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CONFINEMENT – ETAT PROVISOIRE OU PÉRIODE DE TRANSITION ? JACOB OU ISRAËL ?

par Olivier COHEN, le 30/12/20

Le 30 Décembre 2020

 

Le passage de la Bible que nous lisons cette semaine nous raconte la fin de la vie de Jacob qui a réussi à porter le nom d’Israël en luttant contre l’ange d’Esaü, c’est-à-dire cette force au tribunal céleste qui représente la manière d’être homme à la façon d’Esaü, et en parvenant à l’emporter. Mais il sort de ce combat blessé à la hanche.

 

Jacob, à la fin de ses jours, en Egypte, entouré de ses enfants, après leur avoir fait jurer, et en particulier à Joseph, le prince d’Egypte, d’enterrer son cercueil en terre d’Israël, dans la caverne de Marpella à Hébron, souhaite leur révéler l’avenir du monde, la fin des temps, leur avenir. Mais la révélation s’est retirée, et ne se dévoile plus devant ses yeux, il ne voit plus clair et il se cantonne de leur dire un mot pour chacun puis de leur donner une bénédiction.

 

Et le verset nous dit que les jours d’Israël approchaient de mourir.

 

Ce qu’il faut apprendre de ce verset, et de la règle qui suit le changement de nom de Jacob nous éclaire aussi pour la période que nous traversons. Une fois que Jacob change de nom et s’appelle Israël il y a des situations dans l’histoire ou son nom est de nouveau Jacob, il ne s’appelle pas encore définitivement Israël. Le seul capable de s’appeler Israël dans le monde, c’est Jacob, mais il y a encore des moments dans l’histoire ou son nom est de nouveau Jacob, est cela intervient lorsqu’il y a une perspective à l’exil.

 

Jacob c’est le peuple des hébreux en exil, et Israël c’est lorsque ce peuple est sur sa terre. Nous entrons ici dans une période difficile, pré figurative d’un exil pour les enfants d’Israël et donc Israël s’appelle de nouveau Jacob, et le récit nous dit que les jours d’Israël s’approchaient de mourir. Mais d’un autre côté Israël ne peut pas mourir, il y a un processus d’engendrement de cette identité dans le temps, et dès que cette identité est engendrée, elle a une dimension d’éternité. Ce que le récit veut nous dire ce n’est pas qu’Israël va mourir, mais que les jours d’Israël s’approchent de leur fin, c’est-à-dire que s’ouvre ici une parenthèse de l’exil, et que ce sont désormais les jours de Jacob qui vont être comptés.

 

Ce passage de nos récits est une période de transition entre deux grandes périodes de notre tradition, la période des pères, Abraham, Isaac et Jacob, à qui des promesses ont été faites et celle des fils qui doivent réaliser ces promesses. Ce sont ces fils qui doivent réaliser les promesses car ce sont les fils de ces pères là, ce sont les enfants d’Israël. Ce qui a été révélé sous la forme de promesse aux patriarches doit se réaliser pour les fils. La période des fils commence à la sortie d’Egypte, et se poursuit jusqu’à nos jours contemporains. Entre ces deux périodes il y a une période de transition auxquels appartiennent les récits qui nous sont racontés cette semaine.

 

Cette période commence à Joseph, et plus particulièrement au moment où Joseph est envoyé en exil, et s’achève à la sortie d’Egypte avec Moise. Elle accumule plusieurs événements de transition comme la tentative de constitution de la 13ème tribu et le fait que les deux fils de Joseph, Ephraim et Menace sont positionnés, après la bénédiction de Jacob, au niveau de Réuben et Chimon, Joseph lui monte au niveau des pères. Il s’agit donc d’une période de transition entre la période des pères et celles des fils. Cette période est au point de départ d’un long exil des enfants de Jacob en Egypte. C’est à la sortie de cet exil que la nation d’Israël se constitue, que la loi lui est révélée et qu’elle se dirige sur sa terre.

 

Comme nous le savons cela n’a pas été le dernier exil que les enfants de Jacob ont eu à traverser, et voici que plus de 2000 ans après les enfants d’Israël se sont de nouveau constitués en nation et sont sortis du dernier exil qui leur avait été annoncé pour s’installer sur la terre qui a été donné en promesse à leurs pères.

 

Après cette longue histoire qui nous a été dévoilée de façon codée dans nos récits, les enfants d’Israël reviennent sur leur terre, Jacob s’appelle de nouveau Israël, et nous vivons de nouveau une période de transition qui semble nous amener vers une nouvelle étape. C’est cette fois les jours de Jacob qui s’approchent de mourir et qui sont en train d’arriver à leurs termes.

 

Il semble qu’il y ait y a une symétrie entre la période que nous traversons actuellement et celle que nous lisons cette semaine, car nous vivons une période de transition entre ce qui devrait être considéré comme le dernier exil et la période de délivrance ou Jacob va définitivement s’appeler Israël.

 

Jacob on l’a dit c’est le juif de l’exil et Israël c’est l’hébreu revenu sur sa terre. Les temps de Jacob arrivent à leurs termes, cela signifie que le temps de l’exil est arrivé à son terme et que l’identité du juif en exil va disparaitre. D’ailleurs on voit déjà le phénomène s’opérer depuis plusieurs années.

 

Jacob est en train de disparaitre et la dispersion de Jacob s’opère de manière spectaculaire, au moment où progressivement commence à se dessiner une unité, qui reste encore à construire, en Israël. Alors que les différentes tendances du judaïsme à l’extérieur d’Israël commencent à se dissoudre dans les identités qui les ont provisoirement hébergées, accueillies, la nation d’Israël se redresse et trace sa route.

 

Il y a le juif qui accepte l’identité à l’intérieur de laquelle il existe et qui restreinte la racine de son identité à une identité religieuse. Il devient décalé, préhistorique parfois folklorique en révélant des rites et des coutumes qui paraissent désuets, mystiques et qui désormais rivalisent avec certains folklores païens qui ont envahi les cités.

 

Il y a le juif qui n’est pas religieux et qui s’interroge sur la réalité de son identité qui s’évapore au fur et à mesure que les signes s’accumulent sur le souffle et le dynamisme qui s’est emparé de la société Israélienne. L’identité nationale de la nation qui l’a accueilli est dominante alors que son identité juive devient récessive.

 

Il y a aussi ce juif qui est toujours dans l’attente et qui estime que les israéliens sont traitres à leur identité car ils ont cessé d’attendre. Sa force était l’attente et à force d’attendre, l’attente est devenue une seconde nature, une véritable identité, au point qu’il devient aveugle au temps qui a passé et qui a révélé que ce qu’il avait attendu était advenu.

 

Il y a également ce juif de l’exil, dans le profil de Joseph, qui pense que sa fonction est de mettre au service de la civilisation extérieur les valeurs dont il est porteur. Des Joseph de l’histoire se multiplient, mais à la différence de Joseph qui a su rester juste en exil, qui au dernier moment n’a pas cédé aux charmes de la femme de Putifar, qui a demandé à ce que ses ossements soient enterrés en terre d’Israël, comme un renoncement à sa vocation en exil, comme la reconnaissance, in extrémis, de son erreur de jugement, tous les Joseph contemporains ont décidé d’aller jusqu’au bout de cette tentative en exil, et de renoncer à leur identité intérieure.

 

Il y a enfin celui qui rentré en Israël mais qui est resté juif, il est toujours en exil alors qu’il est rentré chez lui, il est toujours dans l’attente alors qu’il devrait être dans la réalisation.

 

Jacob est éternellement en exil, c’est l’homme de la vocation spirituelle et que cela. Il attend le monde qui vient. Qui est Jacob ? C’est celui qui est en permanence en exil dans ce monde ci. Son monde, c’est le monde qui vient. Mais pour parvenir au monde qui vient il faut réussir à passer par ce monde ci. Le tragique n’est pas un vocabulaire qui appartient à l’identité hébraïque, lorsqu’un juif vit une situation tragique, comme c’est souvent cas désormais pour les juifs de l’exil, c’est qu’il y a quelque chose qui ne tourne pas rond avec leur identité.

 

La situation que nous vivons nous a permis de comprendre que nous traversions une période de transition, une période où le monde d’avant n’aurait plus rien à voir avec celui qui vient, une période pendant laquelle chacun d’entre nous a encore le temps de se mettre à l’endroit, en règle avec son identité, avec sa manière d’être, pour parvenir à réussir ce monde ci et à anticiper le monde qui est en train d’approcher. L’exil est une situation anormale, anachronique, mais il a duré tellement longtemps, les choses ont mis tellement de temps à se remettre en ordre, notamment pour notre peuple, que certains ont pensé qu’il s’agissait d’une situation normale, et non pas vu le monde changer, et l’ordre du monde se remettre progressivement en place.

 

Et de nouveau Jacob ne voit pas la suite, la révélation s’est retirée et le rend aveugle au monde qui le suit, ne lui permet plus de voir l’avenir de notre peuple, de notre monde.

 

Les jours de Jacob arrivent à leurs termes, et il semble qu’un conflit d’un caractère particulier est en train de surgir, c’est le conflit entre Jacob et Israël. Comme toutes les autres histoires qui nous ont été racontées à l’avance, on connait l’issue de ce conflit qu’on aimerait tellement pouvoir éviter. Mais les choses se mettent en place, inexorablement, et dans ce moment intense de transition, les jours de Jacob arrivent à leurs fins. Il faut juste espérer que la blessure à la hanche d’Israël ne se réveille pas à l’occasion de ce conflit, dévoilant ainsi qu’au moment où on se remet à compter les jours d’Israël, Jacob est en train de devenir Esaü.

 

Olivier Cohen





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