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COMPTE DU OMER ET CONFINEMENT

par Olivier Cohen, le 17/04/20

Dans cette période particulière ou le temps semble s’être suspendu et la tendance naturelle qu’a l’humanité à se répandre sur le monde, a laissé la place au dégagement et au retrait, le gouvernement Français a annoncé les premières mesures de déconfinement avec une date désormais inscrite pour des millions de français qui est celle du 11 Mai.

 

Le compte est lancé, et même si on sent un certain relâchement dans l’attitude de solidarité et de respect des règles qui avaient prévalu lors des premiers temps de ce confinement historique, la France attend cette date avec impatience et fébrilité.

 

Même si l’anxiété provoquée par cette épidémie ne s’est pas encore dissipée, on peut commencer à compter les jours qui nous sépare de ce moment de libération nationale.

 

Parallèlement à ce nouveau rythme du calendrier imposé par le virus, non seulement à la France, mais au monde entier, notre tradition, la tradition hébraïque, est insérée dans un autre calendrier, celui du compte du OMER. C’est la période qui sépare la fête de Pessah, qui réactualise la sortie du peuple des hébreux de l’esclavage en Egypte pour les amener à l’événement du don de la Torah qui s’est réalisé pour des raisons secondes, que nous ne développerons pas ici, sur le Mont Sinaï.

 

Cette période relie donc la commémoration de la sortie d’Egypte du peuple Hébreu avec l’objectif d’aller s’installer sur sa terre, à l’événement de la révélation de la Torah. La fête de Chavouot, qui n’a pas de date précise dans le calendrier, est reliée à la fête de Pessah, et nos récits mettent donc en évidence le lien fort, indéfectible, entre l’événement de la sortie d’Egypte et celui de la révélation de la Torah. Tout se passe comme si la fête de Chavouot, qui commémore le jour de la révélation de la loi était, en quelque sorte la clôture de la fête de Pessah. Manitou nous expliquait que la période qui relie Pessah de Chavouot, ces 50 jours qui sont constitués de 49 jours de mérites à acquérir, à conquérir, plus le dernier qui est donné, est précisément une période vulnérable ou les acquis de la sortie d’Egypte peuvent se renforcer, en cas de réussites, de succès pour aller vers le don de la loi morale, ou au contraire s’inscrire dans une ligne d’échecs, de fractures qui risquent de remettre en cause les acquis de la sortie d’Egypte elle-même. Et Manitou rajoutait pour nous expliquer un peu mieux l’intensité de cette période, qu’il s’agit d’une période vulnérable car elle nous fait passer d’une libération physique, l’accès à la terre, à une libération plus spirituelle, le don de la Torah. De la même manière que l’être humain est corps et âme, le corps d’Israël est sauvé à Pessah son âme est sauvée à Chavouot. Le passage entre les deux est une période de vulnérabilité qui peut remettre en cause les lignes de réussites qui ont été acquises jusque-là.

 

Les enseignements concernant cette période sont innombrables, et il ne s’agit pas ici de tous les citer, mais, peut être essayer de réfléchir à l’éclairage que l’intensité et la centralité de cette période peuvent apporter à la situation que nous traversons collectivement aujourd’hui.

 

Au départ cette période était une période de joie pendant laquelle chacun pouvait aller apporter les prémices de sa récolte, la gerbe de blé, au temple. Elle était appelée la fête des prémices avec le thème fort, et cher à notre tradition, sur l’altérité, le sens du retrait pour laisser la place pour l’autre. Le fait de donner les prémices en cette période comme un acte de dégagement pour offrir à « l’autre » plus de place qu’à soi-même. Et les récits de la relation entre Cain et Abel nous reviennent en mémoire pour nous rappeler que la faute de Cain est d’avoir refusé de laisser, à l’autre que soi, une place dans le monde, comme l’illustration de l’échec du comportement moral.

 

Cette période est devenue, à la suite de l’épisode de la perte définitive de l’indépendance nationale, après la catatrophe de la défaite de l’armée de Bar Korba, qui était aussi représentée par les élèves de Rabbi Akiva, une période de deuil. Et aujourd’hui au sein même de notre tradition des discussions sont en cours pour savoir si cette période, ce décompte du OMER, doit toujours être considérée comme une période de deuil, ou si au contraire compte tenu de la reconstruction de l’identité Hébraïque sur sa terre, elle doit de nouveau être considérée comme une période de joie. Au cœur même de cette fête qui nous incite pourtant à l’unité nationale, les divisions se poursuivent. 

 

Car en effet la cause profonde donnée par nos sages pour justifier que cette période, vulnérable, délicate, ce soit transformée d’une période de réjouissance en une période de deuil, à cause de cette perte de l’indépendance de notre peuple sur sa terre, est le manque d’unité au sein du peuple.

 

Toutes les personnes qui constituaient l’armée de Bar Korba étaient des grands, de très grands, ils étaient aussi des élèves de Rabbi Akiba, c’était des sages, d’une envergure inouïe nous dit-on. Pourtant ils ne se donnaient pas le respect mutuel, les honneurs, dus à chacun d’entre eux, ils ne s’aimaient pas l’un l’autre, et c’est la raison profonde de la défaite

 

Les enseignements de la Caballe, nous indiquent qu’il y a également un autre événement connu qui s’est joué dans cette période du OMER, et qui était de la même nature. C’est la vente de Joseph par ses frères. La dislocation de l’unité, de cette unité indispensable pour faire la nation, est la source profonde qui risque de remettre en cause les acquis de la fête de Pessah, qui sont comme autant de lignes de fractures qu’il faut réparer. C’est l’unité nationale qu’il faut reconstituer pendant cette période. Et quand on voit ce qu’il se passe actuellement en Israël on se dit que cette unité est indispensable pour la réussite de notre histoire.

 

Comme pour confirmer ces difficultés d’unité, on peut indiquer qu’il y a trois façons de prendre le deuil pendant cette période, alors qu’il y a convergence en un jour, celui de la fête de Lag Ba’Omer. 33ème jour de décompte du Omer, Lag Ba'Omer commémore le décès de Rabbi Shimon Bar Yohai. il se relie à l'intériorité de la Torah Orale, et parvient à apaiser les controverses qui existent au sin du peuple. A l'époque des Romains, Rabbi Shimon Bar Yohai est resté "confiné" dans sa grotte pendant 13 ans avant d'en sortir et de révéler la lumière du Zohar dans un temps d'obscurité.

 

La première approche concerne plutôt la tradition cabaliste qui considère la période de deuil dans le décompte du Omer depuis le lendemain de la fête de Pessah jusqu’à la fête du de la Torah avec une interruption le jour de Lag Ba’Omer. La seconde concerne la tradition Séfarade qui commence le deuil le lendemain de Pessah et l’arrête le jour de Lag Ba’Omer. Enfin la troisième concerne la tradition Ashkénaze qui commence la période de deuil le premier jour du mois suivant le mois de la sortie d’Egypte et qui s’achève à Chavouot avec une interruption le jour de Lag Ba’Omer

 

Bien évidemment ces différences de traditions auront tendances progressivement à s’effacer au profit d’une seule et même tradition, qui aura unifié les autres, puisque les différentes identités juives qui se sont constituées en exil ont progressivement tendance à disparaitre au profit d’une seule et même tradition qui est celle désormais du pays d’Israël. Mais on peut tout de même essayer de s’interroger sur les raisons de ces différentes traditions et notamment celles qui existent entre Séfarades et Ashkénazes.

 

Pour cela il faut revenir aux différentes identités.

 

Un Ashkénaze c’est un hébreu qui a basculé en exil chez Esau, en milieu Chrétien. Il est donc influencé par le milieu dans lequel il vit, en exil. Et en milieu Chrétien, ce qui est important c’est le ciel. L’Ashkénaze a donc naturellement le ciel, il doit acquérir la terre, et c’est la raison pour laquelle sa référence c’est l’événement de révélation de la Torah, ce qu’il doit acquérir c’est la terre, c’est-à-dire la sortie d’Egypte. Dans le temps du OMER, il se relie à la libération spirituelle, il a donc tendance à compter cette période par rapport à l’événement de la révélation, et il doit essayer d’acquérir l’événement de la sortie d’Egypte.

 

Pour le Séfarade c’est l’inverse. Un Séfarade c’est un hébreu qui a basculé en exil en milieu musulman, chez Ismaël. Et en milieu musulman l’important c’est la terre. Le séfarade a donc naturellement la terre et il doit acquérir le ciel. Sa référence c’est Pessah et il doit essayer de réaliser l’événement de la révélation. Il se relie à la libération physique et doit réussir à intégrer la révélation de la loi.

 

Ceux qui sont naturellement donnés à la Torah doivent obtenir la sortie d’Egypte et inversement. Chacun adopte pour idéal ce qu’il n’a pas encore acquis et c’est ce qui contribuera à amener à l’unité. Manitou rajoutait à cet enseignement que l’inversion des bénédictions a eu lieu lors de la création de l’Etat d’Israël puisque qui sont ceux qui ont permis d’avoir la terre ? Ce sont les Ashkénazes. Les pionniers, ce sont les Ashkénazes alors qu’ils sont naturellement donnés au ciel. Inversement qui a protégé le peuple contre l’imprégnation Chrétienne qui risquait de dénaturer l’identité Hébraïque elle-même ? Ce sont les cabalistes Séfarades, alors que les séfarades sont naturellement donnés à la terre.

 

Cette inversion témoigne probablement de l’authenticité de l’événement de création de l’Etat d’Israël.

 

Et dans cette période où tout semble se bousculer, ou les événements paraissent s’accélérer, ou les calendriers semblent s’entremêler, voilà que le gouvernement français établit la date de fin progressive du confinement nationale, cette libération à l’échelle nationale, pendant le décompte du OMER.

 

Dans cette période ou il nous est demandé de compter pour s’élever, pour franchir, jour après jour, les 49 niveaux qui nous amènent de la libération physique à la libération spirituelle, voila le gouvernement Français qui demande à s’inscrire dans ce calendrier, qui se met dans les pas du calendrier hébraïque du décompte du Omer, qui demande aux Français de compter le temps qui les sépare de la fin du confinement au diapason avec le calendrier des Israéliens, et qui décrète la fin du confinement, précisément le jour de la fête de Lag Ba’Omer.

 

Et cette manière de proposer le décompte du temps interpelle, puisque le confinement qui a été décrété peut s’apparenter à une première libération, individuelle, face au virus, ou l’homme et la femme se sont inscrits sur la terre, ils ont redécouvert leur territoire, ce sont enracinés, quelque part, chez eux. Cette première période de confinement laisserait la place à une seconde qui est la levée progressive du confinement qui s’accompagne de la disparition progressive du virus qui pourrait correspondre à une libération collective à l’échelle nationale qui serait d’ordre plus spirituelle.

 

Autrement dit, la France, pays de tradition Chrétienne, qui est naturellement donné au ciel accompagne le décompte du Omer dans la plus stricte tradition Séfarade. Ne faut-il pas y voir ici une inversion qui pourrait donner une explication à ce qu’il se passe ? Et le déconfinement Français répond au "déconfinement" de Rabbi Shimon Bar Yohai dans sa grotte.

 

Après avoir vécu un Chabbat universel ou l’humanité entière a fait Chabbat, voilà que la France, décrète la levée progressive du confinement le jour de Lag Ba’Omer, compte les jours dans cette période du OMER et demande à s’insérer dans le calendrier hébraïque pour participer à cette unité qu’il est demandé de réaliser au cours de cette période.

 

Est-ce un hasard, une simple coïncidence ? 

 

Est-ce une démarche volontaire de la part du gouvernement Français ? 

 

Y a-t-il derrière cela un enseignement plus profond à tirer ?

 

Les pistes restent ouvertes sur les interprétations et nous rappellent à quel point le regard que Manitou posait sur le monde nous manque pour nous permettre d’interpréter les signes qui nous sont partiellement dévoilés.

 

Olivier Cohen

Depuis les enseignements de Manitou





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