L’OEUVRE DE LA CRÉATION
LES ENGENDREMENTS
JUIFS OU HÉBREUX
ISRAËL ET LES NATIONS
MESSIANISME
THÈMES FONDAMENTAUX

TICHA BÉAV ET LE TEMPS DU MESSIE. UNIFIER NOTRE PEUPLE

par Olivier COHEN, le 27/07/20

Un Midrach très connu de notre tradition nous indique que le Messie doit naître le jour de la destruction du temple, c’est-à-dire le 9 Av

 

Derrière l’idée que l’identité du jour du 9 av, qui est un jour de tristesse et de deuil deviendra un jour de joie et de réjouissance, se cache un enseignement beaucoup plus profond de notre tradition qui est que toute chute a sa réparation. C’est lorsque tout va mal et que tout parait perdu et désespéré, que le temps de la délivrance approche et que la réussite de notre histoire est à notre porte.

 

C’est lorsque Jacob pleure la mort (présumée) de son fils Joseph et que Yehouda descend dans le tréfond des abimes, que Dieu se demande quelle goutte de semence fera naître le messie…

 

Dans cette période de deuil, autour de la période du 9 Av qui commémore un certain nombre d’événements douloureux, difficiles pour notre peuple dont la destruction du premier temple et celle du second temple, il peut alors être intéressant de s’interroger un instant sur la période et l’identité du Messie.

 

En France nous vivons dans un environnement occidental d’inspiration Chrétienne qui nous a fait un peu oublier les fondamentaux de notre tradition.

 

Pour les Chrétiens le messie c’est Jésus et cela a de nombreuses conséquences, qui aujourd’hui d’ailleurs les mettent dans une situation parfois un peu embarrassante et paradoxale, et qui constituent d’autre part des divergences irréconciliables avec notre tradition.

 

On peut en citer au moins trois :

 

Tout d’abord, pour les chrétiens le messie vient de l’immaculée conception. L’idée même que le messie puisse venir d’une relation sexuelle consentie entre un homme et une femme est une idée hérétique pour eux. On peut noter qu’il y a derrière cette notion, l’empreinte de la tradition hébraïque pour qui la lignée par ou passe les engendrements qui vont aboutir au fils de l’homme capable d’être frère, se réalise dans la difficulté. Sarah a du mal à enfanter, Rivka a du mal à enfanter, Rachel a du mal à enfanter, Hannah a du mal à enfanter. L’idée qu’il y a derrière est que l’obstacle ne se fait l’adversaire que de ce qui peut réussir. Cette tension sur la possibilité de l’enfantement dans la lignée qui aboutit à Jacob qui parvient à porter le nom d’Israël se transforme dans la religion Chrétienne en une matrice éternellement vierge et éternellement féconde. Ou l’art de transformer une morale en religion.

 

C’est aussi ce qui fait dire aux Chrétiens que le messie est Dieu le fils. On est devant un être mi homme mi Dieu et donc l’identité du messie est ici spécifiquement attachée à la personnalité d’un être en particulier, qui a la qualité d’être non seulement le fils de Dieu mais également Dieu le fils. Et il est bien évident que le fait de nommer un homme, Dieu est considéré par notre tradition comme le principe même de l’idolâtrie. Sur ce point, Juifs et Chrétiens ne peuvent pas dialoguer.

 

Enfin pour les Chrétiens le messie est déjà venu. Au-delà des problèmes théologiques et historiques que cela peut présenter puisque l’arrivée du messie est censée apporter la transfiguration du monde et la paix universelle, et il ne semble pas que depuis plus de deux mille ans ce soit le programme auquel nous ayons assisté, Il y a également le fait que le messie qui vient et le messie qui revient ce n’est pas du tout la même chose. Chez les uns le messie qui vient est un temps optimiste qui s’inscrit dans une progression et la réalisation de l’histoire, l’espérance s’envisage derrière une conception heureuse de la messianité, alors que chez les autres, le messie qui revient, c’est un temps cyclique, pessimiste, ca recommence, et derrière ce « ça recommence » se trouve caché un certain renoncement, une forme de fatalité et probablement aussi un peu de désespérance.  C’est le mythe de Sisyphe et la situation d’absurdité qu'Albert Camus a su si bien décrire, avec ce recommencement permanent qui n’offre aucune place sur terre pour l’espérance ni l’enchantement.

 

On a là deux conceptions totalement différentes du temps et de la messianité.

 

Ces divergences d’approches considérables provoquent inévitablement des antagonismes dans la définition des termes et c’est la raison pour laquelle il est préférable de revenir à notre tradition et à nos enseignements, et particulièrement ceux que donnaient Manitou, pour parvenir à donner une définition authentique de ce qu’est, selon nous l’identité messianique.

 

Dans notre tradition nous savons qu’il y a trois types de relations. La relation entre l’homme et Dieu, c’est-à-dire, en simplifiant beaucoup, le domaine religieux, la relation entre l’homme et son prochain pour résumer on pourrait appeler cette relation la morale et la relation entre l’homme et lui-même, c’est-à-dire pour synthétiser l’aspect spirituel.

 

Les deux premières relations doivent être réalisées pour permettre la troisième.

 

On connait cet exemple qui nous est donné dans notre tradition, par la lignée dans les engendrements qui aboutit à Jacob : Shem est le principe de la réparation de la relation avec le créateur, Ever celui de la réparation entre la créature et l’autre créature, être frère de. A partir d’Abraham va commencer la réparation de la sainteté dans les rapports entre l’homme et l’identité humaine en soi qui est le principe important qui donnera à Jacob le nom d’Israël.

 

La relation entre l’homme et lui-même c’est précisément la conduite qui permet à chacun d’entre nous pouvoir approcher l’identité réussie, authentique en nous-même et donc de pouvoir réaliser cette identité messianique. Chacun d’entre nous a la possibilité de réussir son histoire à l’échelle individuelle puis à l’échelle collective.  Il faut parvenir à résorber le décalage, la tension qui existe entre celui que nous sommes et celui que nous devrions être pour que l’identité humaine soit réalisée, réussie, authentique en nous.

 

Ce qui est vrai à l’échelle individuelle est bien entendu vrai également à l’échelle collective et le peuple d’Israël doit réussir de devenir le peuple qu’il doit être et donc de parvenir à élever son être réalisé en cours d’histoire et le hisser au niveau de celui qu’il doit être à la fin de l’histoire pour aboutir à un être devenu.

 

Ces points étant posés il est alors possible d’énoncer l’idée du messie telle qu’elle est présentée selon notre tradition.

 

Le messie c’est l’être qui parviendra à redonner l’envergure complète et intégrale de l’identité hébraïque perdue, détruite en fin de compte par l’empire de Romain. Cette reconstruction est imaginée par une partie de nos sages en deux étapes. Ce sont les deux étapes qui permettront de sceller la réconciliation entre Yehouda et Joseph, et de réaliser l’unité du peuple.

 

Une première étape devrait permettre la reconstruction nationale de l’identité hébraïque sur sa terre à la suite de la destruction de l’ancien Royaume d’Israël.

 

Dans notre histoire après le règne du roi Salomon, il y a eu le chiisme entre le Royaume de Joseph ou d’Ephraim ou encore la Maison de Joseph, qui était au Nord, qui avait pour capital Samarie et qui comptait  neuf tribus et demie, et le Royaume de Juda, au Sud, qui avait pour capital Jérusalem, qui était resté fidèle aux enseignements de notre tradition, et  qui comptait deux tribus et demie, la tribu de Yehouda, celle de Benjamin et la moitié de la tribu de Menacé. Le Royaume du Nord a cédé le premier devant les Assyriens et le Royaume de Juda est resté le seul représentant de l’identité Israël, mais avec une diminution d’identité puisqu’il n’y avait que deux tribus et demi pour représenter les douze tribus d’Israël. Autrement dit le vecteur de captation de l’identité hébraïque était mutilé, manquant, défaillant, puisque les Judéens se trouvaient héritiers de l’identité de tout Israël alors qu’ils n’étaient que Judéens.

 

C’est à cette époque qu’est né en Israël une première messianité qu’on a appelé la messianité du fils de Joseph et qui devait redonner la dimension intégrale de l’identité nationale hébraïque.

 

Ce messianisme-là est l’espérance de la reconstruction de l’identité hébraïque à partir de l’identité Juive. C’est cette messianité qu’on a appelé la messianité du fils de Joseph, car le Royaume qui était perdu était celui de Joseph. On attend donc d’abord le messie de la reconstruction de l’identité nationale. Un retour à l’identité hébraïque. Et il semble bien que nous soyons en train de vivre ce moment à l’échelle collective grâce à la matrice d’engendrement qu’est Israël. De Juifs, qui étaient dans une identité provisoire pendant le temps de l’exil, nous sommes en train de redevenir Hébreux. Jacob sort de l’exil pour rentrer chez lui et se fait de nouveau appeler Israël. C’est un événement messianique incontestable qui a des implications considérables.

 

Et puis nous attendons une seconde messianité qui est la réauthentification de la nation d’Israël reconstituée par rapport à la Torah.

 

Nous sommes le seul peuple à avoir accepté cette situation particulièrement délicate que le sens de l’histoire passe par le respect des valeurs morales, et il nous faut ré apprendre cela. Revenir à l’origine des enseignements de nos sages, essayer de nous comporter de façon morale, tenter de parvenir à être frères, c’est-à-dire parvenir à nous comporter de manière morale avec notre prochain. Et la carte d’identité de ce comportement moral, le code de la route, c’est la Torah.

 

Alors que la première messianité, celle qui était prévue par nos récits, a permis de reconstituer l’identité nationale des hébreux sur leur terre, c’est à dire l’identité Israël, et ce processus est en cours de réalisation actuellement, nous attendons maintenant l’émergence de la seconde messianité, celle qui s’appelle la messianité du fils de David qui permettra à cette identité nationale de pouvoir de nouveau se constituer par rapport à la Torah, c’est-à-dire au problème moral.

 

On dit dans notre tradition que pour que cet événement advienne, il faut parvenir à réaliser l’unité de notre peuple. C’est cette unité qui permettra de créer les conditions de la réalisation des temps. Mais à voir aujourd’hui l’état des divisions au sein de notre peuple, bien des questions peuvent se poser, et on peut légitiment s’interroger sur la possibilité d’aboutir dans la suite de notre histoire et de la venue prochaine d’un événement de l’ordre de la messianité du fils de David.

 

Notre peuple est divisé, il est fracturé, entre ceux qui ont fait l’effort de rentrer chez eux pour réaliser cette reconstruction nationale, et ceux qui pensent, pouvoir continuer à vivre leur « judaïté » en dehors, en exil, entre ceux qui pensent que le judaïsme passe par le sionisme et ceux qui pensent que l’identité Juive ne passe que par la Torah, ou encore ceux qui ont bien compris que les deux étaient indispensables, les antagonismes sont nombreux.

 

Mais ce qui est peut être plus préoccupant encore ce sont les divisions qui apparaissent à l’intérieur même de la société Israélienne, à un tel point que les équilibres semblent être fixés définitivement sans permettre de dégager un consensus ou une majorité. Ces divisions, cette fracture au sein du pays paraissent également avoir été amplifiés par les conséquences que la pandémie a entrainé au niveau économique, sanitaire et social. Et les positions au sein du pays apparaissent comme étant de plus en plus figées, et se font faces en nous rappelant les périodes difficiles de notre histoire avec la division entre les fils de Jacob.

 

Nous vivons à titre collectif les divisions telles qu’elles se sont révélées à titre individuelle entre les grandes figures de nos récits, et on voit chaque manière d’être homme telle qu’elle était définie dans notre tradition, se révéler à travers les positions de chaque tendance en Israël. 

 

Alors que notre peuple a pour objectif de parvenir à la réalisation de l’unité, comme témoignage de la possibilité de l’universel à l’échelle de l’humanité, à l’indice de ses juifs, ce sont ces différentes tendances au sein de la société Israélienne qu’il faut parvenir à unifier, et qui apparaissent désormais plus divisées que jamais.

 

Dans cette période de Ticha beav ou nous avons appris que c’est lorsque les choses vont le plus mal et que la situation semble désespérée, que l’espérance doit naître et que le temps de la réussite de notre histoire est proche, n’est-il pas alors légitime de commencer à espérer que cette période de profondes divisions au sein de notre peuple, au sein de la société Israélienne, ne soit le signe, précisément, d’une proximité sous-estimée avec le temps de notre réconciliation et de notre unité, qui traduirait l’approche de la période messianique qui nous a été annoncée ?

 

C’est une espérance qui aujourd’hui vaut le coup d’être au moins exprimée, avant, peut être, de se réaliser prochainement..

 

Olivier Cohen

Depuis les enseignements de Manitou





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Rose Avi

30 Juillet 2020 à 13h58

Très bon développement, intéressant et bien mené ! Merci
Je m'interroge sur l'emploi des termes "ceux qui ont fait l'effort de rentrer chez eux", qui, bien qu'il soit justifié pour rendre hommage à ceux qui font la alya, donne la désagréable impression que ceux qui vivent en dehors d'Israël sont des gens fénéants voir pire...