l’histoire contemporaine qui est assez impressionnante.  

 

Il y a d’abord la déclaration du roi de Perse, Cyrus, qui est le dernier texte de la Bible qui donne la possibilité aux Juifs de Perse de rentrer en Judée reconstruire le Temple. Au moment où Cyrus a donné le feu vert aux Juifs de rentrer c’est là que la Bible s’arrête. Cyrus est appelé par les prophètes « יְהוָה מַשִיחַ» - un messie de Dieu – il a donné la possibilité aux Juifs de Perse la même chose que ce que Moïse avait donné aux Juifs égyptiens...  

Ce sont les derniers versets de la Bible. On peut l’appeler « la déclaration Cyrus », à la manière de la déclaration Balfour d’ailleurs. Les Juifs de Perse ne bougent pas, Haman prend le pouvoir quelques années après. Finalement, grâce à la reine Ester la catastrophe est évitée mais on a le même épisode.  

De notre temps, la déclaration Balfour et quelques années après, Hitler a pris le pouvoir. C’est très parallèle.  

Sans entrer dans ces détails-là, c’est pour dire que c’est au moment où on entre dans cette période de fin d’exil  qu’une certaine manière d’être adversaire d’Israël, qui récapitule tous les dossiers – Nimrod – Lot – Abimelekh – Ismaël – Laban - Esaü – apparait avec un double objectif détruire Israël et le remplacer.

 

De notre temps, on voit aussi que cette tentative de détruire et remplacer le peuple juif apparait au temps de fin d’exil.  

1/5ème du peuple juif sort de Perse.

Nous espérons faire mentir les statistiques. Il n’y pas de fatalité dans les statistiques, mais il est frappant de voir qu’une partie à chaque fois décide de sortir, une partie sort d’Egypte, une partie sort de Perse, une partie sort d’Europe...

 

Q : Dieu demande à Saoul de détruire Amaleq pourquoi pas ?

R : il y a un handicap de la conscience morale de Saoul lorsqu’il a fait prisonnier le chef de la tribu d’Amaleq il ne l’a pas détruit selon l’ordre de la תּוֹרָה il a eu pitié de lui, et d’Amaleq est descendu finalement Haman.

 

Q : la durée des plaies ?

R : en tout cela a duré 1 an et demi.

 

Q : ce n’est pas le temps de prier...

R : Dieu ne peut pas intervenir car la justice est du côté des Egyptiens qui ont payé le prix fort pour obtenir ce peuple comme esclave, et par conséquent les Hébreux voyant l’ange tutélaire de l’Egypte venir plaider au tribunal céleste, savent qu’ils ne doivent pas s’attendre à une intervention de Dieu, à moins que... Dieu dit à Moïse : fait leur acquérir un mérite supplémentaire...  

Les clauses à chaque annonce des plaies étaient : « laisse sortir mon peuple ou tu subiras telle plaie... ». Ne laissant pas sortir le peuple et subissant la plaie, ils conservent le droit sur le peuple...  

Que faisaient les Hébreux en Egypte ?

C’est comme la question : « un Juif au pôle nord, comment fait-il pour compter Shabbat ? »

La réponse, c’est : « que fait un juif au pôle nord ? »  

Il y a un contrat de travail entre les Egyptiens et les Hébreux. Cela commence avec Joseph. Il a rêvé que la mission d’Israël était d’être au service de la civilisation du temps. Il en est devenu le vice-roi.

Déjà Dieu avait dit à Abraham : cela durera 400 ans...  

S’il y a contrat de travail, il ne peut être rompu qu’avec l’accord du patron, Pharaon. Tant que le Pharaon ne donne pas son accord on est tenu enchainé par ce contrat.  

On s’aperçoit deuxièmement dans ces récits que les Hébreux ne voulaient pas sortir d’Egypte.  

Du point de vue d’une justice absolue, Dieu ne peut pas intervenir pour les Hébreux contre les Egyptiens, puisque les Egyptiens ont payé le prix. C’est cela qui cause la peur panique des Hébreux : voir l’ange tutélaire de l’Egypte venir au secours de l’Egypte d’en-bas !

 

Ils n’avaient pas assez de mérite. S’ils avaient assez de mérite, 40 ans auparavant, lorsque Moïse leur a dit que c’était le temps de partir, ils seraient partis avec Moïse qui a dû s’enfuir à Midian se protéger de la colère des Hébreux.  

La situation est celle d’une balance de mérite et démérite qui fait que Dieu en toute justice ne peut pas intervenir.

 

Q : si 4/5ème sont restés et morts en Egypte, c’est déjà un mérite pour les 1/5ème d’être sortis ?

R : c’est justement la question : les Hébreux n’étaient-ils pas en droit de penser cela ?  

Pourquoi donc cette peur ? Le Midrash souligne qu’ils savent qu’ils sont sortis en fraude. Puisque les Egyptiens ont été frappés des 10 plaies, ils n’avaient pas le droit de sortir. Cela va jusque-là cette conscience de la  justice absolue... C’est pourquoi les textes disent qu’ils se sont enfuis. Alors Pharaon les a poursuivis…

 

Q : c’est Pharaon lui-même qui les a renvoyés ?

R : non, Pharaon les a renvoyé dans la panique suscitée par la plaie de la mort des 1er-nés, il s’est ressaisi après en se rendant compte que la justice était de son côté. Vous m’obligez à me faire l’avocat du diable. C’est à comprendre au niveau du Dieu Un universel, Unique et Uni... Cela nous explique pourquoi l’histoire d’Israël est si difficile. Parce que le Dieu d’Israël est le Dieu de l’universel humain et cela dérive de la définition même de la foi d’Israël. Le Dieu d’Israël se définit comme celui qui protège l’autre : « וְאָהַבְתָּ לְרֵעֲךָ כָּמוֹךָ: אֲנִי יְהוָה ».

 

Q : un tel Dieu d’Israël cela veut dire qu’Israël a mérité ses plaies pendant un an et demi ?

R : les plaies frappent les Egyptiens et non les Hébreux. La Mishna parle de plaies et de miracles : 10 plaies pour les Egyptiens en Egypte et nos pères ont mérité 10 miracles en Egypte. Le Maharal explique : lorsque la plaie frappait l’Egypte, c’était une catastrophe qui aurait également dû frapper les Hébreux. Pour les protéger il fallait un miracle. Il y avait donc simultanément la plaie et le miracle faisant que les Hébreux étaient épargnés.

 

L’expression est très forte dans le récit : Pour la sortie d’Egypte le récit dit : גוֹי  מִקֶּרֶב גוֹי.

Sortir « une nation du dedans d’une autre nation »

 

Israël est comparé par le Midrash comme un embryon dans le sein de sa mère, l’Egypte.

Imaginons une minorité juive au sein d’une majorité étrangère : comment faire sortir une nation du dedans d’une autre nation : il ne faut pas uniquement la plaie, mais le miracle à l’intérieur du miracle de la plaie pour distinguer...  

La question fondamentale : il y a une promesse de protection sur Israël, mais il y a des clauses.

Comme ici. Le texte est très clair : Dieu dit à Moïse : « Je ne peux pas intervenir à moins que... »

« Avancez et on verra… ».

« Avancez » signifie ici un acte de foi.

Alors הַשֵּׁם peut intervenir contre l’ange de l’Egypte : « Oui, mais ceux-là ont foi !»

C’est cela le mystère de l’histoire d’Israël.  

Dans le cadre du jugement humain, on ne comprend pas pourquoi הַשֵּׁם privilégie Israël plutôt que les גּוֹיִם. Qui peut voir la différence ? Objectivement pourquoi le Dieu de la Bible préfère Israël ? C’est qu’il y a des raisons qu’Il connait et si ces raisons ne jouent pas הַשֵּׁם est comme paralysé si j’ose dire. Et il dit à Moise : « Je ne peux pas ! »

 Il y a une sorte de balance de la justice qui fait que Dieu ne peut pas intervenir à moins qu’il y ait pour Israël un mérite supplémentaire qui justifie la protection. 

 

Q : Et un seul a suffit ?

R : et oui, exactement ! C’est la grande leçon de Na’hshon Ben Amidadav.

Il faut d’abord l’acte de celui qui a commencé.

Peut-être comme Ben Gourion ou plus tôt Herzl ou plutôt encore le Gaon de Vilna qui fut un des premier à dire : « le temps est arrivé » ou le ‘Hafets ‘Hayim...

Et cela commence... et les autres suivent...  

Le Midrash nous aide à comprendre ce qui s’est passé et nous permet en même temps de mieux comprendre ce que nous vivons de notre temps.  

Il y a un mouvement de va et vient du texte : le texte nous fait comprendre notre histoire et c’est notre histoire qui nous fait comprendre le texte. Ces choses invraisemblables que nous raconte le texte expliquent la chose invraisemblable que nous vivons...  Et le fait que nous vivions cette chose invraisemblable rend compte de la cohérence du texte qui nous parle de l’histoire des commencements... C’est le Midrash qui nous permet cela...

Et pendant des siècles on pourrait lire ces récits bibliques à la façon de lectures pieuses sans rien comprendre de ce qui se passe à l’histoire juive.  

Lorsqu’on se rend compte que c’est cette histoire qui nous est racontée, alors on se rend compte que ce n’est plus une histoire pieuse mais c’est notre carte d’identité qui nous est racontée...

 

Q : L’acte de foi de Ben Gourion décidant la création de l’Etat d’Israël est-il le même phénomène ?

R : C’est très analogue ! Dans ce contexte historique de l’époque il y avait deux principales tendances : un état binational ou un état juif. La décision de Ben Gourion l’a emporté. Il y avait aussi une tendance prête à accepter d’être une minorité juive dans un état arabe... La décision de Ben Gourion en dépit de toute vraisemblance a imposé que ce serait un état Juif. C’est un saut dans l’inconnu, il y a eu un pari, comme ce Na’hshon qui rentre dans la mer. Maintenant c’est rentré dans la réalité, cela va de soi... mais il a fallu ce commencement !

 

***

 

Début de Parashah.

 

בְּשַׁלַּח 13 :17

וַיְהִי בְּשַׁלַּח פַּרְעֹה אֶת-הָעָם וְלֹא-נָחָם אֱלֹהִים דֶּרֶךְ אֶרֶץ פְּלִשְׁתִּים כִּי קָרוֹב הוּא  כִּי אָמַר אֱלֹהִים, פֶּן-יִנָּחֵם הָעָם בִּרְאֹתָם מִלְחָמָה--וְשָׁבוּ מִצְרָיְמָה  

 Et il arriva lorsque Pharaon renvoya le peuple  Elohim ne les a pas conduit par le chemin de la terre des Philistins.  

A peu près le territoire actuel de Gaza qui s’appelait אֶרֶץ פְּלִשְׁתִּים: c’était le comptoir de Pelashet, peuplade venant de Crête qui avait des comptoirs sur la terre de Kenaan : Aza, Ashdod, Ashkelon d’aujourd’hui...etc. Effectivement, quittant l’Egypte par le chemin de côte, il aurait suffit de 11 jours de marche pour arriver dans la région de Jérusalem. Mais Dieu ne les a pas conduits par ce chemin de אֶרֶץ פְּלִשְׁתִּים...  

car il était proche car Dieu s’était dit de peur que le peuple ne regrette  voyant (l’éventualité de) la guerre et ne retourne en direction de l’Egypte.

 

13:18

וַיַּסֵּב אֱלֹהִים אֶת-הָעָם דֶּרֶךְ הַמִּדְבָּר, יַם-סוּף; וַחֲמֻשִׁים עָלוּ בְנֵי-יִשְׂרָאֵל, מֵאֶרֶץ מִצְרָיִם  

Et Dieu fit contourner le peuple par le chemin du désert יַם-סוּף. Et c’est armés en guerre que les enfants d‘Israël sont montés d’Egypte.

 

Pendant tout le récit on parle du peuple « עַם » et au dernier récit on parle des בְּנֵי יִשְׂרָאֵל.

Avant d’y arriver je vous poserais une question d’ordre globale : on est habitué à l’idée que si les enfants d’Israël ont passé 40 ans dans le désert avant d’arriver en אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל en quittant l’Egypte, c’était pour aller au Sinaï recevoir la תּוֹרָה. Or, il n’y a aucune allusion à cela dans ce texte ?  

Si on se demande pourquoi le peuple n’est pas rentré directement en Israël mais est passé par le désert, notre habitude de pensée est de se révérer à un événement important : la révélation de Dieu au Sinaï : il fallait y passer pour y recevoir la תּוֹרָה mais le texte ne fait aucune allusion à cela !

 

Commentaire :

Il n’y a pas que les Hébreux qui sont sortis d’Egypte.

Les Hébreux sortis d’Egypte s’appellent dans le texte les « בְּנֵי יִשְׂרָאֵל », ce sont les descendants des tribus. Avec les בְּנֵי יִשְׂרָאֵל, enfants hébreux descendant des Patriarches, il y a eu tout un ensemble de peuples qui était en esclavage en Egypte. Et Moïse a pris l’initiative de les adjoindre au peuple d’Israël et de faire sortir d’Egypte Et le texte semble parler de ce « עַם ».

 

13 :17

וַיְהִי, בְּשַׁלַּח פַּרְעֹה אֶת-הָעָם

Et il arriva lorsque Pharaon renvoya le peuple

 

וְלֹא-נָחָם אֱלֹהִים דֶּרֶךְ אֶרֶץ פְּלִשְׁתִּים  

Elohim ne les a pas conduit par le chemin de la terre des Philistins ...  

 

וַיַּסֵּב אֱלֹהִים אֶת-הָעָם דֶּרֶךְ הַמִּדְבָּר, יַם-סוּף  

Et Dieu fit contourner le peuple par le chemin du désert

 

Et la motivation qui nous est donnée : la crainte de la difficulté qui risquerait de les atteindre (la guerre d’indépendance)  ferait qu’ils regretteraient, se raviseraient et retourneraient en Egypte...

 

Il y a cette indication étrange du verset 18:  

וַחֲמֻשִׁים עָלוּ בְנֵי-יִשְׂרָאֵל, מֵאֶרֶץ מִצְרָיִם

Et c’est armés en guerre que les enfants d‘Israël sont montés d’Egypte.  

Il semble y avoir une contradiction, si on ne distingue pas deux ensembles différents du même peuple dans ce même verset.

 

Il y a trois entités que la תּוֹרָה va nommer différemment :

=>  בְּנֵי יִשְׂרָאֵל => les descendants des tribus.

=>  עַם => le peuple qui s’est adjoint à eux que dans d’autres contextes la bible nomme «עֵרֶב רַב : le grand mélange » de peuples qui s’est adjoint à Israël, ou bien « אָסַף סוּף la foule »

=>  בְּנֵי יִשְׂרָאֵל עַם: l’expression que l’on retrouve lorsque les deux sont intégrés.  

Les enfants d’Israël étaient décidés – חֲמֻשִׁים signifie littéralement « en colonne par 5 » qui est le rang de bataille – c’est pourquoi la traduction habituelle lit : « armés en guerre... »

Les équipages de char s’appelaient les שָּׁלִישִׁים parce que c’était des groupes de 3.

L’infanterie c’était en rang par 7...  

Cela veut dire que les enfants d’Israël, les tribus étaient décidés, puisque la sortie d’Egypte était effective, à toute éventualité la guerre y compris pour entrer dans la terre des ancêtres. Alors que « le peuple » n’est pas concerné par ce pays.

 

L’ensemble des Hébreux et ceux qui ont vécu l’expérience de la foi des Hébreux, c’est pourquoi Moïse les adjoint aux Hébreux, sortis d’Egypte.  

 

La foi des Hébreux consiste en l’expérience de la foi de l’exil et en l’expérience que la גֵאֻלָה, le salut est possible. Ce peuple עֵרֶב רַב  est constitué d’hommes de tous les peuples qui ont eu la même expérience existentielle que les Hébreux, l’asservissement de l’esclavage et la conscience que l’on peut en sortir. C’est pourquoi le message de Moïse est très clair. Bien que non-descendants de Patriarches, ils ont la même identité. C’est le peuple des convertis à Israël par expérience de la sortie d’Egypte.  

 

C’est très analogue d’ailleurs à ce qui se passe aujourd’hui autour d’Israël, des hommes et femmes de tous les pays demandent à devenir juif pour pouvoir être israéliens. Ils pressentent que l’histoire passe par Israël et que le temps du salut approche...  

C’est exactement ce qui se passe. Moïse les reconnait comme candidat à l’identité d’Israël. Ils sortent d’Egypte avec Israël et ils ont l’identité d’Israël... Mais ils ne descendent pas des Hébreux : cela nous explique un problème assez mystérieux : le peuple sorti d’Egypte, finalement va accepter la תּוֹרָה de Moïse, mais ne rentrera pas אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל. 

 

Pourquoi ?  

=>  La faute du veau d’or,

=>  La faute des explorateurs.  

Le récit nous montre très clairement que cette partie du peuple, qui n’est pas le descendant des enfants d’Israël mais qui va se joindre à eux, accepte la Loi de Moïse mais ne sont pas concernés par la promesse de la terre.  

Il faut éviter les analogies car aujourd’hui énormément de Juifs accèdent à la תּוֹרָה mais pas la terre d’Israël... Cela ressemble à leurs descendants. Il y a une situation très analogue. Il y a ces Juifs de la תּוֹרָה de Moïse qui ne veulent pas de la terre d’Israël et la considèrent comme une terre sainte.

 

Q : Le  עֵרֶב רַב  correspond au 4/5ème des Juifs disparus ?

R : Ils étaient au même nombre. On l’apprend du récit de la faute du veau d’or. Moïse descend de  la montagne et Josué monte à sa rencontre. Ils se rencontrent à mi-chemin. Moïse: que se passe-t-il ? Josué : Il y a du bruit, ni un bruit de victoire, ni un bruit de défaite...

Cela veut dire qu’il y a deux camps aussi forts l’un que l’autre.

Et finalement à la longue le côté עֵרֶב רַב a pris plus d’importance que les בְּנֵי יִשְׂרָאֵל.

On l’apprend de la faute des explorateurs : 10/12 : 10 d’entre eux influencé par la propagande du עֵרֶב רַב ne veulent pas entrer en Israël. Et deux seulement restent fidèles à Moïse. 

A chaque situation importante de l’identité d’Israël: deux fractions de force égale...

Il y a toute une époque de régularisation de l’identité à l’échelle individuelle qui est tout à fait normale. Une ré-identification à l’échelle individuelle n’a pas forcément le même rythme qu’un événement à l’échelle collective. Cet événement à l’échelle collective, qui s’est passé de notre temps, est irréversible. C’est une mutation d’identité. 

 

Q : Quelle est l’origine de עֵרֶב רַב ?

R : Ce sont des peuples non-hébreux en esclavage en Egypte

 

Q : différence entre גֵּאֻלָה et יְשֻׁעַה ?

גֵּאֻלָה : sauvé de l’esclavage lui-même - יְשֻׁעַה: délivré de la souveraineté des Egyptiens sur les Hébreux, même en l’absence de persécution ou esclavage...

Ce sont deux niveaux du salut différent.

Du Rav Ouziel : « nous attendons deux messies : l’un qui sortira les Juifs de l’exil (גֵּאֻלָה) et l’autre qui sortira l’exil des juifs (יְשֻׁעַה) ».

 

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Marc Halifax

13 Avril 2020 à 18h36

Chalom
C est Manitou il n y a rien à dire, mais dommage que le cours ne soit pas entier’
Merci de mettre la suite si c est possible
Hag Samea’h
Marc